La droite radicale d'Europe vole au secours d'un Orban en galère
A l’approche des élections législatives en Hongrie le 12 avril, le premier ministre Viktor Orban bénéficie du soutien de personnalités politiques nationalistes et populistes de droite venus de toute l’Europe, et au-delà.
Dans une vidéo de campagne électorale publiée cette semaine, la coprésidente de l’AfD Alice Weidel (Allemagne), la cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, Marine Le Pen, le politicien autrichien Herbert Kickl ainsi que le vice-président du Conseil des ministres italien, Matteo Salvini, expriment leur soutien.
Le clip en question 👇
Une élection d'une grande importance en Europe
La présence de ces alliés internationaux souligne l’importance symbolique des élections hongroises pour le mouvement d'extrême droite à l'échelle mondiale, d’autant plus à un moment où Orban est sous pression concernant sa politique intérieure.
Selon les sondages, son parti Fidesz serait pour la première fois devancé par le parti d’opposition Tisza de Péter Magyar, un ancien initié du Fidesz. En effet, de nombreux électeurs s’inquiètent de la stagnation économique, de la hausse du coût de la vie et de l’état des services publics.
Dans la vidéo, l'égérie de la droite radicale allemande, Alice Weidel, déclare: «L’Europe a besoin de Viktor Orban.» Marine Le Pen affirme que «grâce à des dirigeants comme Viktor Orban», le camp des «patriotes et défenseurs des nations et des peuples souverains est en train de gagner en Europe». La cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, met en avant ses points communs avec Orban et plaide pour «une Europe qui respecte la souveraineté nationale et soit fière de ses racines culturelles et religieuses».
Alors que la campagne de Péter Magyar est fortement axée sur des questions de politique intérieure, Orban tente de présenter ses contacts internationaux comme un atout.
Le politologue Marton Bene, de l’Institut de science politique TK à Budapest, déclare au quotidien britannique The Guardian qu’il s’agit là d’un avantage clair sur son adversaire: il s'agirait de quelque chose «que son adversaire, néophyte en politique, n'a tout simplement pas».
Le sujet épineux du soutien à l'Ukraine
La vidéo aborde également la position controversée d’Orban sur la guerre en Ukraine. Weidel le félicite pour son engagement «en faveur de la paix en Ukraine», tandis que Salvini déclare:
Les critiques reprochent depuis longtemps à Orban, chef de gouvernement d’un pays de l’Union européenne, d’être particulièrement proche du Kremlin et de faire obstacle à un soutien européen unanime à l'Ukraine.
Une participation de Netanyahou qui étonne
Outre des politiciens d'extrême droite de l'UE, le président serbe Aleksandar Vucic, le président argentin Javier Milei et le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou font également une apparition dans la vidéo.
Vucic est le seul à s'exprimer en anglais plutôt que dans sa langue nationale. Netanyahou déclare dans la vidéo:
L'Israélien décrit Orban comme un politicien ayant les qualités nécessaires pour protéger son pays. L'intervention de Netanyahou intervient malgré le boycott officiel par Israël de partis tels que l'AfD et le FPÖ (parti libéral autrichien), soupçonnés d'antisémitisme. L'irritation se fait sentir notamment dans un article du quotidien israélien Haaretz, critique à l'égard de Netanyahou.
Une absence américaine remarquée
On remarquera une absence notable dans la vidéo: aucun représentant officiel des Etats-Unis n'y participe. Cependant, Donald Trump a déjà envoyé une lettre à Orban en décembre pour lui souhaiter bonne chance dans sa campagne électorale. Dans cette lettre, le président américain saluait son engagement en faveur de «la foi, la famille et la souveraineté».
Les observateurs voient dans les élections du 12 avril un tournant qui dépasse les frontières de la Hongrie. Une défaite d’Orban signifierait la perte d’une figure de proue pour l'extrême droite internationale. L’Europe de gauche libérale et en particulier les partisans du soutien à l’Ukraine espèrent en revanche qu'une victoire de Magyar renforce la cohésion au sein de l'UE.
La question de savoir dans quelle mesure ces espoirs sont justifiés est tout autre chose. Malgré son passé au sein du Fidesz, Péter Magyar, avocat et ancien diplomate de 44 ans, se présente comme un centriste, fortement axé sur les questions de politique intérieure, telles que la lutte contre la corruption, l'amélioration des soins de santé et la réforme du système éducatif.
Dans les derniers sondages électoraux, son parti d'opposition, le Tisza, devance le Fidesz d'Orban avec 45,2% des voix contre 42,0%.
Traduit de l'allemand par Anne Castella
