Le mouvement MAGA s'effrite
L'automne dernier, Steve Bannon avait brièvement fait la une des journaux en déclarant, lors d'un entretien avec l'Economist:
L'ancien stratège en chef de la Maison-Blanche avait également évoqué un plan qui existerait déjà, et dont il ne révélerait les détails qu'à une date ultérieure.
A l'automne 2025, l'euphorie régnait dans le camp MAGA. Le gouvernement Trump 2.0 ronronnait comme une machine bien huilée: une majorité dans les deux chambres du Congrès, des démocrates démoralisés, une Cour suprême conciliante… qu'est-ce qui pouvait mal tourner?
Une mécanique bien huilée qui s'enraye
Contrairement au premier mandat, on ne trouvait plus, en interne, de voix discordantes, mais uniquement des loyalistes qui exécutaient aveuglément tout ce que le président ordonnait.
Et, contrairement à la période 2016-2020, le chaos n'était pas au rendez-vous cette fois. Il y avait un plan, le tristement célèbre «Project 2025». Ce plan fut mis en œuvre de manière systématique: des fonctionnaires furent licenciés par grappes, des universités virent leurs financements amputés, des cabinets d'avocats d'élite furent mis à genoux, des médias condamnés à de lourdes amendes et des journalistes critiques intimidés. La voie vers un Etat Trump autoritaire à la Viktor Orban (l'ancien premier ministre hongrois) semblait grande ouverte.
Pourtant, en 2026, Steve Bannon adopte un tout autre ton. Il ne parle plus d'un avenir radieux, mais d'une défaite imminente. Sur son podcast, il a tempêté:
Mais que s'estt-il passé?
Une grosse erreur stratégique
Les électeurs de Virginie ont approuvé, à une courte majorité, une loi autorisant un gerrymandering temporaire (réd: un redécoupage des circonscriptions électorales), ce qui pourrait permettre aux démocrates de remporter dix des onze sièges lors des prochaines élections de mi-mandat. Ils gagneraient ainsi cinq sièges supplémentaires et renforceraient encore leurs chances, déjà très importantes, de remporter les élections de novembre.
En Virginie, Trump a inscrit un sacré but contre son camp. C'est lui qui a déclenché la guerre du gerrymandering en demandant au Texas de faire exactement cela, ce que le gouverneur, Greg Abbott, tout acquis à sa cause, s'empressa de faire.
Ce faisant, le président déclencha une réaction en chaîne. Bien que les circonscriptions ne soient traditionnellement redéfinies que tous les dix ans à la suite d'un recensement, la Californie et d'autres Etats emboîtèrent le pas au Texas. C'est ainsi qu'Ari Fleischer, ancien porte-parole de George W. Bush et personnalité toujours influente au sein du Grand Old Party, confie avec dépit au Wall Street Journal:
Des piliers MAGA qui tournent les talons
Le désastre du gerrymandering en Virginie n'est que le dernier exemple en date d'événements catastrophiques pour le gouvernement Trump. Nul ne sait, pas même le président lui-même, comment la guerre contre l'Iran va évoluer. Il en va de même pour le chaos douanier.
Les dossiers Epstein refont régulièrement surface dans les titres, et, avec sa querelle avec le pape, Trump a froissé les catholiques. Ses taux d'approbation sont désormais à 33%. Même Joe Biden n'était pas tombé si bas en son temps.
La panique ne gagne pas seulement Steve Bannon. Tucker Carlson, lui aussi, a vraisemblablement rompu définitivement avec Trump. L'ancien présentateur vedette de la chaîne Fox News est (ou était) considéré comme le plus puissant des influenceurs MAGA; beaucoup le voyaient même comme le successeur de Trump dans le Bureau ovale. Il aurait également joué un rôle décisif dans le choix de JD Vance comme vice-président.
Depuis, le vent a tourné. Dans son podcast, Carlson s'adonne à une repentance active. Il a notamment dit, lors d'une conversation avec son frère:
Carlson s'était activement engagé pour Trump à l'approche des élections de 2024. Mais lorsque ce dernier a juré d'anéantir Téhéran en une seule nuit, ce fut la goutte qui fit déborder le vase. Carlson, qui considère la guerre contre l'Iran comme une erreur monumentale, a commenté:
La déclaration de Trump en question:
Une avalanche de défections
Bannon et Carlson voient leurs rangs grossir. Megyn Kelly, elle aussi ancienne vedette de Fox News, a tourné le dos à Trump, tout comme Marjorie Taylor Greene ou Alex Jones. S'y ajoutent les humoristes Joe Rogan, Theo Von et Tim Dillon. Ils ont surtout contribué, avec leurs audiences, à ce qu'un nombre disproportionné de jeunes hommes votent pour Trump.
Comme à son habitude, le président balaie tout cela d'une formule: ce ne seraient que des individus «low IQ», des gens au quotient intellectuel faible. Cela suffira-t-il? Les membres du mouvement MAGA constatent eux aussi, au quotidien, que le prix de l'essence a franchi la barre des 4 dollars le gallon, que la nourriture et les loyers ne cessent d'augmenter, et que Trump a manifestement trahi sa promesse de ne plus déclencher de guerres.
Les Etats rouges dans la tourmente
Paradoxalement, ce sont précisément les électeurs de Trump dans les Etats rouges qui souffrent de manière disproportionnée de la politique de leur favori. La majorité d'entre eux perdent les subventions à leur prime d'assurance maladie et doivent assister à la fermeture de leurs hôpitaux.
Les agriculteurs, traditionnellement acquis aux républicains, traversent quant à eux l'une de leurs pires crises. En raison de la guerre commerciale, les Chinois renoncent à acheter leurs soyas. Et maintenant, à cause du blocage du détroit d'Ormuz, l'engrais dont ils ont absolument besoin renchérit de plus de 30%.
Zippy Duvall, le président de l'American Farm Bureau Federation, explique d'ailleurs au Financial Times:
