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Vacances: l'Italie durcit ses règles face aux touristes

L'accès à la Cala Goloritzé, en Sardaigne, est désormais payant.
L'accès à la Cala Goloritzé, en Sardaigne, est désormais payant.Image: Shutterstock
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Submergée par les touristes, l'Italie cherche à se défendre

Plusieurs localités italiennes ont adopté des mesures drastiques pour tenter de freiner l'invasion des voyageurs cet été. Un phénomène qui témoigne des problèmes du tourisme de masse.
12.06.2023, 05:4812.06.2023, 13:11
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En avril dernier, les autorités du très pittoresque village côtier de Portofino, en Ligurie, ont pris une décision radicale: interdire aux touristes d'arrêter de marcher, sous peine d'une amende de 270 euros. La mesure, qui s'applique dans deux zones particulièrement fréquentées, vise à faire face aux hordes de visiteurs qui submergent le petit bourg chaque année.

Il ne s'agit pas d'un cas isolé. A l'approche de l'été, d'autres localités touristiques italiennes ont adopté des mesures restrictives similaires. Pour se rendre sur l'île de Giglio, en Toscane, il faudra payer un ticket de trois euros. Même scénario en Sardaigne, où l'accès à plusieurs plages et criques particulièrement prisées sera payant. Certaines îles siciliennes, ainsi que Procida, au large de Naples, ont limité l'accès aux voitures et scooters pour freiner l'afflux de touristes.

Les villes ne sont pas en reste. Les voyageurs ne passant pas la nuit à Venise devront également payer un ticket pour s'y rendre, alors qu'à Florence, la municipalité a réglementé les locations de courte durée sur les grandes plateformes telles qu'Airbnb.

«Revenge tourism»

Accès payants et entrées limitées vont-ils devenir la norme? Se dirige-t-on vers un «été des interdictions», comme l'ont affirmé certains médias? «Ces mesures sont spécifiques et isolées», nuance Claudio Visentin, professeur de master en tourisme international à l'Université de la Suisse italienne. «Il s'agit d'instruments à court terme pour intervenir dans une réalité donnée.»

S'il ne faut pas y voir une tendance généralisée, ces actions sont tout de même révélatrices des problèmes affectant le tourisme de masse, affirme le spécialiste. Une situation qui a explosé après la fin des mesures sanitaires. «On assiste actuellement à une très forte relance du tourisme après la pause forcée de la pandémie», explique-t-il. Et d'ajouter:

«Il y a un grand désir de voyager, au point qu'on parle parfois de "revenge tourism": le tourisme est considéré comme une sorte de compensation après les sacrifices de la pandémie»
Claudio Visentin, professeur à l'Université de la Suisse italienne

Sans compter que, poursuit le professeur, «de nombreuses personnes ont accumulé des économies au cours des dernières années où voyager n'était pas possible, ce qui accentue encore plus ce phénomène».

L'île de Procida a limité l'accès aux véhicules.
L'île de Procida a limité l'accès aux véhicules.Image: Shutterstock

Le retour en puissance des voyages se conjugue avec un autre phénomène, qui date d'avant la pandémie. «Une transformation profonde du tourisme est en cours depuis quelques années», développe Claudio Visentin. «Sa nature même est en train de changer sous l'impulsion de nouveaux outils, qui sont les compagnies aériennes low cost et, surtout, les plateformes telles que Booking et Airbnb.»

«C'est un tourisme à forte dimension numérique, qui déplace les voyageurs partout dans le monde avec une grande facilité»
Claudio Visentin, professeur à l'Université de la Suisse italienne

«Instinct de défense»

A cela s'ajoute encore ce que le professeur appelle la «culture d'Instagram»: «On parle de lieux "instagrammables", où l'on se rend essentiellement pour se prendre en photo», explique-t-il. Conséquence: «Un tourisme superficiel, à court terme, qui n'est pas intéressant pour les localités, car ces voyageurs ne restent souvent que le temps d'une journée.»

A la lumière de tout cela, «l'effet d'embouteillage est inévitable», affirme le professeur. Les chiffres lui donnent plutôt raison: Portofino a accueilli jusqu'à 7000 touristes à Pâques, alors qu'il ne compte que quelque 360 habitants habituellement. Même scénario sur l'île de Giglio, où aux 1400 résidents permanents s'ajoutent jusqu'à 10 000 visiteurs par jour en été.

Face à cette invasion, les autorités locales tentent de réagir. «L'afflux de touristes a déclenché un instinct de défense, qui se traduit par ces restrictions, dictées par l'urgence et l'agacement», résume Claudio Visentin. Qui tient à souligner:

«Il ne faut pas confondre le symptôme et la maladie. Les restrictions ne sont pas le problème principal, mais plutôt un type de réponse à cette nouvelle culture du tourisme façonnée par Instagram»
Claudio Visentin, professeur à l'Université de la Suisse italienne
A Portofino, les gens ne peuvent plus arrêter de marcher.
A Portofino, les gens ne peuvent plus arrêter de marcher.Image: Shutterstock

Si ces mesures ne sont pas mauvaises en soi, elles ne sont pas non plus la solution, poursuit le spécialiste. «Il s'agit plutôt d'un outil parmi d'autres, un premier pas pour tenter de régler un problème qui doit être géré à un niveau structurel», développe-t-il. «Elles renvoient à des lois plus générales, comme la limitation ou la régulation des plateformes.»

Plus généralement, c'est la culture du tourisme dans son ensemble qui devrait changer, selon Claudio Visentin. «C'est un gros problème», reconnaît-il, tout en avançant quelques pistes: «Il faudrait encourager des voyages plus longs et moins fréquents, et limiter les visites trop courtes», lance-t-il.

«On pourrait aussi "désaisonnaliser" le tourisme, pour éviter que tout le monde se déplace au même moment. La pandémie nous a appris à étudier et à travailler à distance, les moyens existent»
Claudio Visentin, professeur à l'Université de la Suisse italienne

Finalement, on pourrait varier les plaisirs: «L'Italie regorge de destinations magnifiques, mais qui sont peu connues», conclut le professeur. «Mettre l'accent sur d'autres localités permettrait d'éviter de se retrouver tous dans les mêmes 50 endroits.»

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