Les Etats-Unis font déjà ce qu'ils veulent au Groenland
Nous voici à 1500 kilomètres, à vol d'oiseau, de Nuuk, la capitale groenlandaise. Le village le plus proche se trouve à 100 kilomètres. Pas de route à l'horizon, rien que de la glace. Pour arriver jusqu'à la base militaire américaine de Pituffik, au nord-ouest du territoire, il faut prendre un hélicoptère. Ou le moyen de transport local privilégié: les chiens de traîneau.
Pour l'heure, 150 soldats et quelques centaines d'employés américains sont stationnés dans cette base. Ils appartiennent aux forces «spatiales» qui, comme leur nom l'indique, sont chargées de la sécurité et de la guerre dans l'espace. Quelques baraques, un restaurant, un magasin et une clinique: Pituffik n'a pas beaucoup plus à offrir, en termes d'infrastructures civiles.
Présence réduite après la guerre froide
Mais ce coin du territoire n'a pas toujours été aussi déserté. À la fin de la guerre froide, le site comptait encore jusqu'à 10 000 personnes. Il servait d'avant-poste dans le système d'alerte précoce contre les missiles soviétiques. Des radars, équipés de milliers d'antennes, y scrutaient le monde entier.
La «Thule Airbase», comme elle s'appelait encore jusqu'en 2023, faisait partie intégrante de la structure de sécurité nationale des États-Unis. Mais, après la chute de l'Union soviétique, les américains y ont progressivement réduit leur présence.
Initialement, la présence américaine au Groenland remonte à un accord bilatéral conclu pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1941, l'Allemagne nazie occupait le Danemark. Les États-Unis ont alors pris en charge l'approvisionnement du Groenland danois, et ont conclu un accord à cet effet avec le représentant du pays européen à Washington.
Cet accord garantissait également aux américains des droits étendus pour établir des bases militaires au Groenland. Après la fin de la guerre, déjà, le pays de l'oncle Sam avait tenté d'acheter l'île — mais sans succès. Au lieu de cela, un accord de défense entre les deux Etats alliés avait été renouvelé en 1951.
Bombes atomiques jetées par accident
La construction de la «Thule Airbase» a commencé peu après. Sur fond de conflit, puisque le gouvernement danois a procédé au déplacement forcé de 130 personnes pour concrétiser le projet — dans ce qui, à l'origine, est un village de chasseurs Groenlandais Inuits.
Après cela, Pituffik fit une deuxième fois parler de lui le 21 janvier 1968. Après un incendie dans le cockpit, un bombardier long-courrier B-52 de l'armée de l'air américaine s'est écrasé dans la mer glacée. Il effectuait un vol de patrouille secret près de la base. Avec quatre bombes atomiques à bord.
Avec le crash, leur explosion: des matières radioactives sont alors projetées à des kilomètres à la ronde. Plusieurs kilos de plutonium ont par exemple été libérés. Et des morceaux de la quatrième bombe atomique sont, à ce jour, toujours perdus dans la nature.
Des documents américains — autrefois secrets, divulgués récemment — témoignent par ailleurs de désaccords diplomatiques entre les deux pays, survenus à l'époque déjà. Auxquels s'était ajoutée l'indignation publique suscitée par le dépôt d'armes nucléaires sur le territoire danois — ce que la loi du pays interdisait en théorie. À la suite de cette «catastrophe de Thule», les États-Unis avaient finalement cessé d'y effectuer des vols de patrouille avec des armes nucléaires.
Envoyer du renfort à tout moment
Quoi qu'il en soit, le traité de défense bilatéral entre les Etats-Unis et le Danemark a été maintenu et renouvelé en 2004. Ainsi, si Donald Trump se soucie réellement de la sécurité dans la région — sans autre arrière-pensée — il peut s'appuyer sur ce texte pour y renforcer sa présence militaire. Et cela dès demain, s'il le souhaite. Il ne serait même pas tenu de consulter les Groenlandais et les Danois pour ce faire. Seulement de les informer au préalable.
C'est d'ailleurs le message que la première ministre danoise, Mette Frederiksen, a tenté de faire passer ces derniers jours. Car, oui, les États-Unis peuvent déjà faire pratiquement ce qu'ils veulent au Groenland. Copenhague serait même, en réalité, favorable à une présence américaine renforcée au-delà de Pituffik, par les temps qui courent.
Reste toutefois à savoir si cela suffit au président républicain, qui souhaite acquérir le Groenland. Il a répété mercredi sur son réseau Truth Social que son pays devait absolument acquérir l'île. Il a également sollicité l'Otan pour y parvenir. Déclarant que «toute autre solution est inacceptable».
(Traduit de l'allemand par Valentine Zenker)
