Schengen: Madrid avertit Rome de possibles mesures de rétorsion
L'Espagne a menacé vendredi l'Italie de mesures de rétorsion si Rome ne lève pas cette semaine la suspension de l'accord de libre circulation de Schengen qu'elle a instaurée à la suite de l'afflux massif de migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta.
Un communiqué du gouvernement espagnol avertit:
Cette rare brouille entre deux alliés de l'UE et de l'OTAN intervient après que 72 000 migrants ont franchi la frontière depuis le Maroc vers le territoire espagnol de Ceuta, en Afrique du Nord, la semaine dernière, lors d'un mouvement d'une ampleur sans précédent.
Des scènes vivement critiquées par d'autres pays de l'UE partisans d'une ligne dure sur l'immigration irrégulière et la protection des frontières extérieures du bloc, parmi lesquels la première ministre italienne d'extrême droite Giorgia Meloni.
Vendredi, le gouvernement espagnol a de nouveau fustigé l'Italie pour une mesure qu'il a qualifiée «d'inéquitable, contraire aux intérêts de l'UE et discriminatoire pour la population espagnole».
Le communiqué du gouvernement espagnol ne précisait pas la nature des représailles envisagées; les mesures prises par l'Italie comprennent la fermeture des points d'entrée maritimes et aériens ainsi que le renforcement des contrôles aux frontières terrestres.
Rumeurs sur internet
«Nous n'avons en aucun cas l'intention de revenir sur la décision de suspendre l'application de l'accord de Schengen aux ressortissants de pays tiers en provenance d'Espagne, au moins jusqu'au 15 août», a réagi vendredi après-midi le gouvernement italien, rejetant «ultimatum ou imposition (...) concernant la sécurité nationale et le contrôle des frontières».
Selon les médias locaux, la police espagnole surveille les rumeurs circulant sur Internet et les messages publiés sur les réseaux sociaux concernant d'éventuelles nouvelles arrivées de migrants dans l'enclave; toutefois, les autorités n'ont pas explicitement indiqué qu'elles s'attendaient à cette date à une répétition de l'afflux observé la semaine dernière.
«Ce n'est que lorsqu'on aura la certitude qu'il n'y aura aucun risque en matière de sécurité et de terrorisme pour l'Italie (...) qu'il sera possible de revoir ce qui a déjà été décidé», selon la même source qui qualifie cependant l'Espagne de «pays ami».
La suspension par l'Italie de l'accord de Schengen avec l'Espagne, annoncée le 31 juillet, était une «mesure extraordinaire» destinée à «sauvegarder la sécurité nationale et prévenir de possibles répercussions pour notre pays», avait déclaré Mme Meloni.
Elle fait partie des dirigeants européens qui ont réclamé la suspension de l'Espagne de l'espace Schengen après la crise à Ceuta, bien qu'une telle décision soit légalement impossible.
Le gouvernement espagnol a mis en garde contre «la création de fractures et de conflits stériles dictés par des motivations électorales internes» et a déclaré avoir «confiance dans le fait que le sentiment pro-européen, le bon sens et la bonne foi prévaudront».
Sur les 72 000 migrants arrivés à Ceuta, 70 000 sont retournés au Maroc, selon les chiffres officiels espagnols.
Mais ceux qui restent – parmi lesquels des centaines d'enfants non accompagnés – sont confrontés à des conditions de vie désastreuses, avec un accès très limité à la nourriture, à l'eau, à des abris et des installations sanitaires. (sda/ats/afp/svp)
