International
France

IA: cette méthode de lutte contre les vols questionne en France

Se faire traquer par IA, c'est la suite logique, et ça ne va pas s'arrêter là».
Face aux vols récurrents, les commerçants français sont de plus en plus nombreux à opter pour l'IA afin d'identifier les contrevenants, et réalisent ainsi d'importantes économies.Image: Imago, montage watson

Vous faîtes vos courses en France? L'IA vous surveille peut-être

Efficace contre les vols mais juridiquement contestée, la vidéosurveillance augmentée par IA s’impose dans les commerces en France, tandis qu’un député veut encadrer la pratique.
20.02.2026, 09:2920.02.2026, 11:46
Djilali BELAID, Montreuil, France / AFP

Dans son supermarché de Montreuil, près de Paris, le téléphone d'Arul Judson vibre soudainement. L'écran affiche une «dissimulation»: un client vient de glisser un fromage dans sa poche. Comme lui, des milliers de commerçants utilisent l'intelligence artificielle pour traquer les vols, une pratique aujourd'hui non autorisée qu'un député envisage d'encadrer.

Ce gérant d'un Franprix se souvient, en évoquant ses anciennes pertes:

«On avait perdu presque
60 000 euros la première année»
approx.: 54 000 francs

Depuis qu'il paie un abonnement mensuel de 250 euros pour doter ses caméras d'un logiciel d'analyse comportementale, cette hémorragie a diminué de «moitié».

Une méthode aussi efficace que controversée

L'algorithme repère les gestes suspects en temps réel, comme «la mise en sac», et envoie une courte vidéo d'alerte. Le commerçant visionne l'extrait et intervient sans heurt. Abdelkrim Harbache, 42 ans, un employé d'un supermarché dans le XXe arrondissement de Paris, constate:

«Les voleurs, ils sont confrontés parce qu'ils peuvent pas nier»

Nelson Lopes, son patron, surveille les vols de viande ou de café, des produits «onéreux». «L'inflation et la pauvreté» n'épargnent personne, selon lui. Il assure:

«De plus en plus c'est la petite mamie, c'est tout le monde qui vole aujourd'hui.»

Et cette technologie remplace très avantageusement la présence humaine. Pourtant, dans les trois commerces visités, aucun n'indique à l'entrée que les caméras sont «augmentées» par intelligence artificielle.

Loan, 65 ans, cliente de la supérette, l'ignorait totalement. Redoutant les dérives futures et «un monde qui est trop flou», elle proteste:

«C'est normal que le magasin informe que non seulement on peut être filmé, mais surveillé par une IA.»

Un vide légal qui questionne

Aujourd'hui, le problème est éminemment juridique. La Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) est claire: ces caméras analysent massivement des données personnelles. En raison du risque avéré de surveillance généralisée, leur usage commercial est interdit sans une loi spécifique.

Malgré ce veto institutionnel, la start-up Veesion a équipé «2000 à 3000 enseignes» dans l'Hexagone, et les clients ne sont pas toujours alertés sur ce vide légal. Avec tact, Nelson Lopes glisse que, lors de la vente, les commerciaux «n'ont pas parlé du tout du côté légal».

Le PDG de Veesion, Thibault David, s'inscrit en faux contre l'accusation d'être dans l'illégalité, malgré les avertissements clairs de la Cnil: «On se conforme au RGPD», affirme-t-il, invoquant le règlement européen. Il défend une simple technologie d'aide à la décision «qui ne fait pas d'analyse biométrique».

Latifa Gharbi, une pharmacienne du IXe arrondissement à Paris, paie 200 euros mensuels pour booster ses caméras à l'IA et assume:

«J'économise 4000 euros de marchandises volées par an et j'évite de payer un vigile»

Son équipe évite également les conflits avec les voleurs pris sur le fait. Elle argumente:

«Quand on leur dit "c'est la caméra IA qui vous a grillé, c'est enregistré", la tension tombe tout de suite.»

Elle note toutefois des ratés chroniques, la machine confondant le téléphone d'un client avec un larcin. «C'est un outil, il faut constamment l'entraîner en lui signalant ses erreurs», relativise-t-elle.

Une idée de loi qui a déjà fait son chemin

Pour sortir de cette zone grise et répondre à la détresse économique des boutiquiers, le député Renaissance Paul Midy porte une proposition de loi: son texte prévoit une période d'expérimentation jusqu'en 2027 pour sécuriser le dispositif face aux craintes, car, pour lui, cette «évolution encadrée» exclut totalement la «reconnaissance faciale et conserve le contrôle humain continu».

Une balance entre sécurité et libertés que le Conseil constitutionnel avait validée pour les Jeux olympiques, au nom de la lutte antiterroriste.

Si le droit d'opposition des clients disparaît par pragmatisme dans la nouvelle loi, Midy justifie la mesure par l'espace strictement privé du commerce:

«Si vous ne voulez pas rentrer dans un magasin qui a des caméras augmentées, vous changez de magasin.»
Paul Midy.
Le député Renaissance Paul Midy.Image: Imago

Mais certains redoutent d'ouvrir la boîte de Pandore. Alex, 46 ans, croisé dans les rayons à Montreuil, se montre fataliste face à cette automatisation galopante. Sans illusion et observant l'objectif de la caméra au plafond, il conclut, gravement:

«J'ai été fiché quand je suis arrivé sur cette terre. Se faire traquer par l'IA, c'est que la suite logique et ça ne va pas s'arrêter là»
Parce qu'elle est partout, voici des images générées par IA
1 / 12
Parce qu'elle est partout, voici des images générées par IA
Un Trump généré par l'IA, en pleine séance d'Ayahuasca dans la jungle.
source: reddit
partager sur Facebookpartager sur X
ChatGPT: Quand la réalité dépasse la fiction
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
2 Commentaires
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
2
L'ONU lance une commission sur le «contrôle humain» de l'IA
L'intelligence artificielle va être surveillée de près par l'ONU. Son secrétaire général, António Guterres, par le biais d'une commission sur le contrôle humain.
Le secrétaire général de l'ONU António Guterres a souhaité vendredi «moins de battage et moins de peurs» autour de l'intelligence artificielle (IA). Il a annoncé la création d'une commission de l'ONU pour se pencher sur le «contrôle humain» de cette technique.
L’article