Cette lettre de démission enfonce Donald Trump
Pour la première fois depuis le début de la guerre en Iran, un haut responsable de l’administration du président Donald Trump a démissionné mardi pour protester. Il ne pouvait pas soutenir l’intervention militaire «en son âme et conscience», a écrit Joe Kent dans sa lettre de démission, publiée sur la plateforme en ligne X.
Il poursuivait en affirmant que l’Iran ne représentait pas une menace immédiate pour les Etats-Unis et qu'«il est clair que nous avons engagé cette guerre sous la pression d’Israël et de son influent lobby américain».
Avant sa nomination à la tête du National Counterterrorism Center à l’été 2025, le spécialiste du renseignement Joe Kent s’était engagé politiquement à l’aile droite du Parti républicain, suscitant à plusieurs reprises des polémiques. Ce vétéran de l’armée est également considéré comme un proche allié de figures controversées telles que le commentateur Tucker Carlson, qui, ces trois dernières semaines, a tenu des propos similaires pour dénoncer la guerre contre l’Iran.
After much reflection, I have decided to resign from my position as Director of the National Counterterrorism Center, effective today.
— Joe Kent (@joekent16jan19) March 17, 2026
I cannot in good conscience support the ongoing war in Iran. Iran posed no imminent threat to our nation, and it is clear that we started this… pic.twitter.com/prtu86DpEr
Kent comme Carlson affirment que de hauts responsables du gouvernement israélien ont fourni au président américain des informations erronées sur le programme nucléaire iranien. Israël aurait également assuré que Trump pouvait remporter rapidement la guerre. «C’était un mensonge», martèle désormais Kent.
JD Vance, vice-président sous pression
Trump a rejeté cette version des faits dans une première réaction. Les déclarations de Kent mettent néanmoins en lumière les difficultés du président. Après les succès initiaux des forces américaines et israéliennes, les doutes se multiplient quant à la mission menée par les deux pays. Des figures comme Carlson, très influentes au sein du mouvement «Make America Great Again (Maga)», critiquent la guerre sur un ton de plus en plus virulent. Les relais du mouvement recourent aussi à des théories complotistes antisémites.
Cette polémique accentue la pression sur les figures de proue de l’aile isolationniste du Parti républicain. La plus connue d’entre elles: le vice-président JD Vance, dont l’ascension politique fulgurante repose en grande partie sur sa critique des «guerres sans fin» menées par les Etats-Unis au Moyen-Orient.
En interne, cet homme de 41 ans reste considéré comme un sceptique. Selon le média Politico, Vance s’inquiète du succès de la guerre contre l’Iran et souhaite une fin rapide du conflit. En public, toutefois, le vice-président — longtemps perçu comme le successeur naturel de Trump lors de la prochaine élection présidentielle de 2028 — s’abstient de réitérer ces critiques.
Lors d’une apparition commune avec Trump dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche, lundi, Vance a au contraire affirmé vouloir rendre l’intervention militaire américaine «aussi réussie que possible». Il soutient également l’objectif du président de détruire le programme nucléaire iranien.
«Nous n’avons besoin de personne», affirme Trump
Cet objectif semble pourtant déjà atteint aux yeux de Trump. Mais la guerre en Iran se poursuit, notamment parce que le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou souhaite éliminer l’ensemble de la direction du régime à Téhéran. Lundi, Donald Trump a de nouveau affirmé que le conflit pourrait prendre fin dès cette semaine. Interrogé par un journaliste, il a toutefois précisé que les combats devraient probablement durer plus longtemps.
Cela s’explique aussi par le blocage du détroit d’Ormuz, avec des conséquences majeures sur les prix mondiaux du pétrole. Ces derniers jours, Trump n’est pas parvenu à mobiliser une coalition d’alliés susceptible de garantir, par des navires de guerre, un passage sécurisé des pétroliers dans ce goulet d’étranglement. Les capitales européennes et asiatiques ont opposé une fin de non-recevoir.
Mardi, le président a donc affirmé sur le réseau Truth Social que son pays n’avait pas besoin d’alliés. «Nous n’avons besoin de l’aide de personne», a-t-il écrit en lettres capitales.
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Il voulait simplement vérifier si les Etats-Unis pouvaient compter sur le soutien de leurs partenaires en cas d’urgence. «C’était un test», a-t-il prétendu à la Maison-Blanche. Et il ne l’oubliera pas de sitôt. (trad. hun)
