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Devenue icône, Gisèle Pelicot se livre pour la première fois

FILE - Gisele Pelicot leaves the courthouse for a break during the appeals trial in the case of a man challenging his conviction, less than a year after the landmark verdict in a drugging and rape tri ...
Gisèle Pelicot publie ses mémoires et s'exprime pour la première fois publiquement.Image: keystone

«Ma fille est condamnée à l'enfer»: Gisèle Pelicot brise le silence

Elle fut une victime avant de devenir une icône: Gisèle Pelicot raconte pour la première fois en public comment elle a vécu, de son point de vue, la tristement célèbre affaire de viol qui l’a marquée. Et ce qu’elle conseille aux autres femmes.
12.02.2026, 11:5812.02.2026, 13:45
Stefan Brändle, Paris / ch media

Gisèle Pelicot brise le silence. Pendant près de dix ans, cette Française a été droguée par son propre mari et livrée, inconsciente, à des inconnus pour être violée dans son lit conjugal. En 2024, elle a dû subir un procès suivi dans le monde entier, durant quatre mois, contre 51 accusés.

Pourtant, et malgré sa notoriété en France et à l'international, elle n’a jamais prononcé un seul mot en public.

Tenter de se reconstruire

Elle change désormais la donne de deux manières. La semaine prochaine, le 17 février, paraîtra son livre Et la joie de vivre aux éditions Flammarion, et ce, simultanément en plusieurs langues. Un ouvrage qui a le potentiel de devenir un best-seller mondial.

Mercredi soir, cette femme de 73 ans, élégante, aux cheveux courts et au nez fin, s’est présentée pour la première fois devant les caméras de télévision. Vêtue sobrement d’un pantalon blanc et d’une blouse bleu clair, elle est intervenue dans l’émission littéraire française «La Grande Librairie», aux côtés de la journaliste Judith Perrignon, qui l’a aidée à rédiger son livre.

Son apparition est tout aussi sobre: sérieuse, concentrée, comme lors du lourd procès d’Avignon, elle répond aux questions du présentateur sans le moindre sourire de politesse. Comment va-t-elle? Elle répond, en deux temps:

«J’essaie de me reconstruire en écrivant ce livre. Sur ce champ de ruines»

Le sourire d'une mère

Non, rassure-t-elle son interlocuteur: malgré tout ce qu’elle a enduré, elle n’est ni dépressive ni suicidaire, comme c’est le cas pour de nombreuses victimes. Elle a découvert en elle des forces insoupçonnées et même retrouvé sa joie de vivre. «Comment?», demande le présentateur. Elle a certes perdu sa mère très jeune, emportée par un cancer, mais elle se souvient encore aujourd’hui de son sourire. C'est ce qui la rend forte.

Ce qu’elle a vécu depuis, elle le compare à un TGV qui passe en trombe, à un tsunami, voire à une explosion. Elle revient notamment sur l'impact de cette affaire pour sa famille.

«Il est faux de penser qu'un tel drame rassemble une famille. Chacun de mes enfants essaye aujourd'hui de se reconstruire comme il peut»

Gisèle Pelicot pointe notamment le cas de sa fille Caroline:

«La souffrance de Caroline me bouleverse. Elle est dans une colère que je n'ai pas. Et il y a ce doute (d'avoir été violée par son père) qui la condamne à un enfer perpétuel. Je ne mets pas en doute sa parole, mais je n'ai pas les réponses. Aujourd'hui, nos relations sont apaisées et j'en suis heureuse. Je vais essayer de l'accompagner du mieux que je peux.»

Gisèle Pelicot dit tout cela de manière très factuelle. Elle montre peu d’émotions, se décrit comme «timide et discrète». Lorsqu’on lui a montré les horribles vidéos pornographiques amateurs, elle n’a d’abord tout simplement pas cru que c’était elle, nue sur le lit, filmée par son mari.

