La «Princesse du gaz» ukrainienne au cœur d'un scandale de corruption
Alors que le Parlement ukrainien débat du dernier remaniement du gouvernement de Volodymyr Zelensky, un scandale de corruption éclabousse Ioulia Tymochenko. L'ancienne première ministre et actuelle opposante est accusée d'avoir acheté massivement des voix au sein de la Verkhovna Rada, le Parlement ukrainien.
«Nous allons destituer les ministres, mais nous n’en nommerons pas de nouveaux», aurait instruit la présidente de 65 ans du groupe parlementaire du Parti de la Patrie, qu'elle a co-fondé en 1999, en s'adressant à des députés d'autres partis, y compris des partisans de Zelensky, via l'application de messagerie Signal. Et en effet, lundi, le candidat au poste de ministre de l'Energie n'a pas obtenu la majorité nécessaire.
Malgré une note officielle signalant un soupçon, Ioulia Tymochenko a pu informer elle-même la Verkhovna Rada mercredi de la perquisition nocturne de son siège de parti. Plus de 30 fonctionnaires armés auraient pris d'assaut son bureau tard mardi soir, confisquant ordinateurs et téléphones, alors qu'elle se déclarait totalement innocente. «C'est un coup de pub monumental», a affirmé Tymochenko. Accusant le camp au pouvoir, l'ancienne première ministre (2005 et 2007-2010) a accusé:
Cependant, ce n'est pas le gouvernement de Zelensky, surnommé les «Serviteurs du peuple», mais l'Agence nationale anti-corruption (Nabu) en collaboration avec le bureau spécial de lutte contre la corruption (SAP) qui a perquisitionné les bureaux du Parti de la Patrie. Par ailleurs, la Nabu a immédiatement publié mercredi un enregistrement dans lequel Ioulia Tymochenko promettrait à un député non identifié 10 000 dollars pour sa présence à deux sessions parlementaires.
Selon la note de suspicion de la Nabu, la présidente du parti aurait proposé un schéma structuré et à long terme de collaboration informelle, impliquant le versement régulier de 10 000 dollars par mois. Elle aurait également offert de l'argent à des députés pour qu'ils changent de groupe parlementaire.
D'autres parlementaires libérés sous caution
Dès le mois de décembre, le SAP avait demandé l'arrestation d'au moins cinq députés pour avoir accepté des pots-de-vin en échange d'un certain comportement de vote. Tous ont été libérés fin décembre contre le paiement d'une caution comprise, selon les cas, entre 350 000 et 600 000 francs suisses.
Il n'était pas encore clair mercredi si ces députés faisaient partie de ceux présumément achetés par Ioulia Tymochenko. En revanche, il est certain que le mandat reste lucratif, même en temps de guerre, comme l'indique le montant élevé des cautions.
Le Parti de la Patrie de Tymochenko reste en réalité une petite formation, ne détenant plus qu'environ 5% des sièges parlementaires. La plupart des partis se sont ralliés à la faction «Serviteur du peuple» de Zelensky après l'invasion russe. Toutefois, cette faction n'est pas un bloc homogène sur lequel le président peut toujours compter.
Ainsi, Denys Chmyhal, qui a été brièvement rétrogradé de Premier ministre (2019-2025) au poste de ministre de la Défense avant d'être nommé ministre de l'Energie, a eu besoin de deux tentatives pour obtenir la majorité requise. Très serrée également, mercredi, la nomination souhaitée par Zelensky de Mykhaïlo Fedorov, passant du ministère de la Transformation numérique à celui de la Défense, a finalement été validée par le vote.
Les deux principales agences anti-corruption, la Nabu et le SAP, qui devaient perdre leur indépendance à l'été 2025 sur demande de Zelensky mais ont été défendues par des manifestations de masse dans les rues, ont désormais prouvé qu'elles ne ciblaient pas uniquement le gouvernement et le bureau présidentiel. Après le scandale de 100 millions de dollars au ministère de l'Energie et touchant l'entourage direct de Zelensky en novembre, elles se sont attaquées à Ioulia Tymochenko, figure emblématique de la révolution pro-occidentale en Ukraine.
Traduit et adapté par Noëline Flippe
