Taylor Swift va-t-elle soutenir publiquement la candidature de Kamala Harris? Si oui, quand? Et comment? Des questions si tenaces qu'elles éclipsent presque le programme officiel (et connu) de la Convention nationale démocrate, qui a démarré lundi. Ce raout, qui se déroule à Chicago et s'envisage comme une grande fête à la gloire de la vice-présidente et de son colistier Tim Walz, serait le moment idéal pour que la pop star appelle à voter pour Kamala Harris.
Enfin, ce sont surtout ses fans qui le prétendent, agenda à l'appui. Mardi soir, à Londres, marquera la fin de l'escapade européenne de son interminable Eras Tour. De quoi, théoriquement, sauter dans son jet privé et rejoindre Chicago à temps, histoire de se faufiler dans le programme de la convention démocrate. Si la rumeur ne désenfle pas, c'est précisément parce que des «invités surprises» sont attendus jeudi soir, lorsque Kamala Harris prendra enfin la parole.
Taylor Swift est évidemment sur toutes les lèvres, mais sa consœur Beyoncé, qui a déjà permis à la vice-présidente d'utiliser son tube Freedom pour en faire un hymne de campagne, est aussi dans les starting-blocks.
En vérité, c'est le silence de Taylor Swift qui permet cette gigantesque foire aux suppositions. Un silence d'autant plus lourd que depuis le projet d'attentat déjoué à Vienne, où la chanteuse devait se produire trois soirs de suite, la communication a été coupée avec ses fans, sur les réseaux sociaux.
Si la star n'a pas encore émis de conseil de vote, une partie de ses fans n'a pas attendu le OK de la patronne pour marcher au pas derrière la vice-présidente. «Swifties For Kamala», 60 000 abonnés sur X, qui promet une «coalition de Swifties prêtes à se mobiliser pour faire élire des candidats démocrates», réjouit la campagne de Kamala Harris, mais fait suer les trumpistes.
Vexés à l'idée que l'ex-country girl et «fille de l'Amérique» puisse rouler pour l'ennemi, les provocateurs de droite et d'extrême droite ripostent depuis quelques jours avec les armes disponibles. Autant dire qu'elles ne sont pas folichonnes. Au programme, images trafiquées, faux comptes et campagne de désinformation, dans le but d'insinuer que Taylor Swift n'en a que pour les beaux yeux de Donald Trump.
S'il existe bel et bien des «Swifties 4 Trump» qui tentent de se faire entendre dans le brouhaha démocrate, tout le monde sait désormais que la chanteuse n'incitera jamais ses fans à voter pour le gourou MAGA. Ce qui n'empêche pas le principal intéressé d'y croire très fort. Dimanche, sur son propre réseau social, Trump a repartagé des illustrations grossières de cet hypothétique soutien, réalisées à l'aide l'intelligence artificielle.
Et la tentative d'attentat contre la star, en Autriche, sert sans surprise de marchepied à un récit totalement fantasmé. Un message propagé par quelques jeunes femmes pro-Trump, persuadées que la tentative d'attentat a réveillé les Swifties.
Si le discret mouvement «Swifties 4 Trump» (moins de 4000 abonnés sur X) commence à faire quelques remous en ligne, c'est en partie grâce à une jeune trumpiste, fan de la chanteuse, qui s'était fait remarquer en juin dernier avec un t-shirt sans ambigüité. Jenna Piwowarczyk, 19 ans, avait même eu droit aux félicitations du candidat républicain.
La Convention nationale démocrate a un programme bien rempli. Des stars politiques, de Barack Obama à Hillary Clinton, mais aussi des poids lourds du divertissement américain. En vrac et en musique: John Legend en tête d'affiche, le groupe Jimmy Eat World pour la caution rock ou encore Joann Jett (oui, celle de I Love Rock'n Roll), pour le côté vintage.
Au niveau du gratin hollywoodien, on notera la présence d'Uma Thurman, de Danai Gurira, d'Iain Armitage et d'Uzo Adub, sans que l'on connaisse encore leur rôle. Bien, mais peut faire mieux.
Et c'est ce programme dénué de superstars qui permet notamment aux jeunes électeurs démocrates les plus optimistes de croire très fort à l'apparition de Taylor Swift en fin de sauterie, mercredi ou jeudi. Bien que la campagne Harris-Walz, selon une source bavarde, promet de «travailler dur pour éviter que la convention ne soit décrite comme un événement de l'élite libérale hollywoodienne», il faut avouer qu'un soutien franc de la part de la «5e femme la plus puissante du monde» (selon Forbes, en 2023) permettrait de confirmer l'euphorie qui envahit actuellement le parti démocrate.
Et, accessoirement, de mettre fin aux contes de fées frauduleux des trumpistes, qui ne digèrent toujours pas l'idée qu'une ex-star de la country, blanche et bien éduquée, ne soit pas une conservatrice pur jus.