International
Etats-Unis

Si la guerre se poursuit, un expert prédit la fin du monde

La guerre de Trump pourrait paralyser le traffic mondial
La guerre de Donald Trump pourrait paralyser le traffic mondial

Un expert prédit la «fin du monde» si la guerre de Trump se poursuit

La fermeture du détroit d’Ormuz pourrait provoquer un choc économique mondial «catastrophique», selon un expert.
28.03.2026, 19:2828.03.2026, 19:28
Niklaus Vontobel

L’Iran ferait mieux de prendre les négociations au sérieux rapidement, sous peine de conséquences irréversibles, a averti Donald Trump sur sa plateforme Truth Social. Le président américain a écrit:

«Car une fois que ce sera fait, il n’y aura PLUS DE RETOUR possible, et ce ne sera pas beau à voir!»

Pour Donald Trump, c’est Téhéran qui se retrouvera bientôt sans issue. Mais certains experts estiment au contraire que les États-Unis pourraient être les premiers à en payer le prix.

👉 Notre direct sur le Moyen-Orient

Si le détroit d’Ormuz ne rouvre pas rapidement, il sera trop tard — et le choc ne sera pas plus «beau à voir» pour Washington.

Les conséquences seraient «d’une ampleur inimaginable», à un point que les marchés préfèrent ignorer, explique l’expert du pétrol Rory Johnston dans un entretien accordé à Bloomberg TV. Face au scepticisme du présentateur, qui évoquait ironiquement «la fin du monde», l’analyste a répondu sans détour: «Oui.»

La fermeture du détroit pourrait créer une pénurie pour l’offre mondiale de pétrole qui s'avérerait tout simplement impossible à combler. Pour en mesurer l’ampleur, Rory Johnston établit un parallèle avec la pandémie. Il imagine ainsi qu'on verrait à nouveau des routes aussi désertes et un trafic aérien aussi réduit que lors des confinements de mars et d'avril 2020.

Le monde pourrait bien tenter de compenser en augmentant la production ailleurs qu’au Moyen-Orient ou en contournant le détroit d’Ormuz. Mais, selon Rory Johnston, ces solutions resteraient insuffisantes. Si la voie maritime demeurait bloquée, il en résulterait inévitablement un «choc économique catastrophique».

Les prix atteignent des records

Rory Johnston a esquissé ce choc dans un essai publié par le magazine The Dispatch. Si le détroit restait fermé, le prix mondial du pétrole «explosera à un niveau record» et peut-être même au-delà. Ce record avait été atteint en 2008, à 147 dollars le baril, soit environ 223 dollars actuels ajustés à l’inflation. Le prix du pétrole aurait ainsi presque quadruplé par rapport au début de l’année.

Ce choc pétrolier ferait grimper «de façon insupportable» les prix de l’essence, du diesel, du mazout ou des billets d’avion, écrit Rory Johnston. Dans les pays riches, les consommateurs paieraient ces hausses sans modifier profondément leur mode de vie. Ils doivent toutefois accepter de disposer de moins d’argent pour le reste, le choc pétrolier agissant comme une forme d’impôt.

Ce qu’ils paient en plus à la pompe, ils le compenseraient en réduisant les sorties au restaurant ou les projets de vacances. Les entreprises touchées par cette baisse de consommation procéderaient à des licenciements. Au final, les statisticiens parlent de récession.

Tout cela ne serait, pour reprendre les mots de Donald Trump, «pas beau à voir». Mais dans les pays plus pauvres, la situation deviendrait critique. Selon Rory Johnston, des pénuries de carburant apparaîtraient, comme à Cuba, sous embargo américain. L’État y rationne l’essence et les habitants attendent parfois plusieurs jours pour obtenir leur part. L’analyste évoque des «restrictions catastrophiques du niveau de vie». Les économistes parlent alors d’une récession très sévère, voire d’une dépression.

Rory Johnston conclut ainsi:

«Il n’y a pas d’alternative. Le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz doit reprendre pour éviter un choc économique catastrophique»

Bien sûr, des contre-arguments existent face à cette projection alarmiste. Si la situation était aussi grave, pourquoi le baril ne dépasse-t-il pas déjà les 200 dollars, au lieu d’un peu plus de 100 dollars actuellement? Rory Johnston et d’autres experts s’en étonnent eux-mêmes. Ils évoquent un «optimisme irrationnel», une «complaisance surprenante» ou encore une forme de «somnambulisme» face à la plus grande crise énergétique de l’histoire.

Une explication possible est que le prix du pétrole reste fortement influencé par les anticipations du marché. À près de 110 dollars le baril, le pétrole acheté aujourd’hui n’est pas livré le lendemain, mais environ un mois plus tard. D’ici là, les marchés, «irrationnellement optimistes», espèrent que le détroit sera rouvert — et que Donald Trump aura déplacé son attention ailleurs. Peut-être au Groenland. Ou à Cuba.

La crise arrivera par la mer

Les marchés peuvent rester sur cet optimisme, car le pétrole ne manque pas encore physiquement. Des supertankers chargés continuent d’arriver en Asie. Ils ont quitté le Moyen-Orient avant le début du conflit et mettent trois à quatre semaines pour effectuer le trajet.

Mais après ces transporteurs, il n’y aura plus rien. Et avec ce «rien», la pénurie physique touchera finalement l’Asie. Et avec elle commencera une course mondiale pour mettre la main sur le pétrole restant. Pour reprendre les mots de Rory Johnston: la crise est en route, les prix vont encore être secoués.

Cette lecture des événements se reflète aussi dans les prix, là où le pétrole est nécessaire à court terme. Pour une livraison physique immédiate au Moyen-Orient, on paie déjà largement plus de 160 dollars le baril. À Singapour, le kérosène pour les avions se négocie déjà à plus de 200 dollars. De tels prix montrent où pourrait se diriger le cours du pétrole brut.

Donald Trump a jusqu’ici réussi à éviter cela en rassurant à plusieurs reprises les marchés, notamment en promettant que la guerre serait bientôt terminée. Mais ses déclarations semblent perdre de leur effet.

Lorsqu’il a repoussé de dix jours l’échéance des négociations, le prix du pétrole n’a que légèrement reculé avant de repartir aussitôt à la hausse. Rory Johnston résume la situation ainsi: «Le marché pétrolier devient de plus en plus indifférent à ces déclarations.»

Traduit de l'allemand par Joel Espi

La BNS a choisi ses futurs billets de banque
1 / 8
La BNS a choisi ses futurs billets de banque
source: emphase
partager sur Facebookpartager sur X
Une meute de chiens échappent de l’abattage en sautant d'un camion.
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
Un mois de guerre: Ils vivent sous les bombes en Iran et racontent
Depuis un mois de frappes israélo-américaines, les Iraniens vivent au rythme des explosions, de l’inflation et d’un contrôle sécuritaire renforcé. Reportage.
Sous les bombes israélo-américaines depuis un mois, ils connaissent l'angoisse des nuits courtes et les pénuries, et voient l'étau sécuritaire se resserrer. Voici des témoignages d'Iraniens recueillis par l'AFP.
L’article