Cet anniversaire symbolique sape le moral des Russes
En Russie, c’est un anniversaire qui donne à réfléchir. Depuis lundi, la guerre menée par Moscou contre l’Ukraine a désormais duré plus longtemps que la Seconde Guerre mondiale, la «Grande Guerre patriotique» contre les nazis.
Entre juin 1941 et mai 1945, les armées de Staline avaient repoussé la Wehrmacht des portes de Moscou jusqu’à Berlin. Après exactement 1418 jours de combats, elles avaient porté le coup de grâce au régime hitlérien dans sa capitale.
Un amer constat d'échec
Quatre-vingts ans plus tard, après une durée identique, les troupes de Poutine occupent moins de territoire ukrainien qu’au cours des premières semaines de leur «opération spéciale». Dans le même temps, les pertes humaines russes auraient depuis longtemps dépassé le seuil du million de personnes.
Cette réalité pèse dans les esprits, relève Julia Davis. L’autrice américaine compte parmi les observatrices les plus attentives des canaux de propagande du Kremlin et anime le projet Russian Media Monitor. Même «les propagandistes les plus zélés» peinent à tirer quelque chose de positif des mauvaises nouvelles de ces derniers jours, analyse-t-elle dans une tribune récente.
Ainsi, le célèbre présentateur de la télévision russe Sergueï Karnaukhov s'est plaint que les récents événements aient «gâché les fêtes de nombreux Russes». Il juge particulièrement embarrassante l’arrestation du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro, lui qui avait auparavant fanfaronné en annonçant que la Russie assurerait sa protection.
Ouvrir de nouveaux fronts pour garder la face
Les revers sur la scène internationale, parmi lesquels de nouvelles sanctions américaines et l’interception d’un pétrolier battant pavillon russe, exposent au grand jour la faiblesse de Moscou.
De leur côté, les chouchous de la télévision poutinienne, Margarita Simonian et Vladimir Soloviov, mettent en garde contre une stagnation de l'économie et un déficit budgétaire en hausse. Selon eux, le cumul des sanctions pourrait conduire la Russie dans une situation comparable à celle de l’Iran ou du Venezuela.
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— Julia Davis (@JuliaDavisNews) January 13, 2026
Pour Vladimir Soloviov, la guerre en Ukraine est appelée à durer encore longtemps. Moscou n’envisage pas de renoncer et ne voit aucune raison de se rallier à un plan de paix proposé par Trump. La Russie devra toutefois «apprendre à vivre sans les revenus du pétrole» en «restructurant son économie». Et Poutine devrait lancer «d’autres opérations spéciales contre des pays voisins» afin de «préserver la sphère d’influence russe».
Ces rodomontades ont valu depuis lundi au diplomate russe à Erevan, une vive protestation du ministère arménien des Affaires étrangères. L’ancien pays protégé de Moscou, à l’instar de la Syrie et du Venezuela désormais abandonnés par le Kremlin, y voit une menace directe pour son indépendance et sa sécurité.
Great job, Solovyov.https://t.co/v3NM1U5suj pic.twitter.com/ri5bkZUrxl
— Julia Davis (@JuliaDavisNews) January 12, 2026
Poutine contre-attaque avec le missile Oreshnik
C’est dans ce contexte qu’il faut aussi interpréter l’impact d’un missile à moyenne portée Oreshnik, qui a été tiré jeudi dernier par le Kremlin. Il s’agissait du deuxième usage confirmé de cette arme hypersonique. Pour l’expert militaire Markus Reisner, le lancement de ce missile doit être compris comme une réaction de Poutine et un signal clair d’escalade adressé à l’Occident.
Selon le colonel de l’armée autrichienne, l’emploi de l’Oreshnik près de la frontière polonaise, aux abords de Lviv, constitue la quatrième escalade de ce type depuis le début de la guerre en Ukraine:
Le même mécanisme s'était mis en place l’été dernier, lorsque la livraison potentielle de missiles Tomahawk avait été évoquée.
Le Kremlin avait alors averti les Etats-Unis que des missiles de croisière Tomahawk entre les mains de l’Ukraine pourraient mener à une guerre nucléaire. Il est en effet impossible de savoir à l’avance si ces engins américains sont équipés d’ogives de ce type.
Un avenir sombre
Avec le Oreshnik, la Russie a elle-même tiré une arme capable de porter une charge nucléaire. Le Kremlin a justifié l’utilisation de ce missile, chargé d’une munition d’exercice, par une prétendue attaque de drones ukrainiens contre une résidence secondaire de Poutine… une attaque qui, selon la CIA, n’a jamais eu lieu.
L’ambassadeur ukrainien à l’ONU Andriy Melnyk a tonné, lors d’une réunion extraordinaire du Conseil de sécurité convoquée à New York à la suite des frappes aériennes:
President @ZelenskyyUa: Almost 300 attack drones, most of them “shaheds,” along with 18 ballistic and 7 cruise missiles, were launched by the Russians against Ukraine last night. Once again, the main target of the strike was our energy – generation facilities and substations.… pic.twitter.com/aahP1q9oEW
— Defense of Ukraine (@DefenceU) January 13, 2026
Dans une allocution, Volodymyr Zelensky a lui aussi fait référence à cet anniversaire, établissant un parallèle historique. Par ses méthodes, Moscou répète aujourd’hui «le fascisme du XXᵉ siècle», a-t-il affirmé. Après de nouvelles attaques massives contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes, qui ont fait d’autres morts et des blessés, le président ukrainien a dressé un sombre bilan, mardi.
Il compte désormais sur une livraison plus rapide des systèmes de défense antiaérienne promis par les Etats-Unis et l’Europe.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
