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Guerre contre l'Ukraine

Zelensky a identifié le «plan à long terme» de Poutine

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Criminel de guerre recherché: le portrait de Vladimir Poutine sur un mur à Belgrade. Le mot à gauche signifie «frère»...Image: imago-images.de

Voici le «plan à long terme» de Poutine en Europe selon Zelensky

Le président ukrainien a tiré la sonnette d'alarme sur l'attitude russe dans les Balkans. Selon les experts consultés, il n'aurait pas tout tort. Explications.
04.12.2023, 06:0004.12.2023, 17:57
Anne-Kathrin Hamilton
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D'abord Israël, ensuite les Balkans? Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est convaincu que la Russie prévoit de déstabiliser les Balkans – une nouvelle manière de détourner l'attention de l'Occident de la guerre contre Ukraine.

Depuis plus de 20 mois, le pays se défend contre la Russie. Sans le soutien militaire de l'Otan et des Etats-Unis, Zelensky et son peuple ne pourraient pas résister à l'assaut. Depuis l'attaque brutale du Hamas contre Israël le 7 octobre, l'Ukraine partage désormais l'attention des médias avec le conflit au Proche-Orient.

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Les spécialistes s'inquiètent de l'influence que pourrait avoir la guerre d'Israël contre le Hamas sur l'aide militaire à l'Ukraine. Déjà, de nombreux républicains américains, notamment les alliés de Trump, critiquent le soutien à l'Ukraine. Avec chaque nouveau conflit qui éclate, l'attention portée à ce pays pourrait donc encore diminuer. Selon Zelensky, Vladimir Poutine l'a, lui aussi, bien compris.

Zelensky craint le chaos

«Faites attention aux Balkans», avertit le président ukrainien à ses partenaires. Selon lui, le Kremlin cherche également à y déclencher une guerre «pour faire diversion». Kiev a des preuves de l'intention de son adversaire de déclencher un conflit entre les pays des Balkans, souligne le dirigeant:

«Croyez-moi, nous recevons des informations. La Russie a un plan à long terme»

Il ne fournit toutefois aucun élément concret, de quoi faire douter les experts, dont le politologue Florian Bieber, interrogé par watson. Il est l'auteur de Pulverfass Balkan (réd: La poudrière des Balkans) et professeur d'histoire et de politique de l'Europe du Sud-Est à l'université de Graz, en Autriche.

Selon notre expert, Poutine n'a pas une assise suffisante pour déclencher une guerre dans la région:

«Dans les Balkans, la Russie travaille avec des politiciens locaux, notamment en Serbie, en Bosnie et au Monténégro. Mais elle ne peut pas "piloter à leur place" ou provoquer un conflit de son propre chef.»

Florian Bieber poursuit: «Si des politiciens locaux comme le président serbe Aleksandar Vučić ont intérêt à ce qu'il y ait des tensions au Kosovo, il y met le feu.»

epa10881523 A handout photo made available by the Serbian Presidency shows Serbian President Aleksandar Vucic speaks during a press conference in Belgrade, 24 September 2023. A Kosovo Albanian police  ...
Aleksandar Vučić.Keystone

Un vrai avertissement

Cela fait plaisir à la Russie et peut motiver Vučić, mais ça ne déclenche pas nécessairement le conflit. Les propos de Zelensky doivent néanmoins être pris au sérieux, explique Konrad Clewing, expert des Balkans, interrogé par watson. Il travaille à l'Institut Leibniz pour la recherche sur l'Europe de l'Est et du Sud-Est à Regensburg.

Selon lui, le Kremlin est manifestement très actif dans les parties serbes des Balkans:

«Côté ukrainien, les services de renseignement sont probablement mieux informés sur ce qui se passe du côté russe que bien des acteurs occidentaux – en particulier en ce qui concerne les activités des services secrets russes.»
A street souvenir stall in Belgrade sells Russian symbols and Putin T-shirts. Belgrade, Serbia - 08.26.2022
Kiosque à Belgrade avec des accessoires russes de propagande.Image: imago-images.de

D'un point de vue géostratégique, la Russie a indéniablement intérêt à affaiblir la position de l'Occident partout où c'est possible et donc en ce qui concerne le soutien à l'Ukraine. «Cela vaut aussi pour les Balkans, et en fait pour toute l'Europe du Sud-Est», dit-il. Il doute toutefois de la volonté de Poutine d'orchestrer une grande «explosion». Au vu des rapports de force dans les Balkans occidentaux, il s'agirait plutôt d'une déstabilisation générale et d'une escalade ponctuelle de la violence.

FILE - Serbian President Aleksandar Vucic, right, welcomes Russian President Vladimir Putin for the talks in Belgrade, Serbia, Thursday, Jan. 17, 2019. Issuing an international arrest warrant for Russ ...
Le président serbe Aleksandar Vučić (à droite) a de bonnes relations avec Vladimir Poutine.Image: keystone

Les experts sont unanimes: le conflit autour de la Republika Srpska, l'entité serbe de Bosnie-Herzégovine, représente un sérieux conflit potentiel. A cela s'ajoutent les tensions persistantes entre la Serbie et le Kosovo.

