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Kadyrov malade, le système Poutine pourrait vacciller

August 17, 2024, Grozny, Chechen Republic, Russia: Chechen leader Ramzan Kadyrov, wearing a bandolier of bullets stands behind a heavy machine gun mounted on a Tesla Cybertruck, August 17, 2024 in Gro ...
Ramzan Kadyrov, en 2024.Image: www.imago-images.de

Kadyrov est hospitalisé: Poutine doit prendre un décision cruciale

Après un malaise à Moscou, le dirigeant tchétchène serait désormais «sous dialyse». Ces révélations relancent les spéculations sur sa succession et placent Poutine face à un dilemme crucial.
14.01.2026, 05:3514.01.2026, 05:35
Simon Cleven / t-online
Un article de
t-online

Depuis plusieurs mois, la santé de Ramzan Kadyrov fait l’objet de nombreuses rumeurs. Son état se serait récemment aggravé. Selon des agences de presse ukrainiennes, citant le renseignement militaire de Kiev, le chef tchétchène souffrirait d’une insuffisance rénale.

Il serait soumis à un traitement par dialyse, et ses médecins refuseraient d’établir un pronostic. Kadyrov serait hospitalisé dans une clinique privée en Tchétchénie et des membres de son clan seraient venus lui rendre visite.

C’est la deuxième fois en quelques semaines que des informations alarmantes circulent à son sujet. Selon le média russe Novaya Gazeta Europe exilé en Lettonie, Kadyrov s’était rendu à Moscou le 24 décembre pour assister à une réunion du Conseil de la Fédération prévue le lendemain. Cet organe rassemble habituellement les gouverneurs et représentants de toutes les régions russes. Le dirigeant tchétchène devait y représenter la république de Tchétchénie, mais il n’est jamais apparu.

Toujours selon ce média, son état se serait fortement détérioré dans la nuit du 25 décembre, au point qu’il aurait été transporté d’urgence à la Clinique centrale de l’administration présidentielle à Moscou. Une source citée affirme:

«Ils ont tout juste réussi à le réanimer à Moscou. Il est ensuite rentré chez lui et n’est plus apparu en public depuis.»

En 2025, Kadyrov s’était déjà fait très rare dans l’espace public.

Désormais, la question est simple: la Tchétchénie, région stratégique du Caucase du Nord pour Vladimir Poutine, est-elle en passe de vivre un tournant politique avec la possible disparition de son dirigeant? Pour le Kremlin, l’enjeu est de taille.

Kadyrov et la Tchétchénie, pièces maîtresses du système Poutine

Pour Vladimir Poutine, la Tchétchénie est un pilier à la fois politique et stratégique. Après deux guerres meurtrières, la région a été «pacifiée» par Ramzan Kadyrov, grâce à sa loyauté personnelle envers le Kremlin. C’est ainsi qu’il a pu imposer l’ordre dans une république longtemps rebelle, en écrasant toute opposition et en ralliant les élites locales au pouvoir de Moscou.

Dans ce cadre, les forces de sécurité tchétchènes – en particulier l’unité spéciale «Akhmat» – sont devenues un instrument de la puissance russe, notamment dans la guerre en Ukraine. La Tchétchénie illustre ainsi le modèle de pouvoir de Vladimir Poutine: une stabilité assurée par la fidélité de dirigeants régionaux. Un équilibre qui pourrait se fissurer si le contrôle de Grozny venait à changer de mains.

Qui pourrait hériter de la Tchétchénie?

L’après-Kadyrov reste entouré d’incertitudes. Selon l’expert en sécurité Emil Aslan, de l’université Charles de Prague, le dirigeant tchétchène préparerait une succession dynastique, en plaçant l’un de ses proches au sommet.

