Poutine empoisonne l'Europe
Lorsque ces jours-ci, l’Ukraine menait des discussions avec la Russie et les Etats-Unis, il était déjà évident que peu de choses substantielles pouvaient en ressortir. Au cours des derniers mois, la Russie n’a pas seulement torpillé tous les efforts de paix de l’Occident, mais a fait des négociations et des entretiens une partie de sa guerre hybride contre l’Europe. L’échec répété de ces discussions est pour la Russie non seulement un succès d’un point de vue militaire, mais il accélère aussi la division des alliés occidentaux.
Le modèle de la pseudo-diplomatie russe est désormais bien reconnaissable et suit toujours les mêmes règles. Au début, le leadership à Moscou signale une volonté de négociations. Typiquement, c’est Poutine lui-même qui joue le rôle de celui qui, sur une grande scène, parle d’un véritable intérêt pour la paix.
Dans une deuxième phase, pendant que les discussions entre les différents partenaires sont préparées et annoncées, les vassaux du maître du Kremlin prennent le devant de la scène: le porte-parole Dmitri Peskov, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, ou le conseiller à la sécurité nationale Dmitri Medvedev soulignent qu’une paix n’est possible que sur les conditions initiales.
Ils énumèrent, pour la énième fois, les exigences bien connues: un changement de gouvernement à Kiev, le contrôle de l’ensemble du Donbass, une renonciation totale à l’Otan et une démilitarisation de l’Ukraine.
Puis, dans la phase suivante de la dramaturgie des négociations, ces mêmes représentants passent souvent à la menace directe du côté de l’Occident: des troupes de maintien de la paix seraient des cibles légitimes pour l’armée russe, et les capitales européennes seraient à portée des armes nucléaires. Cette phase de pourparlers préparatoires s'accompagne généralement d'attaques violentes contre les infrastructures ukrainiennes, comme cela a été le cas ces derniers jours.
Finalement, cela aboutit – point culminant de l’approche russe – à une offre de négociation tellement biaisée pour l’Ukraine, même avec la plus grande volonté de faire des concessions, qu’elle ne peut que la rejeter.
La Russie vise en réalité l’Occident
C’est précisément là qu’intervient la stratégie de guerre hybride de la Russie. Elle ne vise pas directement le pays voisin attaqué, mais plutôt le climat politique occidental. Et ça produit des effets, car il semblerait que de plus en plus de gens croient désormais que c’est l’Ukraine qui fait obstacle à la paix. Il faut réfuter cette idée sans équivoque: le gouvernement de Kiev n’est pas prêt à signer sa capitulation. Qu’il rejette donc la paix dictée par Moscou en est la conclusion logique.
En Europe, cependant, cette situation alimente une division qui ne porte plus sur la question de savoir qui a déclenché la guerre et pourrait donc y mettre fin, mais uniquement sur le nombre de concessions que l'Ukraine devra faire. De nombreux responsables politiques, bien au-delà de l'extrême droite ou de l'extrême gauche, exhortent désormais ouvertement Zelensky à céder sans réserve aux exigences russes.
Dans ce contexte, c'est alors une naïveté inconsidérée de parler encore de «négociations» lorsque des représentants du régime russe sont assis à la table. Le terme «négociations» vient du commerce, qui suppose que les deux parties apportent quelque chose aux discussions, qui doit ensuite être négocié. Or, du côté russe, il n'y a aucune offre ou compromis, ce qui signifie qu'il n'y a rien sur la table pour une véritable négociation.
La stratégie de guerre hybride de la Russie, qui s'appuie sur la négociation, est facilitée par le président américain et son comportement erratique sur la scène internationale. Rappelons que suite au sommet très médiatisé entre Trump et Poutine en Alaska en août dernier, aucun résultat concret n'a été annoncé par les Etats-Unis.
Ces derniers jours, les dirigeants russes font de plus en plus référence aux accords conclus avec Trump à Anchorage. Et ce dernier ne peut ou ne veut pas s'exprimer à ce sujet. Il semble donc que Poutine dispose d'un moyen de pression puissant qui éloigne encore davantage les Etats-Unis de l'Europe.
Le revirement d'opinion de plus en plus marqué en Occident – notamment à la suite des prétendues négociations entre la Russie et l'Ukraine – sert exclusivement les intérêts de l'agresseur. Tant que le régime de Moscou n'est pas contraint de céder, il peut poursuivre sa guerre contre la population civile ukrainienne de la manière la plus brutale qui soit, comme l'ont clairement montré les événements de ces derniers jours. (trad. hun)
