Cette rave party n'est pas comme les autres
Les décibels, la danse, la foi, ou du moins la communion. Quelques dizaines de milliers de personnes ont fait vibrer samedi à Buenos Aires la place de Mai, au son électro du «curé DJ» portugais Guilherme Peixoto, pour une «rave» géante, en hommage au pape argentin François, mort il y a juste un an.
L'emblématique place de Mai, rompue aux grandes manifestations politiques, militantes, récemment encore pour marquer gravement les 50 ans de la dictature (1976-1983) s'est muée pendant plus de deux heures en une gigantesque party, engorgeant des avenues adjacentes.
Pulsations intenses, build-ups puissants mais mélodiques, video mappings de nuages célestes, de colombes de la paix, de croix, entrecoupés d'images et messages audios du pape François: tour à tour hilare ou absorbé, à la table de mixage, le père Guilherme, chemise noire et col clérical, a animé ce qui l'a fait connaître internationalement ces dernières années, et ce qui le meut.
La municipalité hôte de Buenos Aires disait attendre entre 30 000 et 50 000 personnes pour le concert gratuit. Symboliquement, devant le parvis de la cathédrale dont Jorge Bergoglio fut pendant 15 l'archevêque très populaire, avant de devenir pape François en 2013. Il ne revint jamais en Argentine jusqu'à sa mort, le 21 avril 2025.
Le cocktail d'électro et de message religieux est devenu marque de fabrique du père Guilherme, célèbre bien au-delà de son Portugal natal — originaire de Guimaraes, il est curé à Braga — pour ses «grand-messes» techno, qu'il a célébrées à travers le monde, Lisbonne, Beyrouth, Mexico, Rio, Ibiza...
Un cocktail, une passerelle vers les jeunes, adoubés par le pape François lui-même, qui le rencontra et l'invita à animer les Journées mondiales de la jeunesse à Lisbonne en 2023.
«Voyager ensemble»
«C'est trop bien qu'il essaie de rapprocher les gens à travers l’électronique et la religion», disait dans la foule compacte, majoritairement jeune mais pas uniquement, Tomas Ferreira, avocat de 25 ans, qui contrairement a 63% des Argentins se dit non catholique. Mais conscient que «la religion se modernise, et c’est une bonne chose».
Reproduit sur des écrans géants dans de proches avenues, le concert, sous le thème «François vit dans la rencontre», a alterné sons purement électro, et quelques brefs clins d'oeil plus datés, mais non sans référence religieuse, tels Knockin' on heaven's door (de Bob Dylan).
Le père ajoute: «Je n’ai jamais senti que du fait d'être au séminaire je ne devais pas faire ceci ou cela, ou sortir le soir. A 18 ans, on a créé un groupe de pop-rock...»
C'est en commençant à organiser des karaokés dans les années 2000 dans sa paroisse, pour récolter quelques fonds, qu'il s'est mis peu à peu à mixer, puis développer une culture techno. Puis la pandémie l'a vu basculer, produisant des streams, des sets devenus viraux.
Au fil du temps, sa techno «est devenue un peu plus mélodique, c’est ce que je joue maintenant. Ca me permet aussi d’insérer toute une série de messages au long du set», souligne-t-il.
«Ca me donne la chair de poule, quand je vois les jeunes, quand je nous sens tous unis sur la piste de danse. C'est une très belle image, comme un voyage», médite-t-il.
