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Violences policières, peuple, mépris: les mots des manifs anti-Macron

A oil worker on strike sits next to a blockade that reads, "64 no, 60 yes" at the Donges oil refinery, western France, Friday, March 17, 2023. Protests against French President Emmanuel Macr ...
Raffinerie de Donges. 17 mars 2023Image: AP

Peuple, mépris, violences policières: ces mots au cœur des luttes en France

Bordélisation, peuple, mépris, violences policières: plongée dans le vocabulaire des manifestations opposées à la réforme des retraites, adoptée mais toujours plus rejetée par la rue. Emmanuel Macron s'adresse aux Français ce mercredi à 13 heures.
22.03.2023, 05:5125.03.2023, 14:06
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La réforme des retraites est adoptée, les deux motions de censure votées lundi à l'Assemblée nationale n'ayant pas obtenu de majorité absolue. Loin de retomber, la colère sociale devrait aller crescendo. Prochaine grande mobilisation: jeudi. Précédée d'une allocution d'Emmanuel Macron ce mercredi à 13 heures sur TF1. En attendant, voici les mots qui font la France en lutte.

Bon enfant

L’expression «bon enfant» n’annonce rien de bon. Lorsqu'on l'entend, il faut s’attendre au pire. Elle est pourtant servie à longueur de journée par les chaînes infos, en ouverture de manifs comme à leur suite, après qu’ont plu les coups.

«Tout avait bien commencé, l’ambiance était bon enfant…»

Ce politiquement correct est une manière de donner sa chance au produit, ici le droit de manifester. Plus la donne est tendue et la casse programmée ou avérée, plus la formule «bon enfant» est de rigueur, non pour taire les faits, mais pour qu'on garde foi dans la paix civile.

Commencée dans une ambiance «bon enfant», le rassemblement du 16 mars Place de la Concorde à Paris s'est mal terminé la nuit tombée:

Permanences

Il ne fait pas bon être député quand votre vote se heurte à la colère populaire. Depuis le déclenchement, vendredi, de l’article 49.3 permettant au gouvernement de faire passer la réforme des retraites sans vote à l’Assemblée nationale, des permanences d’élus ont été prises pour cibles par des opposants. Celle d’Eric Ciotti, le patron (pas très obéi) des Républicains, a été caillassée à Nice. D’autres, comme à Colmar, ont été recouvertes d’inscriptions qui sont autant d'intimidations.

Des attaques visant des permanences, ainsi que des rassemblement devant des domiciles d’élus avaient été nombreux durant la crise des Gilets jaunes, en 2018 et 2019.

Déconnectés, hors-sol

Se dit principalement d’élus et de journalistes dont les commentaires et analyses sont jugés non pertinents, non conformes à la réalité de la colère sociale, qui serait en soi porteuse de la vérité. Le plus visé par les procès en déconnection est Emmanuel Macron, comme dans ce tweet du président de la région Normandie, le centriste Hervé Morin, ancien ministre de la Défense de 2007 à 2010 sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

Porter l’accusation de déconnection est une façon implicite de se dire soi-même connecté au terrain. Autrement dit, dans le juste.

Mépris de classe

L’accusation de mépris de classe va généralement de pair avec celle d’être hors-sol. Mais elle est plus grave, plus infamante pour la personne visée, elle-même méprisée à son tour, sauf que, dans son cas, c'est mérité... Il y a mépris de classe envers les catégories populaires, les manifestants opposés ces jours-ci à la réforme des retraites, les métiers difficiles, les gens qui souffrent. Sont accusés de «mépris de classe» ceux qui, par leurs propos, témoigneraient d'une absence de cœur pour les plus faibles. Qui fait preuve de «mépris de classe» est un «ennemi de classe». Comme pour «hors sol», cette expression a pour but de blanchir de tout soupçon celui qui l'emploie.

Bordélisation

Apparu récemment, le terme de bordélisation est une manière de répliquer à l'accusation de mépris de classe en pointant un mépris, pêle-mêle, des institutions, de la démocratie, du régime parlementaire. Bordélisation à l'Assemblée nationale sur les bancs de La France insoumise, bordélisation dans la rue attribuée à des groupuscules violents s'écartant des clous de la manifestation pacifique. Ce terme dénonce une propension à s'affranchir d'une forme de bienséance républicaine.

Violences policières, nassés

L’expression a fini par s’imposer dans le vocabulaire médiatique. Elle date de la révolte des Gilets jaunes et vient des rangs de la gauche militante. Elle désignait à l’époque les blessures infligées par le LBD 40, «ce flash-ball qui fait polémique», comme l’écrivait le quotidien Libération en 2019. Elle refait surface aujourd’hui pour critiquer la répression policière visant parfois sans discernement des activistes d’extrême gauche, mais pas que, profitant de l’opposition à la réforme des retraites pour manifester leur rejet du système capitaliste ou du président Macron.

Face aux dégradations de ces derniers jours, poubelles et autre mobilier urbain incendiés, le maintien de l'ordre prend parfois des allures d'actions préventives pouvant apparaître comme des entraves au droit de manifester. Technique privilégiée par les forces de l'ordre pour circonscrire les groupes jugés «à risque», le nassage. Les groupes en question sont nassés, autrement dit isolés du reste de la manifestation.

L’expression «violences policières» n’est, elle, pas neutre, puisqu’elle instaure implicitement une équivalence entre la violence légitime exercée par les forces de l'ordre, leur monopole dans tout Etat de droit, et les violences illégales commises par des manifestants. Cette expression est cependant une manière de dénoncer l'usage disproportionné par la police du droit à réprimer.

L'intersyndicale

Comme son nom l’indique, l’intersyndicale est un groupement de syndicats bénéficiant de la légitimité démocratique pour agir: manifester, faire grève. Elle incarne la contestation dans sa forme légale. Tant que l’«intersyndicale» est en première ligne, la «République» demeure. Même s’il lui arrive de faire pression sur des élus, elle ne donne en principe pas dans la violence physique. C’est ce qui la différencie de groupuscules tels les black blocs et autres casseurs, anarchistes ou non. Dilemme pour les syndicats: faut-il être gentil ou montrer les crocs? Le précédent des Gilets jaunes a montré que l’action radicale pouvait faire plier le gouvernement plus sûrement que des défilés «bon enfant».

Le peuple, les Français, la rue

Faute de référendums et en l'absence d'élections, la manifestation est en France, «République sociale», le moyen par lequel le peuple s'exprime et détient une légitimité – ce dernier point fait débat. Quand «les Français sont dans la rue», quelque chose de solennel se joue, même si le mot ultime est censé revenir à la représentation nationale siégeant au parlement. Mais il arrive que le peuple – les Français, donc – obtienne de haute lutte et dans la rue le retrait d'une loi non encore votée ou déjà votée.

Quand le pouvoir a reculé

Cela s'est produit en 1984. Cette année-là, face à une mobilisation massive de la droite, une fois n'est pas coutume, le président socialiste François Mitterrand retire un projet de loi réformant l'école privée. En 2006, le président Jacques Chirac, de droite, décide de ne pas appliquer le Contrat premier embauche pourtant voté, mais qui avait suscité contre lui une intense colère dans la jeunesse. Face à la réforme des retraites, le scénario du peuple, des Français, de la la rue, se rejoue.

La chronique censurée de Pierre-Emmanuel Barré
Video: youtube
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