Ce milliardaire français déclenche une crise dans la littérature
Séisme dans le monde de l'édition française: 115 auteurs ont annoncé mercredi quitter la maison d'édition Grasset pour dénoncer le licenciement de son PDG Olivier Nora et la mainmise du milliardaire ultraconservateur Vincent Bolloré, son propriétaire. Parmi ces auteurs figurent de nombreux poids lourds de la littérature française, romanciers comme essayistes, de Virginie Despentes à Sorj Chalandon et de Bernard-Henri Lévy à Frédéric Beigbeider.
Cette décision inédite par son ampleur a été prise dans l'urgence après l'annonce mardi du départ de Nora après plus d'un quart de siècle à la tête de la maison aux 17 prix Goncourt. Celle-ci est tombée dans l'escarcelle de Bolloré en 2023 lors de sa prise de contrôle de Hachette, sa maison mère.
Vincent Bolloré, qui a fait fortune notamment dans la logistique en Afrique, s'est imposé depuis une vingtaine d'années comme une figure incontournable des médias en France, où il est connu pour ses position ultraconservatrices. Cnews, une des chaines qu'il dirige, est notamment régulièrement accusée de divulguer des propos racistes.
Les raisons du retrait surprise d'Olivier Nora, qui dirigeait Grasset depuis 2000, n'ont pas été officiellement précisées. Mais pour ce collectif pas de doute: il s'agit d'un ««licenciement» marquant une ««une atteinte inacceptable à l'indépendance éditoriale et la liberté de création», selon une lettre commune obtenue mercredi soir par l'AFP.
Selon une source proche du dossier, ce départ serait lié à la publication du prochain livre de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, dont l'arrivée chez Grasset en provenance d'un autre géant, Gallimard, avait déjà fait grand bruit en mars après un an de détention en Algérie. «Les deux parties ont fait le constat d'un désaccord» sur l'opportunité de publier cet ouvrage, consacré à cette détention, dès juin et non à l'automne comme le souhaitait Olivier Nora, indique cette source.
Ils refusent d'être des «otages»
Dans leur courrier commun, les 115 signataires décrivent Olivier Nora comme le «ciment» d'une maison d'édition qui abritait jusque-là des auteurs d'opinions très diverses. «Nous sommes des auteurs Grasset, nous avons publié chez Grasset, ou nous avons un livre qui va sortir chez Grasset, mais nous ne signerons pas notre prochain livre chez Grasset. Et nous sommes 115», soulignent-ils dans leur courrier.
«Une fois de plus, Vincent Bolloré dit «je suis chez moi et je fais ce que je veux» au mépris de celles et ceux qui publient, de celles et ceux qui accompagnent, éditent, corrigent, fabriquent, diffusent, distribuent nos livres. Et au mépris de celles et ceux qui nous lisent», indique le texte, dont les initiateurs insistent sur la dimension collective.
«Aujourd'hui, nous avons un point commun: nous refusons d'être les otages d'une guerre idéologique visant à imposer l’autoritarisme partout dans la culture et les médias», affirment les signataires. «Nous ne voulons pas que nos idées, notre travail, soient (la) propriété» de Bolloré, écrivent-ils aussi.
La crise chez Grasset, où Jean-Christophe Thiery, PDG de Louis Hachette Group et homme de confiance de Vincent Bolloré, va succèder à Olivier Nora, devrait être largement débattue au Festival du Livre, qui s'ouvre jeudi soir au Grand Palais, à Paris. (jzs/afp)
