L'Ukraine est loin d'être vaincue
C’est tôt le matin de Noël et le thermomètre affiche moins onze degrés. Une épaisse fumée s’élève des cheminées des installations de chauffage urbain, et les radiateurs sont brûlants. Dans les rues, des camions répandent du sel. Là où la neige recouvre la chaussée, elle est déblayée.
Même loin à l’est du pays, où des missiles ou des drones peuvent frapper à tout moment, les autorités maintiennent ouvertes les routes importantes et les lignes de ravitaillement.
Une nation qui avance, malgré les épreuves
De nombreuses voies de liaison sont en outre protégées par des filets contre les drones. En dehors du Donbass, en prévision de sa possible perte à la suite de la guerre ou d’un accord de paix, des centaines de kilomètres de dispositifs défensifs contre les chars et l’infanterie ont été construits. En bref: malgré toutes les épreuves, les Ukrainiens ne sont pas prêts à abandonner, et l’Etat continue de fonctionner d’une manière admirable au vu des circonstances.
Les problèmes ne manquent pourtant pas: la corruption sévit dans les administrations et les forces armées, sapant le moral. Les frappes aériennes contre les infrastructures énergétiques provoquent des coupures d’électricité dans tout le pays. Les forces armées souffrent d’un manque de personnel, alors que des centaines de milliers de personnes aptes au service militaire se trouvent dans les grandes villes.
De la fatigue, mais jamais de capitulation
La résilience psychologique des civils et des soldats est remarquable. Beaucoup ont tenté de célébrer Noël comme si le pays n’était pas plongé en pleine guerre. La fête juive des Lumières, qui dure huit jours, s’est également déroulée sans problème, avec des chandeliers à neuf branches installés sur les places principales de chaque grande ville. A titre de comparaison, à Zurich, le chandelier de Hanouka n’a été installé que quelques heures sur la Tessinerplatz, par crainte d’attentats.
Les Ukrainiens sont fatigués de la guerre, cela ne fait aucun doute. Mais ils ne voient pas d’autre option que de continuer à résister aux exigences de capitulation de Poutine. Personne ne fait confiance à Donald Trump ni à ses «plans de paix». Lors d’un trajet à travers l’ouest de l’Ukraine, j’ai vu en deux heures au total trois convois de ravitaillement arrivés de l’Union européenne après avoir franchi la frontière. Même si les statistiques disent autre chose, l’Ukraine est encore loin d’être vaincue.
Traduit de l'allemand par Tim Boekholt
