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Giorgia Meloni passe une réforme qui rappelle l'ère Mussolini

Italian Prime Minister Giorgia Meloni speaks during a final media conference at the G7 in Borgo Egnazia, near Bari in southern Italy, Saturday, June 15, 2024. (AP Photo/Domenico Stinellis)
Giorgia Meloni lors de la conférence de presse du G7 en Italie, le 15 juin 2024.Image: AP

Giorgia Meloni passe une réforme qui réveille le souvenir de Mussolini

Le Sénat a approuvé en première lecture la réforme la plus controversée du gouvernement de droite de Giorgia Meloni. Elle vise à introduire l'élection directe du chef du gouvernement en Italie. Explications.
21.06.2024, 11:50
Dominik Straub, Rome / ch media
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«C'en est fini des petits jeux politiques», jubilait Giorgia Meloni ce mardi soir, après que le Sénat a approuvé la réforme constitutionnelle en première lecture. Pour la dirigeante de 47 ans, ce projet est «la mère de toutes les réformes»: ce seront désormais les citoyens – et non plus les représentants des partis au Parlement – qui pourront choisir leur le président du Conseil des ministres, souligne-t-elle.

Giorgia Meloni l'a promis: il ne sera plus du tout possible que des «technocrates» comme Mario Monti et Mario Draghi, ou des personnages jusque-là totalement inconnus comme Giuseppe Conte, se hissent au sommet de l'Etat sans être passés par la case du scrutin populaire. Seconde promesse de l'Italienne: la réforme permettra de stabiliser le système politique national. Rappelons qu'il a connu 68 gouvernements en 78 ans d'existence.

Le pilier de cette refonte reste la désignation directe du chef du gouvernement, qui obtiendra ainsi une plus grande légitimité démocratique. Jusqu'à présent, le président de la République consultait les chefs de parti après les élections et chargeait généralement le leader de la coalition qui avait obtenu le plus de voix de former un gouvernement.

La réforme réduit à néant la marge de manœuvre du président au profit du président du Conseil des ministres. Dans les faits, le premier se voit également retirer la possibilité de dissoudre le Parlement. C'est désormais le second qui aura cette compétence.

En outre, après la chute éventuelle du chef du gouvernement, une personnalité issue de son propre camp politique devrait obligatoirement le remplacer – la formation d'un nouveau gouvernement et une redistribution des forces entre les partis, comme cela était possible jusqu'à présent sous la direction du président, seraient exclues.

Le souvenir de Mussolini

Pour l'opposition, ces projets sont totalement inacceptables: l'Italie risquerait ainsi de se retrouver à nouveau avec «un homme/une femme seul(e) aux commandes», comme à l'époque la plus sombre de Mussolini. Ces derniers jours, la gauche a reçu le soutien de pas moins de 180 juristes constitutionnels qui ont signé un appel dans lequel ils prennent position de manière résolue contre le projet de loi.

L'ancien président de la Cour constitutionnelle, Ugo De Siervo, qualifie la réforme d'«extrêmement dangereuse». Selon lui, il existe certes des exemples de démocraties occidentales dans lesquelles on élit directement le chef de l'Etat et où celui-ci est doté de larges compétences, comme en France ou aux Etats-Unis. Il souligne cependant:

«Mais dans ces systèmes, il existe de puissants contrepoids qui équilibrent le pouvoir de l'exécutif. De tels équilibres sont totalement absents de la réforme Meloni.»

Quoi qu'il en soit, Giorgia Meloni a déjà réussi le tour de force d'unifier l'opposition, qui était auparavant désespérément divisée: plusieurs milliers de membres du Partito Democratico social-démocrate, du Mouvement de protestation Cinq étoiles, de l'Alliance gauche-verte et d'autres formation ont en effet manifesté ce mardi à Rome contre «l'érosion de la Constitution par la prétendue patriote Meloni». Il s'agissait du premier rassemblement commun depuis l'entrée en fonction du gouvernement de droite voilà presque deux ans.

Giorgia Meloni risque gros

Mais il reste encore un long chemin à parcourir avant l'adoption définitive: en Italie, il faut pas moins de quatre lectures au Parlement pour les réformes constitutionnelles – l'approbation du Sénat de ce mardi ne représentait que la première étape. Le projet doit en outre obtenir une majorité des deux tiers au Parlement pour ne pas être automatiquement soumis à un référendum. Cela ne sera vraisemblablement pas le cas.

En cas de référendum, Giorgia Meloni risque gros, car elle ne peut même pas s'assurer du soutien de tous les électeurs de droite: tant au sein de la Lega, autrefois séparatiste et hostile à Rome, que parmi les libéraux de Forza Italia, ils sont nombreux à trouver que la réforme va trop loin.

Matteo Renzi, l'ancien chef du gouvernement, voulait, lui aussi, introduire une élection directe en 2016. Une ambition qui lui a coûté très cher. En essuyant un échec lors d'un référendum pour ce qui constituait son principal projet de réforme, il s'est vu contraint de démissionner quelques heures après une défaite retentissante.

(Adaptation française: Valentine Zenker)

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