Voici quand le policier qui a tué Nahel sera fixé sur son sort
Près de trois ans après la mort de Nahel Merzouk, tué à bout portant par un policier le 27 juin 2023 à Nanterre, la cour d'appel de Versailles doit se prononcer jeudi sur le renvoi du fonctionnaire devant les assises pour meurtre. La décision sera rendue à huis clos, a indiqué la cour d'appel.
Filmée et largement diffusée sur les réseaux sociaux, la mort de l'adolescent, tué par balle par Florian M. lors d'un contrôle routier, avait été à l'origine de plusieurs nuits d'émeutes à travers la France.
Deux lectures des faits s'opposent
Le 3 juin 2025, deux juges d'instruction ont ordonné le renvoi du fonctionnaire mis en cause devant la cour d'assises pour meurtre, conformément aux réquisitions du parquet de Nanterre début mars de la même année. C'est sur l'appel de cette ordonnance, formulé par le policier, que la justice doit se prononcer jeudi.
Lors de l'audience à huis clos devant la chambre de l'instruction en décembre, deux lectures des faits se sont opposées: celle des juges d'instruction qui ont ordonné le renvoi de Florian M. devant les assises pour meurtre, et celle de sa défense, pour qui le tir du fonctionnaire était légitime.
Une version des faits diamétralement opposée à l'analyse des juges, pour qui «rien ne démontre que Florian M. était autorisé dans la circonstance à faire usage de son arme, en méconnaissance des principes de proportionnalité et d'absolue nécessité», selon l'ordonnance.
Sur la proportionnalité, «quand bien même le véhicule avait adopté un comportement dangereux préalablement à la séquence de contrôle (...), le tir de Florian M. n'était pas, au moment du redémarrage, absolument nécessaire ni strictement proportionné, de même qu'il existait d'autres moyens d'immobiliser le véhicule», arguent-ils.
Une version infirmée par les images
Pour les magistrats, il n'existait au moment du tir aucune «situation de danger objective pour les fonctionnaires de police», analysent-ils en citant les exploitations vidéo et les «opérations de reconstitution» effectuées dans ce dossier. Peu après les faits, une première version policière, selon laquelle le jeune homme aurait foncé sur le motard, avait été infirmée par une vidéo amateur diffusée sur les réseaux sociaux.
En décembre, «nous avons plaidé la confirmation de l'ordonnance de mise en accusation: pour nous, les faits sont très justement qualifiés de meurtre», a déclaré Frank Berton, avocat de la mère de Nahel, pour qui «à tout le moins, il va y avoir un débat judiciaire».
Sollicitées, Mes Pauline Rainaut et Karen Noblinski, qui défendent chacune un des deux adolescents passagers de la voiture que conduisait Nahel, ont préféré ne pas s'exprimer avant l'audience.
Non-lieu pour le second policier
Le second policier présent lors du contrôle, un temps témoin assisté pour complicité de meurtre, avait pour sa part bénéficié d'un non-lieu. Son avocate Pauline Ragot n'a pas souhaité s'exprimer en amont de la décision.
«Nous espérons que les magistrats de la cour de Versailles auront su garder la tête froide et appliquer le droit, en prononçant le non-lieu qui s’impose dans cette affaire», a conclu pour sa part Me Liénard. Son client, dont l'Inspection générale de la police nationale avait proposé le renvoi devant un conseil de discipline selon une source proche du dossier, retravaille aujourd'hui au sein de la police nationale.
Plus de deux ans et demi après les faits, la mémoire de l'adolescent est toujours vive à Nanterre, où famille et soutiens continuent de demander «justice». Sur un poteau de la place Nelson-Mandela, malgré les travaux publics en cours, les fleurs d'un mémorial improvisé rappellent toujours la mort de l'adolescent. (jzs/afp)
