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Le mystérieux voyage du patron de la CIA à Moscou inquiète l’Ukraine

Donald Trump et le directeur de la CIA, John Ratcliffe, à Washington. A droite, une silhouette de la cathédrale Saint-Basile au soleil couchant.
Donald Trump aux côtés du directeur de la CIA John Ratcliffe.Image: sda/watson

Cette visite de la CIA à Moscou rappelle un précédent inquiétant

Le Kremlin confirme la visite du directeur de la CIA à Moscou et des contacts entre services secrets. Rien n'a filtré sur la teneur des discussions.
26.08.2026, 16:3926.08.2026, 16:39
Christoph Cöln / t-online
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John Ratcliffe n'a pas rencontré Vladimir Poutine, assure le Kremlin. Le directeur de la CIA, arrivé discrètement mardi à Moscou, a, en revanche, eu des contacts avec les services secrets russes, qualifiés de «positifs» par Moscou. Leur contenu reste inconnu.

Donald Trump a qualifié mercredi cette visite de «semi-routine», ajoutant vouloir que la guerre en Ukraine prenne fin: «C'était en quelque sorte de la semi-routine. Je déteste décevoir les gens», a dit le président américain pendant une interview avec un commentateur conservateur, Glenn Beck, en référence aux multiples spéculations nées de ce déplacement.

Le milliardaire a assuré que ce déplacement n'était lié ni à l'Iran ni à des menaces russes contre l'Otan. «Il n'était pas là-bas pour une de ces choses que vous mentionnez», a-t-il dit, interrogé sur ces deux sujets.

Que s'est-il passé?

L'avion qui s'est posé, mardi, à l'aéroport de Vnoukovo, à Moscou n'est pas passé inaperçu. Il s'agissait d'un C-17A Globemaster III de l'armée de l'air américaine. Il semble qu'un émissaire de haut rang se trouvait à bord de cet imposant avion de transport militaire. Aucun accueil officiel n'avait toutefois été organisé et le Kremlin affirmait alors ne rien savoir de cette visite.

Selon des médias ukrainiens, les Etats-Unis avaient toutefois demandé au préalable au gouvernement de Kiev de ne mener aucune attaque de drones contre Saint-Pétersbourg et Moscou entre le 24 et le 26 août. Ce type de demande n'est généralement formulé que lorsque de hauts représentants de l'Etat doivent traverser l'espace aérien. Et pour cause: selon toute vraisemblance, le passager mystère était le directeur de la CIA, John Ratcliffe.

Que faisait le chef de la CIA en Russie?

Les raisons qui ont poussé John Ratcliffe à se rendre à Moscou en pleine montée des tensions continuent d'alimenter les spéculations. Le patron de la CIA était-il chargé de transmettre un message au maître de la Russie? L'hypothèse est plausible.

Selon le Wall Street Journal, notamment, ce proche de Donald Trump aurait tenté de mettre en garde les dirigeants russes. Il est même question d'un avertissement adressé à Vladimir Poutine.

Qui est John Ratcliffe?
John Ratcliffe, né en 1965, est un juriste américain et un homme politique du Parti républicain. Depuis janvier 2025, il dirige la CIA, après avoir été nommé à ce poste par Donald Trump. Il est considéré comme l'un des plus fidèles soutiens du président américain. Il est le premier Américain à avoir occupé successivement les fonctions de directeur du renseignement national (DNI), puis de directeur de la CIA.

Par le passé, ses détracteurs et les démocrates lui ont reproché d'avoir présenté certains rapports des services de renseignement sous un jour favorable à Trump, notamment ceux concernant l'ingérence russe dans les élections.
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John Ratcliffe lors d'une réunion à la Maison-Blanche en mars 2026.Image: sda

Le spectre d'une vaste mobilisation en Russie

Selon le Wall Street Journal, qui cite des sources au sein des services de renseignement américains, le gouvernement américain disposerait d'informations faisant état d'une vaste campagne de mobilisation préparée par le Kremlin. Certains experts s'attendent à une telle mesure depuis plusieurs mois déjà.

Poutine pourrait décréter cette mobilisation après les élections législatives de fin septembre. Mais rien n'est certain et le président russe risque gros. Les pénuries dans les stations-service et la hausse du coût de la vie suscitent déjà un vif mécontentement dans la population. Une mobilisation à grande échelle, qui pourrait concerner jusqu'à 300 000 Russes, risquerait d'aggraver encore la situation pour le maître du Kremlin.

La mission concernait-elle l'Otan ou l'Iran?

Le secret entourant la visite de John Ratcliffe pourrait toutefois avoir une autre explication. Selon le Wall Street Journal, les services de renseignement américains disposeraient également d'informations selon lesquelles Poutine préparerait une opération contre l'Otan. Le président russe voudrait ainsi mettre l'Alliance à l'épreuve sur le plan militaire.

