Il faut le reconnaître, Allan Lichtman, 77 ans, professeur d'histoire à l'American University de Washington, sait bien se vendre. Cela ne surprend donc personne que cet observateur politique chevronné se soit mis en scène en coureur de fond pour le New York Times, livrant son dernier pronostic sur l'issue de la course à la Maison Blanche.
Lichtman pense avoir développé dans les années 1980 la formule parfaite pour prédire le vainqueur d'une élection présidentielle. Il dit avoir identifié treize «clés», c'est à dire des catégories individuelles que Lichtman a divisées en forces et faiblesses politiques et personnelles des candidats à la présidence. Si le candidat du parti présidentiel actuel perd six clés ou plus, il a perdu l'élection aux yeux du professeur d'histoire.
Or, ces catégories sont hautement subjectives. Ainsi, lors de la campagne électorale de 2012, Lichtman a affirmé que le président sortant Barack Obama avait perdu son charisme et donc la clé correspondante. Et aujourd'hui, il affirme que le débat sur l'état de santé de Joe Biden et le retrait forcé du candidat à la présidence ne remplit pas le critère de scandale.
Mais le prophète ne se laisse pas ébranler par les objections et les critiques. Il affirme que son système fonctionne et que depuis 1984, il a (presque) toujours prédit qui allait gagner les élections présidentielles. Seule exception: en 2000, Lichtman avait prédit la victoire du démocrate Al Gore. Le républicain George W. Bush l'a emporté après une longue bataille juridique. Lichtman, un démocrate, affirme encore aujourd'hui que son pronostic était juste.
Qu'en est-il pour la course actuelle? Lichtman annonce son prognostic dans une vidéo pour le New York Times: «Kamala Harris sera la prochaine présidente des Etats-Unis». La démocrate, candidate du parti de l'actuel président Joe Biden, ne perdrait pas plus de cinq clés dans son duel contre le challenger Donald Trump, selon le pronostic de Lichtman. Et cela suffit pour une victoire, selon son modèle.
Le professeur est habitué à ce que sa formule soit ridiculisée par les analystes électoraux et les observateurs politiques. Ainsi, il ignore aussi bien les sondages dans les Etats fédéraux politiquement disputés que les grands événements comme le débat télévisé entre Harris et Trump, qui doit avoir lieu mardi prochain.
«C'est un système unique», admet-il. Mais il n'est pas subjectif, c'est simplement une évaluation, affirme-t-il. Le 5 novembre, on verra si Lichtman a une fois de plus raison.
Traduit et adapté de l'allemand par Léa Krejci