«Je voyais une femme étrangère, inconsciente, sans âme. Mon cerveau ne parvenait pas à admettre que c’était moi. Ce n’est que quatre ou cinq heures plus tard que j’ai fini par me rendre à l’évidence: j’avais été violée par mon mari et une foule d’autres hommes, sans mon consentement. Encore et encore.»

Ne pas jeter toute sa vie à la poubelle

Le présentateur pose alors une question très directe: beaucoup de gens ont pensé qu’il était impossible qu’une femme n’ait «rien remarqué» pendant dix ans. Elle a eu des doutes. Elle a consulté deux neurologues pour ses absences et ses trous de mémoire, des gynécologues, d’autres médecins. Chacun a posé un diagnostic différent, mais aucun n’a trouvé le bon: le viol. Gisèle Pelicot déclare:

«Quand j’ai entendu ce mot au commissariat, un monde s’est effondré pour moi»
«Tout cela était pourtant impossible. Après tout, je venais de passer cinquante ans avec cet homme, pour qui j’avais eu un coup de foudre jeune fille.»

Aujourd’hui, elle se sent trahie, abandonnée. Mais elle n’éprouve aucune haine envers son ex-mari, dont elle est divorcée depuis 2024:

«On ne peut pas jeter toute sa vie à la poubelle. Nous avons aussi eu de bons moments ensemble»

Garder la tête haute face aux agresseurs

Au sujet des 50 hommes qui avaient répondu à l’invitation au viol de Dominique Pelicot, c’est différent: «Pardon, mais ce n’étaient pas des hommes ordinaires, comme on le dit partout», rétorque leur victime avant d'ajouter:

«C’étaient des violeurs. Et aucun n’a dénoncé mon mari à la police»

Pendant le procès, ces accusés lui avaient par ailleurs lancé des regards haineux. Gisèle Pelicot se souvient:

«Mais je les ai fixés, la tête haute, jusqu’à ce qu’ils baissent les yeux. Je suis fière d’avoir tenu tête à ces hommes»

Un insupportable sentiment d'impunité

A deux reprises, elle admet ne pas avoir supporté la salle d’audience. Une fois, une avocate de la défense a affirmé qu’on voyait sur une vidéo qu’elle bougeait apparemment son bassin «avec plaisir». Pourtant, l’expert médical avait clairement expliqué qu’elle l’avait fait par douleur.

Là, Gisèle Pelicot s’emporte légèrement contre «ces hommes», tous condamnés:

«Il faudrait un bon coup de pied dans cette fourmilière de notre société machiste et patriarcale»

Les milliers de lettres de femmes violées qu’elle reçoit montrent clairement, à ses yeux, que tous ces criminels se sentent impunis.

Son mari aussi avait tenté de la dominer, mais il n’y était pas parvenu. Elle n’est qu’une femme ordinaire, mais elle a un esprit indépendant.

«Je dis à toutes les femmes maltraitées: "N’ayez pas honte, ne vous sentez pas coupables, allez à la police"»
«Si ne serait-ce qu’une femme le fait en pensant qu’elle peut y arriver comme moi, alors j’aurai déjà atteint mon but.»

A la fin de son livre Gisèle Pelicot évoque son envie d'aller rendre visite à son ex-mari en prison: «cette visite serait une étape de ma reconstruction, l'occasion, pour la première fois depuis son arrestation en novembre 2020, de le confronter les yeux dans les yeux.»

«Il ne répondra peut-être pas à mes questions, mais j'ai besoin de les lui poser»
Son livre Et la joie de vivre est à paraître le 17 février aux éditions Flammarion.
Son livre Et la joie de vivre est à paraître le 17 février aux éditions Flammarion.Image: JOEL SAGET / AFP

Quand l’émission se termine et que Gisèle Pelicot quitte le plateau, il se produit ce qui s’était déjà passé à Avignon: le public dans le studio se met à applaudir spontanément.

(avec l'afp)

Les images contenues dans le dossier Epstein
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Les images contenues dans le dossier Epstein

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source: sda
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