Ce n'est déjà pas simple de revenir de vacances sans avoir à raconter cent fois la série de banalités réalisées sur une plage pendant dix jours. Alors quand c'est un procès qui a duré six semaines, à l'issue duquel vous avez condamné au pénal un ancien président des Etats-Unis, le retour aux affaires courantes peut s'avérer compliqué. Le quotidien de ces cinq femmes et sept hommes qui ont composé le jury du procès contre Donald Trump, à New York, sera à jamais bouleversé.
Du regard de la société au jugement de la famille et des collègues, des cauchemars aux menaces, les jurés ont accepté les conséquences de cette périlleuse mission. Même si ce n'est pas la première fois que des citoyens lambdas traversent une telle expérience, cela ne veut pas dire que ça passe crème.
Théoriquement, l'identité des douze jurés qui ont condamné Donald Trump jeudi soir n'est connue que d'une poignée de personnes concernées, du juge Merchan aux avocats des deux parties. Hélas, une fois relâchés dans la nature, les règles changent. Depuis que leur leader a été déclaré coupable, les partisans de MAGA ne s'en remettent pas. Si on en a vu certains pleurer aux abords du tribunal de Manhattan, la plupart d'entre eux fomentent déjà leur vengeance.
Sur le réseau Truth Social et la messagerie Telegram, une opération de doxing est en cours. L'objectif étant de faire sauter l'anonymat des membres du jury, pour ensuite les intimider (au mieux) ou les menacer de mort (au pire).
MAGATs threatening the jurors and the juror’s children. This is going to get so much worse and the mangolomaniac will revel in it. pic.twitter.com/wZM8avm09m
— 𝙽𝚊𝚜𝚑 𝙸𝚜 𝙷𝚎𝚛𝚎 𝙵𝚘𝚛 𝙸𝚝 (@NashIsHereForlt) May 31, 2024
Interrogée par le Washington Post, une jurée du procès pour agression sexuelle de Bill Cosby y va de sa mise en garde:
Plus facile à dire qu'à faire. Car au-delà des menaces brandies par les trumpistes, il faudra dealer avec la gourmandise des médias. Il faut savoir qu'une fois éjectés du tribunal, les jurés sont libres de s'exprimer.
Quand certains acceptent des interviews, d'autres négocient des contrats d'édition. La plupart du temps, parler permet à ces citoyens d'envisager de passer à autre chose. De tout balancer afin de digérer l'épisode traumatique pour de bon. Et les médias sont parfois insistants et généreux quand il s'agit d'attraper le premier témoignage en exclusivité.
Ce fut notamment le cas de Ray Hultman, l'un des membres du jury qui a acquitté Michael Jackson: «Je l'ai fait, j'ai dit tout ce dont j'avais besoin de dire. J'en avais fini avec ça». Mais mordre à l'hameçon ne mène pas forcément à la richesse ou à la célébrité: Hultman, malgré le tintamarre provoqué par ce procès, ne vendra qu'une centaine de bouquins.
A l'issue du procès contre le candidat républicain, le juge Merchan avait d'ailleurs rappelé que «personne ne peut vous obliger à faire quelque chose que vous ne voulez pas faire».
Sur les forums d'extrême droite, quatre jours après le verdict, les menaces de représailles s'intensifient. Certains noms s'y échappent, parfois des adresses. Fake or not? Mystère. Mais leur volonté est claire: «Ne serait-il pas intéressant qu'une personne de l'équipe juridique de Trump divulgue discrètement les noms des jurés?», lit-on notamment sur un message Telegram, déterré par les équipes de CNN.
Pour certains spécialistes, le fait que ce verdict concerne également un candidat à l'élection présidentielle, rend peu probable que l'un des jurés sortent du bois avant le 5 novembre. Et la condamnation ne risque pas de les inciter à parler à visage découvert.