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Le mutisme du chef de l'Otan sur Trump et le Groenland interroge

La manifestation «Le Groenland appartient aux Groenlandais» se tient devant l'ambassade américaine à Copenhague le mercredi 14 janvier 2026.
Les déclarations de Trump font réagir, comme sur cette image de la manifestation «Le Groenland appartient aux Groenlandais» devant l'ambassade américaine à Copenhague, le 14 janvier 2026.Image: Imago

Le chef de l'Otan a une «dernière cartouche» pour calmer Trump

Les ambitions de Trump sur le Groenland mettent l’Otan dans l'embarras. De son côté, Mark Rutte, secrétaire général de l'Alliance, reste discret. Pourra-t-il convaincre le président américain de faire machine arrière?
16.01.2026, 17:0116.01.2026, 17:01
Olivier BAUBE, Bruxelles / AFP

Les prétentions de Donald Trump sur le Groenland, territoire danois, placent le chef de l'Otan, Mark Rutte, dans une position extrêmement inconfortable. Et, pour le moment, il préfère en dire le moins possible.

Sa boussole? Maintenir l'organisation dont il est le secrétaire général en dehors de cette «dispute» territoriale entre les Etats-Unis et le Danemark, deux pays membres de l'Otan. Celle-ci menace pourtant l'Alliance atlantique dans son existence, 77 ans après sa création en 1949.

Une situation inédite dans l'histoire de l'Alliance

Une attaque américaine sur le Groenland serait «la fin de tout» et en particulier de l'Otan, a averti début janvier la Première ministre danoise Mette Frederiksen. Cette semaine, l'eurodéputée danoise Stine Bosse a lancé, lors d'un débat à Bruxelles:

«Les habitants du Groenland sont terrifiés»
«S'il vous plaît, donnez-nous une indication de ce que cette alliance peut faire si deux pays en son sein ne peuvent tomber d'accord.»

Mark Rutte est resté imperturbable et s'est contenté de répondre:

«En tant que secrétaire général, c'est très clair, je ne fais jamais aucun commentaire lorsqu'il y a des discussions au sein de l'Alliance. On travaille en coulisses.»
Mette Frederiksen, Première ministre du Danemark.
Mette Frederiksen, Première ministre du Danemark.Image: Imago

Le rôle de Mark Rutte

L'ancien Premier ministre néerlandais a été choisi en 2024 pour sa capacité à «gérer» Donald Trump, avec qui il est parvenu à établir une relation de confiance.

Et il n'hésite jamais à le remercier pour avoir «convaincu» les pays européens de l'Otan à dépenser beaucoup plus pour leur défense. C'est «grâce au président Trump, et je sais que vous allez tous me détester pour dire cela, mais c'est ce que je pense», a-t-il martelé devant les eurodéputés.

Mark Rutte est le secrétaire général de l'Otan depuis le 1er octobre 2024.
Mark Rutte est le secrétaire général de l'Otan depuis le 1er octobre 2024.Image: Imago

Cette stratégie n'a pour le moment pas empêché le président américain de réitérer ses menaces contre le Groenland, qu'il entend annexer pour assurer la sécurité des Etats-Unis. Et c'est précisément sur ce terrain-là que Mark Rutte entend le convaincre. Il n'est pas nécessaire d'envahir le Groenland pour que les Etats-Unis soient en sécurité, assure-t-il. Il a également martelé:

«Nous sommes tous d'accord au sein de l'Otan, sur le fait que, pour protéger l'Arctique, nous devons travailler ensemble, et c'est exactement ce que nous faisons.»

Mais que faire si Donald Trump n'en démord pas?

Mark Rutte «doit agir en coulisses rapidement, mais discrètement pour convaincre les Etats‑Unis», explique Jamie Shea, du think tank londonien Chatam House.

Une sorte de mission de «bons offices», explique de son côté l'ancien secrétaire général adjoint de l'Alliance, Camille Grand. Interrogé, il juge que la responsabilité de Rutte est de «savoir à quel moment il estime le plus opportun d'entrer dans la conversation». Il ajoute:

«Il a la légitimité pour dire: "on va trouver une solution, je comprends bien l'inquiétude américaine sur cette région, et nous, à l'Otan, on a des propositions".»

Plusieurs options et un dernier recours

A Bruxelles, l'Alliance envisage plusieurs options, dont une nouvelle mission en Arctique basée sur le modèle de ce qui a déjà été fait en mer Baltique, pour mieux contrer la menace russe.

Des militaires provenant de plusieurs pays européens ont commencé à arriver au Groenland cette semaine, afin de vérifier les conditions d'un éventuel futur déploiement dans le cadre de l'Otan.

Et si ça ne marche toujours pas?

Mark Rutte pourrait être contraint de jouer sa dernière carte: utiliser le capital de confiance acquis auprès de Donald Trump pour dire «là, ça n'est pas possible», résume un diplomate.

Le problème, c'est que cette «silver bullet» (dernière cartouche), ne peut servir qu'une seule fois, comme l'explique un autre diplomate:

«Rutte sait que s'il échoue maintenant, il pourrait se brûler et perdre son capital auprès de Trump»
«Il voulait utiliser cette dernière cartouche pour l'Ukraine, mais il va peut-être devoir en fabriquer une autre pour le Groenland.»

Donald Trump est attendu au forum économique mondial de Davos, en Suisse, la semaine prochaine. Mark Rutte pourrait également y participer.

Donald Trump est photogénique, la preuve
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Donald Trump est photogénique, la preuve
source: corbis news / view press
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