Poutine a perdu un nombre «extraordinaire» de soldats en Ukraine
Alors que la guerre en Ukraine s'apprête à entrer dans sa cinquième année, la Russie se dirige vers une victoire écrasante et inévitable. C'est, du moins, ce qu'affirme Vladimir Poutine lors de ses prises de position publiques. Les données disponibles racontent une autre histoire.
Selon une analyse publiée ce mardi par le cercle de réflexion américain Center for strategical and international studies (CSIS), l'année écoulée a été l'une des plus meurtrières pour Moscou depuis le début du conflit. En 2025, l'armée russe a perdu environ 415 000 hommes, chiffre qui comprend les soldats morts, blessés et disparus.
Cela veut dire qu'en moyenne, plus de 1000 hommes ont été mis hors de combat chaque jour au cours des 12 derniers mois. Depuis le début de la guerre, le nombre de pertes russes s'élèverait à 1,2 million de soldats.
Le nombre de militaires tués entre février 2022 et décembre 2025 oscille entre 275 000 et 325 000, précise le CSIS. Ce chiffre coïncide partiellement avec d'autres estimations formulées récemment, selon lesquelles 160 000 à 352 000 soldats russes ont perdu la vie en Ukraine depuis le début de l'invasion.
«Ces chiffres sont extraordinaires», commente le CSIS. Et pour cause:
Nettement plus de morts qu'en Tchétchénie
Ce constat vaut avant tout pour la Russie. En effet, son «opération militaire spéciale» est, de loin, la guerre la plus meurtrière jamais combattue par Moscou depuis la fin du deuxième conflit mondial. Entre 1945 et février 2022, environ 50 000 soldats soviétiques et russes ont été tués, avance le centre de réflexion. En l'espace d'à peine quatre ans, Moscou a perdu environ six fois plus d'hommes.
Le nombre de soldats russes tués en Ukraine est plus de 17 fois supérieur au bilan enregistré lors de la guerre en Afghanistan, qui a pourtant duré dix ans, et 11 fois plus important que les pertes subies pendant les guerres en Tchétchénie, qui ont eu lieu entre 1994 et 2009.
Et par rapport aux autres pays?
La comparaison avec les principales guerres combattues par d'autres puissances et Etats occidentaux au cours des 80 dernières années est tout aussi impitoyable.
A titre d'exemple, quelque 54 000 soldats américains sont morts en Corée et environ 47 000 au Vietnam, illustre le CSIS. Plus près de nous, les guerres menées par les Etats-Unis en Irak et en Afghanistan ont fait 4432 et 2465 morts au sein de l'armée américaine, respectivement.
Le nombre de soldats russes tombés en Ukraine est plus de dix fois plus élevé par rapport à celui des militaires français morts en Algérie entre 1954 et 1962, soit un peu plus de 25 000.
La situation change lorsque l'on s'intéresse à l'autre camp: 140 000 à 152 000 membres du Front de libération nationale algérien ont péri dans le conflit. De même, jusqu'à 316 000 soldats nord-coréens et 197 000 soldats chinois ont été tués en Corée, tandis que la guerre du Vietnam a coûté la vie à 666 000, voire 950 000 combattants vietnamiens, suivant les estimations.
Des pertes très élevées également pour Kiev
Et l'Ukraine, dans tout cela? Si les pertes de Kiev sont moins attentivement scrutées que celles subies par son adversaire, des estimations existent, et elles font état d'un très lourd bilan.
Selon le CSIS, l'armée ukrainienne a perdu entre 500 000 et 600 000 hommes, morts, blessés et disparus confondus, depuis le début de l'invasion. Le nombre de soldats tués oscillerait entre 100 000 et 140 000. La BBC évalue également le nombre de militaires ukrainiens morts à 140 000.
Kiev a donc perdu moins de soldats que Moscou, mais nettement plus que n'importe quel Etat occidental depuis 1945. Au rythme actuel, prédit le CSIS, le nombre de victimes russes et ukrainiennes cumulées pourrait atteindre 2 millions d'ici le printemps 2026.