Et Konrad Clewing d'ajouter:

«Les dirigeants de la Republika Srpska bosniaque veulent sa sécession et son unification avec la Serbie. Et la Serbie veut revoir les résultats de la guerre perdue de 1998/99 et ramener le Kosovo sous sa domination autant que possible.»

Dans les Balkans se trouve ainsi le seul et presque unique levier russe pour provoquer une grande «explosion» en Serbie. La Serbie veut aussi miner l'indépendance du Monténégro, membre de l'Otan, explique Konrad Clewing. Dans ce contexte, la Russie de Poutine jouit d'une grande popularité dans les milieux nationalistes serbes, en tant que puissance anti-occidentale et révisionniste.

Des liens étroits avec la Russie

Selon Konrad Clewing, Moscou exerce une influence en Serbie d'une part sur le plan politique et diplomatique et d'autre part sur le plan du renseignement, «qui est beaucoup plus important là-bas que ce que l'on peut imaginer» en Occident. La présence d'une base russe dans le sud de la Serbie interroge donc.

Elle servirait soi-disant à la coopération dans le domaine de la «protection civile». A ce propos Konrad Clewing précise:

«Mais depuis sa création, elle a si peu d'activités de protection civile à son actif que l'on peut à juste titre situer l'activité principale de son personnel dans le domaine du renseignement.»

C'est pourquoi l'expert suppose que les services secrets étrangers russes (SWR) étaient probablement au courant de l'attaque paramilitaire mortelle de Banjska fin septembre dans le nord du Kosovo et qu'ils étaient impliqués.

A l'époque, des paramilitaires serbes s'étaient battus contre la police kosovare. Konrad Clewing poursuit:

«L'objectif commun présumé était de justifier une invasion militaire serbe dans le nord du Kosovo à la suite d'une contre-action kosovare. Dans le scénario serbe, cette invasion ne devait cependant certainement pas conduire à une grande confrontation avec les forces de l'Otan stationnées au Kosovo, contrairement à ce que voulait la partie russe.»

Cet incident montre, par exemple, que la Russie n'a pas les moyens d'une grande explosion dans les Balkans. Il s'agit plutôt de saper la stabilité politique de la région et la position dominante de l'Occident.

Le Kosovo, la Serbie et la Bosnie-Herzégovine ne sont pas membres de l'Otan, «de sorte que les possibilités de conflit sont fortement limitées», estime Bieber. De plus, la Bosnie et le Kosovo sont sous la protection d'une force internationale de maintien de la paix.

Si la Serbie intervenait donc dans ces deux pays, cela équivaudrait, selon Bieber, à un conflit avec l'Otan. Il en irait alors de la crédibilité de l'alliance militaire internationale.

L'Otan probablement pas prête

Toute non-intervention profiterait également à la Russie, poursuit Bieber. Selon lui, la présence militaire a donc déjà été renforcée. Mais au final, il estime qu'une guerre entre la Serbie et le Kosovo est très improbable. De petits incidents, comme ceux qui ont eu lieu en septembre dans le nord du Kosovo, sont beaucoup plus réalistes.

«Il ne s'agirait pas de conflits entre états et la Serbie pourrait par conséquent se dégager plus facilement de sa responsabilité», explique Bieber. C'est pourquoi il est d'autant plus important de mettre un terme à toute tentative de jouer avec de tels conflits. Pour cela, l'Otan et l'UE doivent également fixer des limites claires à Vučić.

Car l'organisation ne serait pas particulièrement bien préparée à court terme à une escalade à grande échelle dans la région, prévient Konrad Clewing.

Actuellement, l'Otan a environ 5500 soldats sous son commandement au Kosovo, dont la plupart ne sont pas du tout aptes au combat. En Bosnie-Herzégovine, les formations occidentales dirigées par l'UE sont encore plus faibles, selon Clewing. La Bosnie serait donc, avant le Kosovo, l'élément le plus vulnérable de la présence occidentale.

Des Américains inquiets

Ce n'est pas un hasard si l'Occident prend également au sérieux l'avertissement de Zelensky. «Le département d'Etat américain a précisé que les sanctions financières imposées le 16 novembre à une douzaine d'acteurs et d'entreprises serbes et macédoniens du nord proches de la Russie s'inscrivaient exactement dans la lignée de l'avertissement de Zelensky», explique Clewing.

L'objectif de ces sanctions: affaiblir les structures situées au croisement de l'influence russe et de la corruption politico-économique dans les Balkans.

L'Ukraine a développé une «cape d'invisibilité» pour ses soldats

Vidéo: watson

Traduit et adapté par Valentine Zenker

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