«Il pourrait s'agir de dire à Poutine: "Nous savons ce que vous préparez et vous feriez mieux d'y renoncer"», explique au journal Beth Sanner, ancienne directrice adjointe du renseignement national américain chargée de la coordination des services.

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Mais même si Poutine ne prépare ni mobilisation ni attaque contre l'Otan, la seconde hypothèse n'est guère plus rassurante. Trump pourrait avoir décidé de faire appel au Kremlin comme médiateur dans le conflit avec l'Iran et de mettre un terme au soutien militaire russe à Téhéran, notamment à la transmission de données satellitaires russes utilisées pour des attaques iraniennes contre les troupes américaines. Mais Poutine exigera quelque chose en échange. Et cette contrepartie pourrait, une fois encore, concerner l'Ukraine.

«Il pourrait aussi être question du cessez-le-feu en Iran et de la possibilité d'associer une autre partie aux discussions», estime Sanner. John Ratcliffe pourrait ainsi chercher à obtenir le soutien du Kremlin pour relancer les négociations entre les Etats-Unis et l'Iran, actuellement dans l'impasse. Dès avril, le Kremlin avait proposé pour la première fois de jouer les médiateurs dans le conflit entre Washington et Téhéran.

Quoi qu'il en soit, ce ne serait une bonne nouvelle ni pour l'Ukraine ni pour l'Europe. La dernière visite d'un directeur de la CIA à Moscou remonte à novembre 2021. William Burns s'y était alors rendu pour mettre Poutine en garde contre une invasion de l'Ukraine, que les services de renseignement américains savaient en préparation. Trois mois plus tard, la Russie envahissait son voisin et déclenchait une guerre d'anéantissement brutale, qui dure désormais depuis plus longtemps que les combats entre l'Armée rouge et la Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le dossier Patriot au point mort

Plusieurs initiatives favorables à l'Ukraine et susceptibles de nuire à la Russie sont actuellement à l'étude aux Etats-Unis. Parmi elles figure la possibilité d'accorder à Kiev des licences pour fabriquer des missiles antiaériens Patriot. Lors du sommet de l'Otan en juillet, Trump avait encore promis au président ukrainien Volodymyr Zelensky de vendre ces licences à l'industrie de l'armement ukrainienne. Mais depuis, rien n'a bougé.

La demande de Kiev, qui souhaite également pouvoir acheter des missiles Patriot aux Etats-Unis, est elle aussi restée sans réponse. Les stocks ukrainiens de missiles antiaériens sont pratiquement épuisés. Le pays se retrouve ainsi presque sans défense face aux bombardements quotidiens de la Russie. Ces dernières semaines, le régime de Poutine a en outre intensifié ses attaques contre les infrastructures critiques et civiles ukrainiennes.

Et si le maître du Kremlin parvient à ses fins, cette situation devrait encore durer. En bombardant quotidiennement les immeubles d'habitation, les écoles ainsi que les réseaux d'électricité et d'eau, il cherche à rendre la vie impossible dans les villes ukrainiennes. Une Ukraine à court de missiles antiaériens ferait donc parfaitement ses affaires.

Un autre moyen de pression: les sanctions

Un autre moyen de pression auquel le dirigeant russe pourrait songer concerne le nouveau train de sanctions, officiellement baptisé «loi Lindsey O. Graham sur les sanctions contre la Russie et l'Iran de 2026». Aux Etats-Unis, ce texte, qui porte le nom du sénateur Lindsey Graham, décédé en juillet, a déjà été adopté à une large majorité par le Sénat. Il doit encore être approuvé par la Chambre des représentants, puis signé par le président Trump.

Si ce train de sanctions entrait effectivement en vigueur, les conséquences pourraient être lourdes pour le secteur financier et l'industrie pétrolière russes. Voilà qui pourrait affaiblir encore davantage une économie déjà mal en point et attiser le mécontentement de la population. Poutine aurait donc tout intérêt à éviter ce scénario.

Pourquoi Trump et Poutine sont sous pression

Le constat est simple: les Etats-Unis et la Russie se trouvent dans une situation similaire. Les deux gouvernements sont empêtrés dans une guerre dont ils ne peuvent espérer sortir rapidement. Leurs présidents respectifs doivent en outre composer avec des échéances électorales importantes, dans quelques semaines seulement pour la Russie et début novembre pour les Etats-Unis. Les observateurs n'excluent donc pas un accord entre Trump et Poutine.

La visite de John Ratcliffe à Moscou pourrait en être un indice. «Les directeurs de la CIA ne se rendent généralement pas à Moscou», a déclaré à Radio Free Europe Glen Howard, spécialiste de la Russie à la Saratoga Foundation, un think tank américain. L'analyste est convaincu que Ratcliffe est venu au Kremlin pour une affaire urgente. «Il n'a certainement pas fait tout ce chemin jusqu'en Russie sans raison», estime Glen Howard, «à moins qu'il ne s'agisse de quelque chose de vraiment important». (trad.: mrs)

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