DJ attaquée: la question de l'antisémitisme d'extrême gauche relancée
Elle avait été harcelée par l’extrême droite après la cérémonie d’ouverture des JO de Paris en 2024. Elle y apparaissait en maîtresse queer aux côtés du chanteur Philippe Katerine en Bacchus dénudé dans un tableau évoquant à certains la Sainte-Cène. D’où le scandale, sur fond d’accusations de blasphème. Cette fois-ci, Barbara Butch, DJ de 45 ans, juive, lesbienne, des formes généreuses, a été prise à partie par l’extrême gauche.
Les faits se sont produits samedi 18 juillet. La DJ se produisait dans le cadre du festival Cabaret Frappé organisé par la municipalité de Grenoble. Son concert a été interrompu après une vingtaine de minutes en raison d'une manifestation de militants pro-palestiniens et insoumis. La mairie a fait état de «jets de bouteilles en verre» et autres projectiles «visant délibérément la scène».
🔴 Concert interrompu de Barbara Butch : 300 personnalités ont signé une tribune de soutien à la DJ. Une enquête a été ouverte par le parquet de Grenoble. #Telematin pic.twitter.com/2r0s5i63eO
— Telematin (@telematin) July 22, 2026
Un appel au boycott émis par ces mêmes militants avait précédé le concert. Ils reprochaient à l'artiste, qualifiée par eux de «soutien aux génocidaires», la signature d'une tribune en soutien à la très contestée proposition de loi Yadan visant à «lutter contre les nouvelles formes d'antisémitisme» et depuis jetée aux oubliettes. En mai dernier, Barbara Butch a affirmé qu'elle «n'aurait pas dû» signer cette tribune. Elle s’en explique longuement dans une interview à Libération parue ce 22 juillet. Nous y reviendrons.
«Agresser une DJ juive ne libérera pas la Palestine»
Les violences de samedi à son endroit soulèvent l’indignation en France. Une tribune signée par plus de 300 personnalités, publiée mardi, dans Libération toujours, dénonce l’agression dont Barbara Butch a été victime. «Agresser une DJ juive ne libérera pas la Palestine», tel est son titre.
La force de cette tribune tient à l’identité de ses signataires. On y rencontre des personnalités juives, qui vivent mal les procès en «double allégeance», ainsi que de fervents soutiens aux Palestiniens et détracteurs d’Israël, parmi eux l’historien Vincent Lemire et le professeur au Collège de France Patrick Boucheron, engagé à gauche.
Les allusions antisémites de Jean-Luc Mélenchon
L’affaire «Barbara Butch» survient dans le contexte tendu de la présidentielle de 2027, où il n’est pas impossible que le second tour oppose le Rassemblement national à LFI, deux partis «anti-républicains» aux yeux de nombreux Français. Ces dernières années, le leader insoumis Jean-Luc Mélenchon, candidat à la prochaine présidentielle, a multiplié les allusions antisémites. Comme lors d’un meeting en février dernier à Lyon, où il a ironisé sur la consonance d’«Epstein», le nom du pédocriminel américain de confession juive, dont les fichiers sèment la panique.
Or LFI n’a pas condamné l’interruption du concert de Barbara Butch. L’élu LFI grenoblois Allan Brunon était à la manœuvre. Il s’était signalé en mars par des propos menaçants et homophobes – «sale tapette» – à l’endroit d’un homme, propos pour lesquels il s’était excusé,
LFI ne condamne pas
Manuel Bompard, le coordinateur du parti, a assuré lundi comprendre «des protestations pacifiques» contre la «prise de position politique» de la DJ, défendue par les insoumis au moment des JO de 2024. «S'il y a eu des insultes, elles sont absolument inacceptables», a-t-il ajouté. Le bras droit de Jean-Luc Mélenchon a affirmé que ce sont «les autorités» qui «ont pris une décision d'interrompre ce concert», pas les manifestants.
Les propos en forme de déni de Manuel Bompard ont fait bondir l’ancien premier ministre Gabriel Attal, candidat à l’élection présidentielle de l’année prochaine:
L’attaque subie par Barbara Butch, avec une France insoumise propalestinienne, accusée de jouer sur le registre de l’antisémitisme pour accroître ses voix, accentue la crise dans le camp de la gauche.
Dans une interview ce jour à Libération, Barbara Butch revient sur son concert de Grenoble interrompu:
Sur l’antisémitisme, elle confie:
Soutien à la loi Yadan: les regrets
A propos de sa signature en soutien à la «loi Yadan», la DJ affirme:
