Le nouvel Air Force One de Trump pris dans un piège juridique
Alors qu'il se rendait au Forum économique mondial de Davos (WEF), l'Air Force One de Donald Trump a dû faire demi-tour: le Boeing du président, qui a plus de 30 ans, a changé de cap au-dessus de l'Atlantique en raison d'un «petit problème électrique».
Trump a ensuite embarqué à bord d'un Boeing 757, qui sert normalement d'Air Force Two au vice-président. Cet incident montre à quel point le président américain s'impatiente à l'idée d'avoir un nouvel Air Force One et explique pourquoi un avion de remplacement controversé provenant du Qatar est mis en service plus tôt que prévu. (La désignation Air Force One ne s'applique pas à un avion en particulier, mais à l'appareil dans lequel se trouve le président américain).
Du nouveau pour la flotte présidentielle
Selon l’armée de l’air américaine, le Boeing 747 offert par le gouvernement qatari devrait être opérationnel dès cet été comme nouvel Air Force One. L’appareil est officiellement désigné comme «VC-25 bridge aircraft» (avion relais VC-25) et doit servir de solution provisoire jusqu’à la livraison des deux nouveaux avions présidentiels actuellement transformés par Boeing. Ceux-ci sont attendus au plus tôt en 2028.
L'US Air Force, quant à elle, insiste sur l'urgence de la situation, comme l'a déclaré un porte-parole au Wall Street Journal:
Un cadeau qatari qui suscite la controverse
Le secrétaire à l’Air Force, Troy Meink, estime le coût de la transformation de l’appareil à moins de 400 millions de dollars. Le projet est financé par des fonds réaffectés provenant d’un programme de modernisation des missiles balistiques intercontinentaux américains.
A titre de comparaison, le contrat conclu avec Boeing pour deux nouveaux Air Force One (désignation officielle: VC-25B) s’élève à 3,9 milliards de dollars. En raison de problèmes techniques, de problèmes d'approvisionnement et d’un manque de personnel, le projet accuse environ quatre ans de retard. Boeing a déjà dû enregistrer plus de deux milliards de dollars de pertes, et les retards se poursuivent.
Voilà pourquoi Trump continue de défendre bec et ongles son Boeing qatari. Après la récente panne survenue lors de son vol vers Davos, la porte-parole de Trump, Karoline Leavitt, a ironisé en déclarant que l'avion qatari fonctionnait «beaucoup mieux»:
Les opposants mettent en garde contre des risques éthiques et sécuritaires considérables. L'acceptation d'un avion offert par un Etat étranger pourrait, en outre, enfreindre la clause relative aux émoluments étrangers (Foreign Emoluments Clause) de la Constitution américaine, qui interdit les cadeaux offerts par des gouvernements tiers sans l'accord du Congrès.
Les critiques fusent même au sein du camp politique de Trump. Les commentateurs conservateurs parlent d'un manque de discernement et soulignent de potentielles dépendances vis-à-vis du Qatar. Trump lui-même a déclaré publiquement que ce serait «stupide» de refuser un tel cadeau, qu'il a qualifié de «magnifique geste» de la part des cheikhs.
Une flotte trop vieille
Les capacités techniques dont disposera finalement le Boeing 747 qatari restent strictement confidentielles. On ignore notamment s'il sera équipé des mêmes systèmes que les avions Air Force One actuels, notamment en matière de ravitaillement en vol, de défense antimissile et de systèmes de communication hautement sécurisés.
Les experts doutent qu'une conversion complète aux normes de sécurité les plus élevées soit possible en si peu de temps.
Les deux Boeing actuellement utilisés comme Air Force One datent encore de l'époque de George W. Bush et sont de plus en plus sujets aux pannes. Depuis des années, Trump critique non seulement l'âge des appareils, mais aussi leur manque de confort sur les vols long-courriers.
On ne sait pas encore ce qu'il adviendra du jet offert par le Qatar après la présidence de Trump. Les représentants du gouvernement estiment qu'il est possible que l'appareil reste la propriété de l'Etat américain et soit utilisé comme avion de remplacement ou d'entraînement.
Trump lui-même a toutefois déjà évoqué la possibilité d'exposer le jet dans sa future bibliothèque présidentielle, à l'instar d'un ancien avion présidentiel de Ronald Reagan.
Traduit de l'allemand par Anne Castella
