«Poutine ne doit pas recevoir la Biélorussie comme lot de consolation»
La cheffe de l'opposition biélorusse redoute de voir son pays sacrifié sur l'autel russe dans le cadre de négociations de paix pour l'Ukraine, et mise plus que jamais sur l'Europe pour «porter sa voix», a-t-elle déclaré.
Svetlana Tikhanovskaïa, qui œuvre pour la démocratisation de son pays, a plaidé:
Des négociations toujours bloquées
Il est important aussi que l'Europe «soit à la table des pourparlers, parce qu'il est dans l'intérêt stratégique de l'Europe que l'Ukraine remporte cette guerre», lancée par la Russie il y a quatre ans, a-t-elle ajouté lors d'un entretien réalisé mercredi au Conseil de l'Europe, vigie de la démocratie sur le Vieux Continent.
Des discussions sont actuellement engagées sous l'égide de l'administration de Donald Trump entre Russes et Ukrainiens, dans lesquelles les Européens jouent un rôle marginal.
Leurs perspectives de réussite sont ténues, Moscou réclamant que les forces ukrainiennes se retirent des zones qu'elles contrôlent encore dans la région de Donetsk (est), ce que Kiev refuse.
La Biélorussie comme instrument de guerre
Si la Russie l'emportait ou si la Biélorussie restait sous son joug, cela conduirait à «des décennies de statu quo, avec un Bélarus qui pourra être utilisé comme une rampe de lancement, comme un lieu de déploiement croissant de différents types d'armes, menaçant et faisant chanter ses voisins pendant des années et des années», a-t-elle mis en garde.
Allié de Vladimir Poutine, l'actuel président biélorusse Alexandre Loukachenko a notamment annoncé mi-décembre le déploiement de missiles balistiques russes de portée intermédiaire, les Orechnik, capables de transporter des ogives nucléaires.
C'est notamment par la Biélorussie que l'homme fort du Kremlin avait lancé son offensive contre l'Ukraine le 24 février 2022.
Rejoindre la «famille européenne»
Svetlana Tikhanovskaïa, 43 ans, s'était présentée à la présidentielle de 2020. La réélection controversée d'Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 1994, avait suscité des manifestations d'ampleur, durement réprimées par les autorités.
Elle avait dû s'exiler à Vilnius, la capitale lituanienne, d'où elle a dirigé un gouvernement en exil. Son objectif vise à agir pour la libération des quelque 1200 prisonniers politiques, mais aussi assurer à terme le passage à une démocratie dans son pays, projet sur lequel elle collabore avec le Conseil de l'Europe.
La responsable espère aussi que l'Union européenne va augmenter les sanctions «contre le régime Loukachenko», qui a contraint ce pays de plus de 9 millions d'habitants à devenir «co-agresseur» dans la guerre contre l'Ukraine, dit-elle.
Via le levier des sanctions, «les Européens ont des cartes très fortes en main pour libérer tout le pays», a-t-elle estimé. A ses yeux, les Biélorusses sont définitivement ancrés dans «la famille européenne» et aspirent à la rejoindre.
Une vie et un projet menacés
La responsable reconnaît que l'Ukraine est certes mieux préparée pour adhérer à l'UE que son pays, «qui vit sous une dictature depuis 30 ans et dont les habitants n'avaient jamais imaginé avant 2020 qu'ils pourraient être les bienvenus en Europe». Mais, comme elle l'assure:
Tikhanovskaïa a confirmé sa décision de s'installer dans la capitale polonaise de Varsovie, quittant la Lituanie pour des «raisons de sécurité». Selon plusieurs de ses proches interrogés, le déménagement serait lié à la menace du gouvernement biélorusse d'exercer des représailles contre elle et son équipe. Elle conclut:
