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Danemark

Groenland: elle défie Trump et veut lui piquer le prix Nobel

Aaja Chemnitz, ancienne députée groenlandaise au Parlement danois, pose pour une photo à Nuuk le 8 mars 2026.
Aaja Chemnitz, ancienne députée groenlandaise au Parlement danois, proposée pour le prix Nobel de la paix pour son rôle dans l’apaisement des tensions autour du Groenland, pose ici pour une photo à Nuuk le 8 mars 2026.Image: FLORENT VERGNES / AFP

Cette Groenlendaise a tenu tête à Trump et veut le priver de son rêve

Après avoir œuvré à la désescalade autour du Groenland, Aaja Chemnitz, proposée pour le Nobel de la paix, estime qu’elle aura encore un rôle à jouer face aux ambitions de Donald Trump.
09.03.2026, 19:0309.03.2026, 19:03
Florent VERGNES, Nuuk, Danemark / AFP

Dans les rues enneigées de Nuuk, Aaja Chemnitz pourrait passer inaperçue. Mais les salutations et les félicitations des passants rappellent que la députée du Groenland sortante vient d'être proposée pour le prix Nobel de la paix, un honneur susceptible de raviver l'intérêt de Washington pour l'île arctique.

Mercredi, le député norvégien Lars Haltbrekken a annoncé avoir proposé la candidature de Chemnitz, conjointement à celle de la sénatrice américaine Lisa Murkowski, pour leur rôle dans la désescalade des tensions liées à la volonté du président américain de prendre le contrôle du Groenland, un territoire autonome danois.

Il n'a pas été précisé si cette nomination a été soumise avant la date limite du 31 janvier.

Un affrontement entre deux notions de la paix

Membre du parti IA (gauche-verte), pour lequel elle représentait l'île arctique au Parlement danois, Aaja Chemnitz, 48 ans, était aux premières loges. Elle a notamment œuvré pour la visite d'élus américains à Copenhague et au Groenland.

Lisa Murkowski, élue républicaine de l'Alaska, s'est rendue à de nombreuses reprises sur l'île. Lors de son dernier déplacement, début février, elle avait appelé à «reconstruire la confiance», mise à mal par les ambitions affichées par Donald Trump sur le territoire autonome.

Aaja Chemnitz, assise en tailleur dans le centre culturel de Nuuk, qui met en valeur la culture inuit mais aussi le rôle des femmes dans la société groenlandaise à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, souligne:

«Si vous retiriez toutes les femmes fortes de l'Arctique, tout s'effondrerait. Nous avons énormément de femmes puissantes ici, en Arctique et au Groenland.»

Elle ajoute:

«Une collaboration féminine sur la paix, c'est quelque chose de très beau. Surtout quand on sait que nous avons un président américain intéressé par le même prix»
La sénatrice Lisa Murkowski, républicaine de l'Alaska.
La sénatrice Lisa Murkowski, républicaine de l'Alaska.Image: Imago

Un prix Nobel très convoité

Sur un mur derrière elle, des dessins d'enfants représentant le drapeau national, constellé de mots d'injures envers le président américain. En janvier, Donald Trump avait lié ses revendications sur le Groenland à son échec à obtenir le prestigieux prix, décerné par le Comité Nobel norvégien.

«Etant donné que votre pays a décidé de ne pas m'attribuer le prix Nobel de la paix pour avoir mis fin à PLUS de 8 guerres, je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la paix», avait écrit le président américain dans un message adressé au Premier ministre norvégien Jonas Gahr Store. A Nuuk, on entend défendre la candidature groenlandaise. Chemnitz affirme, les yeux pétillants:

«Je peux vous assurer que si nous avons la moindre chance d'obtenir ce prix Nobel, nous ne le laisserons à personne d'autre.»

La crainte d'une nouvelle escalade

Si les chances restent toutefois réduites (il y avait pour le prix 2025, 338 nominations), certains redoutent que cette nomination ne ravive les tensions avec Washington, alors que le mot d'ordre est plutôt à la discrétion diplomatique ces dernières semaines. Aqqaluk Lynge, l'un des fondateurs du parti IA, soupire:

«Ça serait une catastrophe. Il va être tellement furieux. Qu'on lui donne le prix Nobel de la paix et il nous laissera tranquilles!»
Le caractère imprévisible du président américain laisse les Groenlandais dans l'incertitude quant à leur avenir.
Le caractère imprévisible du président américain laisse les Groenlandais dans l'incertitude quant à leur avenir.Image: Imago

Bien que Donald Trump ait exclu en janvier de recourir à la force pour obtenir le Groenland, Lynge craint sa susceptibilité. Il explique:

«On ne peut écarter aucune possibilité. C'est simple, la sécurité que nous avions en Occident est aujourd'hui finie.»

Interrogée sur le risque de réaction de la Maison-Blanche, la députée sortante, le Parlement danois venant d'être dissous, répond par une pointe d'ironie:

«En tant que président américain, vous avez des choses plus importantes sur lesquelles vous concentrer!»

Selon elle, l'intérêt américain pour le Groenland continuera «par vagues». Elle résume:

«Cela montera et descendra. Je pense qu'il sera très important, dans les moments creux, de veiller à ce qu'il y ait une bonne collaboration entre le Groenland et le Danemark, et que nous n'encouragions pas les Etats-Unis à se saisir des éventuels différends.»

Après plus de dix ans au Parlement danois, Aaja Chemnitz ne se représente pas aux élections législatives du 24 mars, où les deux sièges réservés au Groenland seront disputés par des novices. Mais, assure-t-elle:

«Dans toute cette crise entre le Groenland et le Danemark d'un côté, et les Etats-Unis de l'autre, je suis sûre que je jouerai un rôle.»
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