Le chef de l'Otan a une «dernière cartouche» pour calmer Trump
Les prétentions de Donald Trump sur le Groenland, territoire danois, placent le chef de l'Otan, Mark Rutte, dans une position extrêmement inconfortable. Et, pour le moment, il préfère en dire le moins possible.
Sa boussole? Maintenir l'organisation dont il est le secrétaire général en dehors de cette «dispute» territoriale entre les Etats-Unis et le Danemark, deux pays membres de l'Otan. Celle-ci menace pourtant l'Alliance atlantique dans son existence, 77 ans après sa création en 1949.
Une situation inédite dans l'histoire de l'Alliance
Une attaque américaine sur le Groenland serait «la fin de tout» et en particulier de l'Otan, a averti début janvier la Première ministre danoise Mette Frederiksen. Cette semaine, l'eurodéputée danoise Stine Bosse a lancé, lors d'un débat à Bruxelles:
Mark Rutte est resté imperturbable et s'est contenté de répondre:
Le rôle de Mark Rutte
L'ancien Premier ministre néerlandais a été choisi en 2024 pour sa capacité à «gérer» Donald Trump, avec qui il est parvenu à établir une relation de confiance.
Et il n'hésite jamais à le remercier pour avoir «convaincu» les pays européens de l'Otan à dépenser beaucoup plus pour leur défense. C'est «grâce au président Trump, et je sais que vous allez tous me détester pour dire cela, mais c'est ce que je pense», a-t-il martelé devant les eurodéputés.
Cette stratégie n'a pour le moment pas empêché le président américain de réitérer ses menaces contre le Groenland, qu'il entend annexer pour assurer la sécurité des Etats-Unis. Et c'est précisément sur ce terrain-là que Mark Rutte entend le convaincre. Il n'est pas nécessaire d'envahir le Groenland pour que les Etats-Unis soient en sécurité, assure-t-il. Il a également martelé:
Mais que faire si Donald Trump n'en démord pas?
Mark Rutte «doit agir en coulisses rapidement, mais discrètement pour convaincre les Etats‑Unis», explique Jamie Shea, du think tank londonien Chatam House.
Une sorte de mission de «bons offices», explique de son côté l'ancien secrétaire général adjoint de l'Alliance, Camille Grand. Interrogé, il juge que la responsabilité de Rutte est de «savoir à quel moment il estime le plus opportun d'entrer dans la conversation». Il ajoute:
Plusieurs options et un dernier recours
A Bruxelles, l'Alliance envisage plusieurs options, dont une nouvelle mission en Arctique basée sur le modèle de ce qui a déjà été fait en mer Baltique, pour mieux contrer la menace russe.
Des militaires provenant de plusieurs pays européens ont commencé à arriver au Groenland cette semaine, afin de vérifier les conditions d'un éventuel futur déploiement dans le cadre de l'Otan.
Et si ça ne marche toujours pas?
Mark Rutte pourrait être contraint de jouer sa dernière carte: utiliser le capital de confiance acquis auprès de Donald Trump pour dire «là, ça n'est pas possible», résume un diplomate.
Le problème, c'est que cette «silver bullet» (dernière cartouche), ne peut servir qu'une seule fois, comme l'explique un autre diplomate:
Donald Trump est attendu au forum économique mondial de Davos, en Suisse, la semaine prochaine. Mark Rutte pourrait également y participer.
