On ne pariera pas sur un effet JO favorable à Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat aurait tort de se prévaloir de la réussite d’un événement qui aura permis aux Français de prendre momentanément congé de la politique, y compris de sa personne. Nul n’oublie la situation anarchique où il a plongé les institutions en décrétant, début mai, la dissolution de l’Assemblée nationale. Mais au moins ces mêmes Français peuvent-ils lui reconnaître un mérite: la France et sa capitale, Paris, pendant quinze jours, ont fait bonne figure aux yeux du monde.
Est-ce à dire que les Jeux olympiques seront sans effet sur la politique? De quoi parle-t-on? La politique, ce sont des mots et des comportements. Or il est des mots et comportements indignes du débat démocratique. Ceux qui baignent dans l’outrance et le dénigrement systématique. L’extrême droite façon Rassemblement national? Ecarté de l'accès au pouvoir lors des législatives anticipées du mois de juin, le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella, se disant que la prochaine sera la bonne, reste en recherche de respectabilité. Il ne tape pas sur les institutions, l’«étranger» demeure son angle d’attaque, même si la chaîne CNews proche du RN n'arrête pas de prédire, sinon d'espérer un après-JO difficile pour Emmanuel Macron.
S’il est un camp dont les Jeux olympiques et leur esprit de concorde peuvent compliquer la manière de faire de la politique, c’est bien celui de la gauche, la gauche radicale au premier chef, type France insoumise. Elle réfléchira peut-être à deux fois avant d’appeler ses partisans à descendre dans la rue pour exiger d’Emmanuel Macron une chose ou une autre, la nomination de Lucie Castets au poste de premier ministre, par exemple. Les débordements de fin de manifs, la casse, les effigies du président de la République pendues à des potences, toute cette mise en scène révolutionnaire imbibée de terreur était déjà insupportable avant les Jeux, elle pourrait l’être encore davantage à présent.
Mais, dans cette gauche, c’est surtout le vocabulaire en vigueur qui sonne d’une façon à la fois ridicule et dangereuse. Ridicule, parce qu’à rebours de la réalité. Dangereuse, parce que les mots employés nourrissent des situations insurrectionnelles, contraires au processus démocratique. On s'en est aperçu avec les sabotages de lignes SNCF au tout début des Jeux.
Quels sont ces mots, pour certains prononcés lors de la réforme des retraites, en 2023? «Dictature», «démocratie illibérale», «Macron Caligula», du nom de cet empereur romain resté dans l’Histoire comme un être cruel doublé d’un pervers. Macron tyran, Macron despote. Quoi d'autre? Cette gauche gonflée d’une importance qu’elle n’a pas surfe sur les vagues extrémistes de l’antimacronisme, en compagnie des complotistes, des antisémites et des homophobes. En compagnie, pour tout dire, de pas mal d'ennemis de la démocratie libérale, la forme des régimes politiques en Europe depuis le 19ᵉ siècle.
Et voilà qu’une élue LFI, pas la plus affûtée du panel, twitte durant les JO: «La France est un pays islamophobe», au motif qu’elle interdit à ses athlètes et à raison le port de signes religieux lors des compétitions. En voilà d’autres du même bord, pas tous ou toutes LFI, qui reprochent à Emmanuel Macron son côté «tactile» pour les quelques fois où il s’est permis d'aller féliciter des champions olympiques français. Des propos pleins d’excès et d’aigreur, auxquels des médias de centre gauche, privés ou publics, donnent parfois du crédit, et c’est un tort.
Car cette inflation de langage conflictuel à gauche tend à faire accroire, encore une fois, que nous vivrions dans des sociétés menacées par une dérive autoritaire de ceux qui nous gouvernent. Ce n’est pas le cas. L’expression «violences policières», venue de la gauche radicale et malheureusement adoptée par toute ou partie de la presse, désigne, certes, des abus policiers, mais elle participe d’une désacralisation des forces de l’ordre, essentielles au maintien de la démocratie. «Exactions» ou «bavures» suffisaient à qualifier des comportements policiers déviants. N'oublions pas que les slogans «la police tue» ou «la police assassine» appartiennent au lexique outrancier de la gauche radicale.
Comme en 2015 après les attentats islamistes, on a vu, en France, durant les JO, des gens heureux et reconnaissants applaudir des policiers, et pour certains entamer avec eux un pas de danse – parfois entre personnes de même sexe, rendez-vous compte! Une parenthèse enchantée, illusoire, dont on se gardera d'être dupe.
Comment, in fine, ne pas voir – la gauche radicale, en France comme en Suisse, n’aime pas ça – dans ces Jeux olympiques de Paris, la fête des sociétés libres, heureuses de l’être et voulant le rester?