Les négociations sur l'Ukraine se heurtent toujours à ce «pont»
Ce week-end, des représentants ukrainiens et russes se réuniront une nouvelle fois à Abu Dhabi. Vraisemblablement sans les Etats-Unis, ou du moins dans un format différent.
Selon le ministre des Affaires étrangères, Marco Rubio: «Il pourrait y avoir une présence américaine, mais pas Steve ni Jared». Une référence à l'envoyé spécial, Steve Witkoff et au gendre de Trump, Jared Kushner.
Une rencontre d'un nouveau genre
Autre variante donc: Russes et Ukrainiens en tête-à-tête à la table des négociations dans la capitale des Emirats arabes unis. Ce qui constituerait les premières consultations purement bilatérales à ce niveau depuis Istanbul à l'été 2025.
Le ton a radicalement changé depuis. En Turquie, on avait affaire à une délégation russe sans mandat. Cette fois-ci, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andri Sybiha, parle de «changements qualitatifs». Il dit désormais traiter avec d'autres personnes:
Des discussions toujours au point mort
Avant ce round de négociations, on se demande donc si celles-ci ont réellement progressé sur le fond. L'éventuel retrait des Etats-Unis interroge lui aussi. Certains soupçonnent Witkoff et Kushner de ne plus y voir d'intérêt stratégique.
La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt a toutefois souligné en début de semaine:
Reste que Kiev et Moscou divergent encore très largement sur trois points: les questions territoriales, le contrôle de la centrale nucléaire de Zaporijjia et les garanties de sécurité pour l'Ukraine.
Le problème des concessions territoriales
Il semble pratiquement exclu que Kiev cède sans broncher les régions revendiquées par le Kremlin. Il faudrait pour cela une majorité des deux tiers au Parlement ukrainien, ce qui semble improbable.
De plus, la zone concernée du Donbass a été massivement fortifiée depuis le début de la guerre en 2014. L'Ukraine abandonnerait ainsi tout un système de défense qui résiste depuis quatre ans à l'invasion ouverte de la Russie. A cela s'ajoute le fait que Kiev livrerait à la Russie des dizaines de milliers d'habitants et leurs biens.
Marco Rubio définit donc les concessions territoriales comme un «pont qui n'a pas encore été franchi».
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La centrale nucléaire de Zaporijjia
Hormis toutes les questions énergétiques, la centrale de Zaporijjia constitue avant tout un gage nucléaire pour Kiev. Elle pourrait se transformer en une bombe potentielle aux mains des Russes, et ce, en plein cœur de l'Ukraine.
Les bombardements des installations nucléaires ukrainiennes pendant la guerre (notamment à Tchernobyl) ont rendu cette menace bien réelle.
Les garanties de sécurité
De l'aveu de Marco Rubio, il n'y aura pas de garanties de sécurité sans le déploiement d'au moins quelques contingents européens. Le Kremlin s'y oppose catégoriquement. Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov déclarait en décembre:
L'ancien ambassadeur américain à Kiev, John Herbst, se montre tout aussi pessimiste dans le Kyiv Post. Selon lui, Moscou n'est absolument pas prête pour des compromis. Il voit dans les pourparlers d'Abu Dhabi davantage une «manœuvre tactique» qu'une vraie recherche de résultats.
Un diplomate décrit ainsi la méthode russe: retarder, jouer la montre, poser de nouvelles exigences, reformuler les anciennes, et tout cela sur un ton différent, «pour ne pas contrarier Trump». Poutine doit encore faire patienter les Etats-Unis pendant trois ans. Ensuite, Trump appartiendra au passé. D'ici là, le chef du Kremlin mise sur son arme préférée: le temps.
Des perspectives toujours aussi sombres
Selon John Herbst, l'Ukraine se confronte à un défi particulier. Elle doit veiller à ne pas subir une nouvelle fois les conséquences d'un éventuel échec des négociations. Zelensky aurait «accepté à peu près tout ce que Trump a mis sur la table».
Moscou a massivement intensifié les bombardements sur les infrastructures civiles ukrainiennes. Cela intervient précisément au stade d'un prétendu rapprochement. Herbst y voit «un message, pas une coïncidence». Le Kremlin ne fait toujours aucune concession réelle.
C'est dans ce contexte aussi qu'il faut évaluer une prétendue invitation du Kremlin à Volodymyr Zelensky. Une rencontre avec Vladimir Poutine serait possible, a-t-on récemment appris de Moscou, à la condition que Zelensky se rende dans la capitale russe. Ne serait-ce que pour des raisons de sécurité personnelle, le président ukrainien ne pourra guère accepter cette «offre». Le Kremlin continue de refuser toute rencontre dans un lieu neutre.
(Traduit de l'allemand par Valentine Zenker)
