Donald Trump fait bien pire que de «tirer sur quelqu’un»
Hasard du calendrier, Donald Trump vient fêter sa première année de second mandat en Suisse, ce paisible petit pays qui voyait encore les Etats-Unis comme un grand frère protecteur, avant de se voir fouetter par des droits de douane particulièrement irritants.
What a year, comme on dit.
Alors que le grand public se fiche pas mal de l’énième sauterie élitiste actuellement déployée dans les Grisons, le WEF s’est déjà transformé en une unique et vaste chambre d’écho pour les élucubrations autoritaires du président américain.
Mercredi, avec un mélange de fascination et d’effroi, nous allons tous faire chauffer le WIFI pour ne rien rater des menaces et des loufoqueries d’un type qui a tenu sa promesse: marquer durablement le monde de son second passage au sommet du pouvoir.
Dans quelques heures, la tête d’affiche va vociférer, menacer, sans doute balancer quelques âneries pour faire le show, sous les regards d’une grappe de leaders figés comme des lapins dans les phares d’une Dodge. Les réactions européennes auront deux temps de retard, des extraits vont pulluler sur les réseaux sociaux et on balayera Davos comme après le passage d’une tornade dans le Midwest.
Donald Trump, octogénaire dans cinq mois, est en croisade personnelle et personne n’est pour l’heure en mesure de freiner sa course folle.
Difficile de résumer cette première année de second mandat, tant les bouleversements ont été quotidiens. Depuis le 20 janvier 2025, on se couche avec du Trump pour se lever avec du Donald. Une omniprésence préméditée, idéale pour flanquer le tournis et armée d’un toupet en acier qui ne nous a jamais permis de digérer une déclaration avant d’avoir à avaler de force la suivante. L’avenir nous dira si cette tempête perpétuelle laissera des traces majeures sur le terrain géopolitique.
On a, d'alleurs, oublié un peu trop vite qu’une Américaine a été flinguée par un agent de l’ICE, à bout portant, de jour, en pleine rue, sous les applaudissements décomplexés de l’administration Trump. Le Minnesota, terrain d’une guerre civile qui ne dit pas son nom, est aujourd’hui l’épicentre d’une Amérique bâtie jadis sur un rêve enviable, devenue synonyme de violences et d’injustices d’Etat.
La mort de Renee Nicole Good, 37 ans et mère de trois enfants, représente à elle seule l’impunité totale avec laquelle Donald Trump s’est engouffré dans son second mandat et fait même revivre cette étrange réplique de 2016 comme une macabre prémonition:
Depuis, il a fait pire. Ce sentiment d’impunité, qui irradie les Etats-Unis et le reste du monde depuis une année, ne vient pas de nulle part. Le milliardaire de Mar-a-Lago a survécu à tout: à l’élection «volée» par Joe Biden en 2020, aux crocs d’une justice persuadée d’avoir ce qu’il faut pour l’envoyer derrière les barreaux, à deux tentatives d’assassinat. Il s’est même offert le luxe de foudroyer deux candidats démocrates successifs, durant la campagne présidentielle de 2024.
Comment ne pas se croire invincible?
Selon lui, rien ne peut venir déjouer ses plans, hormis sa «propre moralité», disait-il, mais qui chez lui se traduit plutôt par l’état de santé de son égo. On le sait, il ne s’embarrasse pas d’écouter ses (anciens?) alliés, le Congrès, les leçons de l’Histoire ou ses propres citoyens avant de planter ses griffes dans les fesses de Maduro ou son drapeau sur les terres du Groenland.
Pourtant, s’il bafoue sans gêne le droit international, ce dernier a plus de chances de s’en remettre que les Etats-Unis, où les institutions sont vidées de leur essence et les droits humains piétinés par des décisions et des décrets parfois plus discrets, mais aux effets autrement plus pernicieux. Dans les deux cas, le travail de sape se fait sans résistance particulière, du moins pas à la hauteur des ambitions dévastatrices d’un Donald Trump qui n’en a pas encore terminé avec sa mise à jour brutale de la société.
Pour tout dire, nous en sommes encore à miser sur la flatterie en Occident et à tenter de dépasser la stupeur dans la plupart des grandes villes américaines, où l’ICE brise des familles et l’administration éventre les universités, la science et le système de santé.
Au-delà des dégâts qu’il est susceptible de provoquer ces trois prochaines années, Donald Trump n’a sans doute qu’une seule obsession actuellement: la fin de son mandat. Le dernier, selon la Constitution. Le deuxième, selon le pire des scénarios. Car rien ne permet d’affirmer qu’il va remettre les clés du pouvoir dans le calme et le respect du processus.
Souvenez-vous il y a quelques mois, face à Zelensky (qu’il considère comme un «dictateur sans élection»), le président américain s’était amusé à jouer dangereusement avec les mots:
Dans une interview avec l’agence Reuters, il a aussi évoqué les élections de mi-mandat «inutiles», alors que les sièges républicains seront en danger. Une étape qu’il redoute, lui qui a récemment avoué ne pas comprendre pourquoi son impopularité dans le pays est si grande.
Enfin, devant un parterre de républicains de la Chambre, le 6 janvier dernier, il avait lâché ça:
La porte-parole de la Maison-Blanche avait dû intervenir pour évoquer une «plaisanterie», exprimant à sa manière le fait que les républicains «ont fait du bon boulot cette année». En réalité, jamais aucun président américain n’a eu aussi peur des élections que Donald Trump.
A quelques mois des Midterms, cette phobie est peut-être plus à craindre encore que les fantasmes de conquêtes territoriales du va-t’en guerre maquillé en faiseur de paix. Si un président ne peut légalement annuler une marche vers les urnes, il avait déjà suggéré de reporter «l'élection la plus inexacte et la plus frauduleuse de l'histoire» en 2020, conscient qu’il avait toutes les chances de la perdre.
Le mois de novembre risque donc d’être particulièrement secouant, d’autant que rares sont les présidents en exercice à gagner des sièges au Congrès.
Des attaques répétées contre le processus démocratique que le clan MAGA ne se contente pas de perpétrer dans son propre pays. JD Vance, Steve Bannon et Elon Musk comptent notamment sur l’AfD allemande et le Rassemblement national français pour «tuer l’Union européenne». Et ils sont nombreux aujourd’hui à s’immiscer plus que de raison dans les rouages électoraux et judiciaires européens.
Et puis, tout récemment, le Spiegel a affirmé que «l’administration Trump aurait songé à imposer des sanctions contre trois magistrats ayant traité le procès de Marine Le Pen».
En une seule petite année de mandat, Donald Trump n’a probablement pas (encore?) changé le monde. Il a permis à la société de changer profondément de cap, voguant vers un extrémisme décomplexé, teinté d’un nouvel ordre moral et religieux.
Tapis dans l’ombre, à Washington comme ailleurs, des mini-Trump galvanisés par le sentiment d’impunité de daddy se réjouissent déjà de perpétuer son œuvre et de tailler des élections à leur bon vouloir.
