Cette Groenlendaise a tenu tête à Trump et veut le priver de son rêve
Dans les rues enneigées de Nuuk, Aaja Chemnitz pourrait passer inaperçue. Mais les salutations et les félicitations des passants rappellent que la députée du Groenland sortante vient d'être proposée pour le prix Nobel de la paix, un honneur susceptible de raviver l'intérêt de Washington pour l'île arctique.
Mercredi, le député norvégien Lars Haltbrekken a annoncé avoir proposé la candidature de Chemnitz, conjointement à celle de la sénatrice américaine Lisa Murkowski, pour leur rôle dans la désescalade des tensions liées à la volonté du président américain de prendre le contrôle du Groenland, un territoire autonome danois.
Il n'a pas été précisé si cette nomination a été soumise avant la date limite du 31 janvier.
Un affrontement entre deux notions de la paix
Membre du parti IA (gauche-verte), pour lequel elle représentait l'île arctique au Parlement danois, Aaja Chemnitz, 48 ans, était aux premières loges. Elle a notamment œuvré pour la visite d'élus américains à Copenhague et au Groenland.
Lisa Murkowski, élue républicaine de l'Alaska, s'est rendue à de nombreuses reprises sur l'île. Lors de son dernier déplacement, début février, elle avait appelé à «reconstruire la confiance», mise à mal par les ambitions affichées par Donald Trump sur le territoire autonome.
Aaja Chemnitz, assise en tailleur dans le centre culturel de Nuuk, qui met en valeur la culture inuit mais aussi le rôle des femmes dans la société groenlandaise à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, souligne:
Elle ajoute:
Un prix Nobel très convoité
Sur un mur derrière elle, des dessins d'enfants représentant le drapeau national, constellé de mots d'injures envers le président américain. En janvier, Donald Trump avait lié ses revendications sur le Groenland à son échec à obtenir le prestigieux prix, décerné par le Comité Nobel norvégien.
«Etant donné que votre pays a décidé de ne pas m'attribuer le prix Nobel de la paix pour avoir mis fin à PLUS de 8 guerres, je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la paix», avait écrit le président américain dans un message adressé au Premier ministre norvégien Jonas Gahr Store. A Nuuk, on entend défendre la candidature groenlandaise. Chemnitz affirme, les yeux pétillants:
La crainte d'une nouvelle escalade
Si les chances restent toutefois réduites (il y avait pour le prix 2025, 338 nominations), certains redoutent que cette nomination ne ravive les tensions avec Washington, alors que le mot d'ordre est plutôt à la discrétion diplomatique ces dernières semaines. Aqqaluk Lynge, l'un des fondateurs du parti IA, soupire:
Bien que Donald Trump ait exclu en janvier de recourir à la force pour obtenir le Groenland, Lynge craint sa susceptibilité. Il explique:
Interrogée sur le risque de réaction de la Maison-Blanche, la députée sortante, le Parlement danois venant d'être dissous, répond par une pointe d'ironie:
Selon elle, l'intérêt américain pour le Groenland continuera «par vagues». Elle résume:
Après plus de dix ans au Parlement danois, Aaja Chemnitz ne se représente pas aux élections législatives du 24 mars, où les deux sièges réservés au Groenland seront disputés par des novices. Mais, assure-t-elle:
