Orban tremble face à la «marionnette de Bruxelles»
A quatre mois des législatives en Hongrie, le Premier ministre Viktor Orban, au pouvoir depuis 15 ans, apparaît fragilisé par des scandales à répétition liés à la protection de l'enfance, qui s'ajoutent aux performances économiques en demi-teinte du pays.
Le dirigeant nationaliste, qui se targue d'être proche des présidents américain Donald Trump et russe Vladimir Poutine, a œuvré depuis son retour au pouvoir en 2010 à consolider son emprise sur le pays d'Europe centrale de 9,5 millions d'habitants, multipliant les mesures destinées à restreindre l'indépendance de la justice et des médias et à étouffer toute contestation.
Un nouvel opposant qui fait vaciller le pouvoir
Mais l'émergence l'an dernier de Peter Magyar comme chef de l'opposition a apporté une «nouvelle dynamique» à la scène politique hongroise, constate Zsuzsanna Végh, chargée de programme au German Marshall Fund des Etats-Unis. L'analyste politique déclare:
Le parti Tisza de Magyar, l'ex-époux de l'ex-ministre de la Justice d'Orban, est en effet en tête des sondages indépendants depuis plus d'un an. De quoi provoquer une certaine fébrilité dans le camp au pouvoir, comme en témoigne le déploiement d'activité d'Orban depuis cet été.
De clairs signes de nervosité
Lors des précédentes élections, le dirigeant hongrois «intensifiait sa présence dans les trois derniers mois avant le scrutin» pour doper la popularité de son parti, déclare Szabolcs Dull, un journaliste qui anime aussi le podcast d'analyse politique Ötpontban. Il résume:
Pour séduire un électorat inquiet par une croissance au ralenti et une inflation autour de 4% sur un an, Orban a multiplié les annonces: introduction de prêts subventionnés par l'Etat pour les primo-accédants, prolongation de l'exonération d'impôt sur le revenu pour les mères de trois enfants et quatorzième mois pour les retraités.
Il s'est aussi rendu à Washington et Moscou pour s'assurer que son pays pourrait continuer à s'approvisionner en pétrole russe bon marché, et a largement occupé le terrain, organisant tous les week-ends ces dernières semaines des réunions publiques dans des régions rurales, qui lui sont traditionnellement acquises.
Un scandale qui fragilise le pouvoir en place
Lors de ces meetings, minutieusement chorégraphiés et ouverts à ses sympathisants uniquement, Orban rabâche l'un de ses thèmes favoris, le conflit en Ukraine, accusant l'Union européenne de comploter pour une guerre contre la Russie et Magyar d'être une «marionnette de Bruxelles».
De nouvelles révélations d'abus physiques et sexuels dans les institutions de protection de l'enfance pourraient toutefois coûter cher à son parti Fidesz, en provoquant une «crise morale» de ses électeurs, souligne Dull.
Le sujet est en effet particulièrement sensible pour Orban, qui a mené une politique de réduction des droits fondamentaux des minorités sexuelles et de genre au nom justement de la protection de l'enfance et de la famille.
Vendredi, Magyar a publié un rapport de 2021 signalant plus de 3000 cas présumés d'abus sur des enfants, quelques jours après la diffusion d'une vidéo montrant le directeur par intérim d'un centre de détention pour mineurs en train de donner des coups de pied dans la tête d'un garçon au sol.
A l'appel de Magyar, quelque 50 000 personnes ont manifesté à Budapest samedi, pour réclamer la démission du gouvernement.
User des pouvoirs du présidents
L'an dernier, la présidente Katalin Novak, fidèle de Viktor Orban, avait dû démissionner à la suite d'une grâce accordée au complice d'un pédocriminel condamné.
Face à ces mauvais signes avant-coureurs, Orban prend des mesures destinées, selon ses opposants, à verrouiller les institutions en cas de défaite. Dernier exemple en date: la semaine dernière, le Parlement a adopté une loi rendant plus difficile le limogeage du président Tamas Sulyok, un proche d'Orban, dont le mandat court actuellement jusqu'à 2030.
Or, outre un rôle cérémoniel, ce dernier peut bloquer provisoirement l'adoption de lois, ce qui lui permettrait de contrarier l'agenda d'un nouveau gouvernement.
