Ils veulent le beurre, l’argent du beurre… et l’avion de Macron
Pendant des années, Dubaï a été vendu comme LA destination de rêve par un grand nombre d'influenceurs français. Sur le papier, le décor est parfait: des villas ridiculement grandes, des piscines à débordement, des sacs de luxe qu’on assortit à sa collection de Classe G, et surtout, une fiscalité qui ferait pâlir d’envie n’importe quel contribuable européen.
Depuis le début des années 2020, toute une colonie d’influenceurs francophones s’y est installée. Officiellement pour «le soleil», «la sécurité» ou «les opportunités». Officieusement, d’ailleurs certains ne s’en cachent même pas: pour les impôts.
Jusqu’ici, tout va bien. Tout allait bien. Car ces derniers jours, la réalité géopolitique s’est invitée dans les stories Instagram.
«Au secours la France»
Depuis l’escalade militaire au Moyen-Orient et les tensions dans la région, certains influenceurs installés à Dubaï ont soudainement rangé leurs codes promo pour publier des messages d’inquiétude. Sur les réseaux sociaux, plusieurs ont appelé la France à intervenir ou à organiser leur rapatriement.
La star de téléréalité Maeva Ghennam, installée dans l’émirat, a ainsi lancé un appel à l’aide adressé aux autorités françaises, demandant à être protégée face aux tensions régionales. Sur internet, la réaction ne s’est pas fait attendre.
En quelques heures, les réseaux sociaux se sont transformés en concours d’ironie, empathie non comprise dans le package. Des milliers d’internautes ont ressorti un argument assez simple: quand on choisit de s’installer ailleurs pour payer moins d’impôts, réclamer ensuite l’aide de la République, financée via les impôts des contribuables restés dans l’Hexagone, peut sembler légèrement contradictoire. Le beurre, l’argent du beurre… et l’avion de la République.
Le revirement express
Et puis, quelques jours plus tard, retournement de situation. Les messages alarmistes ont disparu. A leur place, des stories rassurantes expliquant que tout va très bien, que Dubaï est parfaitement safe et que les autorités locales gèrent la situation «de manière exemplaire».
@bouletteskefta4 mel Dedigama ainsi que d'autres influenceuses avouent être privées de leurs liberté d'expression par les autorités de Dubaï. Plus de drama=moins de code promo. #meldedigama #influenceurs #dubai #actu ♬ Stories 2 - Danilo Stankovic
Un virage à 180 degrés qui n’a évidemment échappé à personne. Car aux Emirats arabes unis, la liberté de ton sur les réseaux sociaux est nettement plus encadrée qu’en Europe. Diffuser des informations jugées alarmistes ou critiquer publiquement les autorités peut entraîner de lourdes sanctions, parfois assorties d’amendes importantes.
Warning ⚠️
— النيابة العامة (@UAE_PP) February 28, 2026
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The Public Prosecution warns against publishing or circulating rumors and information from unknown sources through social media platforms or any other technological means, due to the consequences thereof, including the spread of confusion and harm to the security… pic.twitter.com/eQLozbqOmo
[...]
L'information est une responsabilité, et la diffusion de rumeurs est un délit.»
Dans ce contexte, affirmer publiquement que la situation sécuritaire est inquiétante n’est peut-être pas la stratégie la plus prudente quand on vit dans le pays.
Dubaï, mode d’emploi
Au fond, cet épisode raconte quelque chose d’assez simple. Dubaï n’est pas seulement un décor de cartes postales et de vidéos TikTok. C’est aussi un Etat, avec ses propres règles, ses propres lois, et un rapport à la liberté d’expression très différent de celui auquel sont habitués ces influenceurs européens. Le contrat est clair. Moins d’impôts, mais aussi moins de marge pour critiquer publiquement le système.
Rien de nouveau sous le soleil du Golfe. Simplement, une réalité que certains semblent découvrir un peu tard, entre deux stories sponsorisées et trois posts à la gloire de lip fillers.
Certes, vivre ailleurs pour optimiser sa fiscalité est un choix parfaitement légal pour ces influenceurs.
Mais lorsque la situation se tend et que les sirènes d’alerte remplacent les playlists de pool party, on redécouvre parfois les vertus très concrètes d’un Etat dont on s’était volontiers éloigné. Et que celui que l’on a choisi vient lui aussi avec des règles du jeu, pas forcément toujours très instagrammables.
