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Economie: ce plan de l'UE pourrait impacter la Suisse

Le président français Emmanuel Macron réclame depuis des années une meilleure protection de l'industrie européenne et se voit aujourd'hui conforté dans son opinion.
Le président français, Emmanuel Macron, réclame depuis des années une meilleure protection de l'industrie européenne et se voit aujourd'hui conforté dans son opinion.Image: Benoit Tessier / Pool

Par peur d'être «balayée», l'UE pourrait imiter Trump

L’économie européenne est plongée dans une crise profonde. Pour sauver l’industrie locale de la débâcle, Bruxelles se tourne vers des stratégies plus protectionnistes.
13.02.2026, 12:0313.02.2026, 14:08
Remo Hess, Bruxelles / ch media

L’Union européenne tente désespérément de se sortir de son marasme économique. Pour y parvenir, elle n’hésite pas à recourir à des mesures protectionnistes. Lors de leur réunion informelle cette semaine dans un château à Alden Biesen en Belgique, les chefs d'Etat et de gouvernement discutent de la manière de favoriser systématiquement les entreprises européennes face à la concurrence étrangère.

Le contexte est dramatique. L’industrie européenne perd du terrain depuis des années. Sa part dans la valeur ajoutée mondiale a fortement diminué face à la Chine et aux Etats-Unis. La pandémie et l’agression russe contre l’Ukraine ont encore accéléré cette tendance.

Une situation très inconfortable

Les prix élevés de l’énergie, une demande faible et une dépendance croissante aux chaînes d’approvisionnement asiatiques pèsent sur les entreprises européennes. En Allemagne, près de 150 000 emplois industriels ont disparu l’an dernier. Des postes qui, une fois supprimés, ne reviennent presque jamais.

Il y a deux ans déjà, l'économiste Mario Draghi avait lancé un avertissement:

«Si nous n’agissons pas maintenant, nous risquons une mort lente»

L’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) avait remis, à la demande de l’UE, un rapport contenant plus de 300 propositions de réforme pour renforcer la compétitivité de l’Europe. Mais seule une fraction de ces propositions a été mise en œuvre. Depuis, la situation n'a fait qu'empirer.

Mario Draghi.
L’ancien président de la Banque centrale européenne Mario Draghi.Image: Imago

La menace économique grandissante de la Chine

La première réaction de Bruxelles face à la crise a été une offensive en faveur du libre-échange. Pendant qu’à Washington, le président américain Donald Trump brandissait le marteau des droits de douane, l’UE signait des accords commerciaux avec les pays sud-américains du Mercosur et avec l’Inde. En parallèle, elle lançait une réduction bureaucratique censée soulager l’économie de quelque 15 milliards d’euros par an.

Mais cela ne suffit pas à inverser la tendance. La France, en particulier, réclame un changement de cap radical. Le président Emmanuel Macron met en garde: l’Europe pourrait bientôt être «balayée» dans la compétition mondiale. Sa vision, martelée depuis des années et celle d'«une Europe qui protège». Sous-entendu: une politique industrielle plus active, incluant la protection de ses secteurs stratégiques face à la concurrence hautement subventionnée de la Chine.

Les craintes d’une domination chinoise grandissent effectivement. Pékin réalise d’énormes excédents commerciaux, contrôle une grande partie du traitement des terres rares et subventionne ses industries clés avec des milliards issus du budget de l’Etat. Quand la Chine a restreint, en octobre dernier, l’exportation de certaines matières premières, des usines automobiles européennes ont frôlé l’arrêt de leur production. C'est à ce moment-là qu'est apparue clairement la dépendance de l'Europe vis-à-vis des matières premières clés en provenance de Chine.

Vers un changement de cap de l'UE

Dans ce contexte, un concept gagne en soutien: «Achetez européen» («Buy European»). L’idée: là où les deniers publics européens sont engagés, les fournisseurs européens doivent être privilégiés. Cela concerne un volume énorme; les Etats membres de l’UE dépensent chaque année environ 2000 milliards d’euros dans les marchés publics.

L’accent de «Buy European» doit porter sur les secteurs stratégiques d’avenir, comme les batteries ou les technologies vertes. Il est par exemple prévu que les voitures électriques subventionnées par l'Etat doivent contenir une part prescrite de composants purement européens.

Ce ne serait pas une rupture radicale avec la politique commerciale menée jusqu'à présent. Les Etats-Unis appliquent depuis des décennies des règles similaires avec le «Buy American Act», la Chine mène une stratégie industrielle agressive avec «Made in China 2025», et le Canada mise aussi sur des préférences nationales.

Ce qui serait nouveau, en revanche, c’est que l’UE s’éloigne de son approche jusqu’ici très ouverte. Ou, pour le dire clairement: si les autres ne jouent plus selon les règles du libre-échange, l’UE ne veut plus le faire non plus.

Ce que cela peut signifier pour la Suisse

La position de la France a gagné du terrain. Mais la méthode «Buy European» est loin d’être adoptée. L'Allemagne et plusieurs pays nordiques poussent pour une mise en œuvre aussi restreinte que possible. Ils craignent des coûts plus élevés, des pertes d’efficacité et des conflits commerciaux avec des partenaires importants.

Une protection excessive pourrait finalement nuire aux exportateurs européens eux-mêmes. Les partisans de l'idée, comme la France, soutiennent que le modèle d’exportation actuel a échoué. Pour se libérer de la dépendance mondiale, il faut construire délibérément des industries locales dans les secteurs critiques.

Pour la Suisse, qui n’est pas membre de l’UE mais fortement intégrée au marché intérieur, ce projet est délicat.

Déjà, avec les droits de douane sur l’acier récemment imposés par l’UE, Berne a été mise sous pression. Lors du Forum économique mondial de Davos, le président de la Confédération Guy Parmelin s’en est plaint auprès de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Dans une interview accordée à la NZZ am Sonntag, Parmelin a déclaré:

«Je lui ai dit: ça ne peut pas continuer comme ça»

Depuis, la diplomatie suisse se bat à tous les niveaux pour que les éventuelles règles du «Buy European» ne pénalisent pas les entreprises locales. En vue du nouveau paquet d’accords bilatéraux, qui devrait être soumis au vote dans un à deux ans, il est crucial que la Suisse ne soit pas traitée moins favorablement que les Etats de l’Espace économique européen (EEE) comme la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein.

La Suisse peut invoquer le fait qu’elle dispose non seulement d’un accord de libre-échange, mais aussi d’un accord sur les marchés publics avec l’UE, censé garantir un accès non discriminatoire au marché des achats publics européen. Cependant, les deux accords ne font pas partie du nouveau paquet de modernisation des accords, à la demande expresse de la Suisse.

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