«Reste à savoir si cela correspondra aux intérêts du Kremlin»

Ces derniers mois, Kadyrov a propulsé ses fils à des postes clés. En avril, Adam, 18 ans et considéré comme son favori, a pris la tête du Conseil de sécurité tchétchène, après avoir déjà occupé des fonctions publiques dès l’âge de 15 ans. Lundi dernier, son fils aîné Akhmat (20 ans) a été nommé vice-Premier ministre, tout en conservant le ministère des Sports.

Mais cette succession familiale se heurte à un obstacle légal: pour diriger la Tchétchénie, il faut théoriquement avoir au moins 35 ans. Une règle qui, dans le passé, n’a toutefois pas empêché la carrière fulgurante de Ramzan Kadyrov lui-même, nommé vice-Premier ministre à 27 ans avant d’être désigné président par Poutine trois ans plus tard.

«Un système extrêmement utile au Kremlin»

Emil Aslan évoque d’autres scénarios possibles: soit un fidèle du régime assurerait l’intérim jusqu’à ce qu’un héritier soit en âge de régner, soit Moscou déciderait de rompre avec le clan Kadyrov.

Une rupture pourrait être explosive. Le politologue avertit:

«Si la famille perdait le soutien du Kremlin, de nombreux ressentiments refoulés pourraient ressurgir. Des centaines, voire des milliers de familles attendent une occasion de régler leurs comptes.»

Depuis 2007, Kadyrov gouverne la Tchétchénie par la peur et la violence, éliminant toute opposition, ce qui lui a valu le surnom de «chien de garde de Poutine».

Pour le Kremlin, la Tchétchénie reste un pilier d’un pouvoir fondé sur la personnalisation de l’autorité. «Ce système a longtemps été extrêmement efficace», souligne Aslan. Mais un passage de relais mal maîtrisé pourrait désormais fragiliser non seulement la région, mais aussi l’architecture même du pouvoir poutinien.

D’autres successeurs à Kadyrov en Tchétchénie

Selon le renseignement militaire ukrainien, Moscou ne se limite plus au seul clan Kadyrov pour penser l’avenir. Le Premier ministre tchétchène Magomed Daoudov et le commandant de l’unité «Akhmat», Apti Alaudinov, figureraient aussi parmi les options.

L'officier militaire russe de haut rang Apti Alaudinov. Poutine a de grands projets pour lui.
Apti Alaudinov. Poutine a de grands projets pour lui.Image: Getty

Apti Alaudinov est perçu comme un homme du Kremlin. Général-major, omniprésent dans les médias russes et propagandiste actif de la guerre en Ukraine, il incarne le lien entre l’élite tchétchène et l’appareil d’Etat russe. Son parcours au ministère de la Défense et sa distinction de «Héros de la Russie» renforcent cette position. Tombé en disgrâce auprès de Kadyrov, il s’est installé depuis plusieurs années à Moscou.

Quant à Magomed Daoudov, surnommé «Lord», il appartient au noyau dur du régime. Président du Parlement tchétchène, il contrôle des structures sécuritaires clés et est connu pour son rôle de bras exécutant du système. Il représente la continuité du pouvoir en place, mais manque de poids politique et symbolique au niveau fédéral. Pour le Kremlin, il est un candidat de transition tout à fait acceptable.

Magomed Daoudov, Tchétchénie
Magomed Daoudov.Image: parlement tchétchène

Le mois dernier, Kadyrov a lui-même ravivé les rumeurs sur une fin prochaine. «Si l’on en croit ce qui se dit, je ne vivrai pas vieux», a-t-il déclaré devant des citoyens.

«Et cela me va. Je préfère mourir tant que les gens m’aiment et me respectent, et qu’ils se souviennent de moi ainsi»

Il avait déjà laissé entendre qu’il souhaitait quitter le pouvoir. Mais en Russie, un tel départ ne peut se faire sans l’aval du Kremlin et jusqu’ici, Vladimir Poutine ne lui a pas accordé cette autorisation.

Traduit et adapté de l'allemand par Léon Dietrich

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