Le vice-président américain s'en prend à Netanyahou?
Un entretien téléphonique entre Benjamin Netanyahou et JD Vance aurait dégénéré, la semaine dernière. Malgré cela, le vice-président américain serait la personne qui devrait mener les négociations avec l’Iran, selon un article du portail américain Axios.
D'après nos confrères étasuniens, le vice-président américain aurait crié au téléphone sur le premier ministre israélien, et l’aurait accusé d’avoir présenté de manière bien trop optimiste les chances de succès de la guerre contre l’Iran — en particulier l’illusion d’un changement de régime rapide.
Benjamin Netanyahou aurait ainsi poussé Donald Trump à entrer en guerre sur la base d’affirmations erronées ou vagues, toujours d'après la même source.
Un différent qui pèse depuis longtemps
Cet échange constitue le dernier épisode d’un différend qui pèserait depuis longtemps sur l’alliance entre les États-Unis et Israël. Dans un contexte où le vice-président incarne la ligne dure des Américains qui s’opposent fermement aux interventions américaines à l’étranger. Il déclarait, il y a deux ans encore:
Il disait alors qu'une telle guerre serait «un immense gaspillage de ressources» et «extrêmement coûteuse pour notre pays». Mais, Israël, de son côté, a besoin du soutien des Etats-Unis pour tenir face à l’Iran.
Une position différente
En public, JD Vance a désormais infléchi sa position, et défend l’attaque américaine contre l’Iran. Samedi, il a déclaré au podcasteur conservateur Benny Johnson que l’intervention était nécessaire. Et le président Donald Trump entendrait poursuivre l’opération «encore un certain temps» afin d’affaiblir durablement Téhéran. Quant à la hausse actuelle des prix de l’essence, dont il a aussi été question dans ce podcast, elle ne serait qu’«une réaction très temporaire dans un conflit qui, au final, sera brève».
En coulisses, toutefois, une autre image se dessinerait. Plusieurs conseillers proches de Donald Trump auraient confié à des médias américains que JD Vance aurait dès le départ exprimé des réserves face à l’intervention militaire, et plaidé en interne contre celle-ci. Cela concorderait avec des informations antérieures issues de messages privés divulgués, selon lesquels il se serait déjà opposé l’an dernier aux frappes contre les Houthis.
Cette posture s’expliquerait en partie par le parcours personnel de Vance. Agé de 41 ans, il a lui-même servi six mois en Irak en 2005. Depuis la base aérienne d’Al-Asad, il écrivait pour des publications militaires et des journaux locaux sur les opérations des Marines américains.
En accompagnant des soldats lors de missions spéciales, il a supposément pu constater de près à quel point les déclarations optimistes de l’administration Bush étaient éloignées de la réalité du terrain.
Une expérience traumatisante
Ces six mois au Moyen-Orient auraient constitué une expérience déterminante pour JD Vance. Dans son livre Hillbilly Elegy, il raconte être parti en Irak en idéaliste et en être revenu profondément sceptique.
Ce n’est pas seulement la guerre elle-même qui lui aurait fait perdre ses illusions, mais aussi le constat que les objectifs de l’intervention américaine avaient de moins en moins de lien avec la situation réelle sur place. Cela expliquerait sa profonde méfiance à l’égard des aventures militaires à l’étranger, et des élites de Washington qui les promeuvent à grand renfort de promesses.
JD Vance en première ligne
Sans surprise, JD Vance est désormais à la tête de l’aile isolationniste de son parti, qui souhaite mettre fin à la guerre contre l’Iran le plus rapidement possible, quitte à ce que le régime des mollahs ne soit pas renversé.
Cette position entre en contradiction avec les intérêts du gouvernement israélien, qui rejette toute négociation avec l’Iran et entend poursuivre l’opération militaire jusqu’à ce que la sécurité d’Israël soit garantie. A cela s’ajouteraient des tensions liées à l’attitude hésitante du vice-président face aux voix antisémites à l’extrême-droite des Républicains.
Une perte de confiance envers les négociateurs?
Le problème, pour Benjamin Netanyahou, serait désormais le fait que JD Vance pourrait se voir confier la conduite des négociations du côté américain, d'après le média étasunien.
Jusqu’à présent, c’étaient le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, et l’envoyé spécial pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, qui menaient les discussions au nom du gouvernement américain, notamment lors de pourparlers directs avec l’Iran à Genève.
Or, ce duo aurait perdu la confiance des négociateurs iraniens, après le déclenchement relativement inattendu de la guerre contre l’Iran par les États-Unis et Israël. C’est donc paradoxalement à JD Vance qu’il reviendrait de désamorcer la crise. Donald Trump a justifié ce changement ainsi:
Officiellement, les nouvelles négociations de paix ont débuté dimanche, au Pakistan. Les ministres des Affaires étrangères d’Arabie saoudite, d’Égypte et de Turquie se réunissent dans la capitale Islamabad afin de négocier indirectement dans l’intérêt des parties au conflit.
Selon des sources internes, la participation éventuelle de JD Vance pour représenter les Etats-Unis est évoquée. Pour cet opposant supposé à la guerre, il s’agirait peut-être d’un exercice d’équilibriste inédit. (btr/az)
