Comment Trump fait pression pour Marine Le Pen
«Pourquoi des diplomates américains s’intéressent-ils à ce point au sort judiciaire de Marine Le Pen?» France Info semble elle-même étonnée de sa révélation. L’administration américaine tente, sans détour, d’influencer la procédure judiciaire visant la patronne du RN en France.
C’est ce qu’a confirmé Magali Lafourcade, secrétaire générale de la Commission nationale consultative des droits de l'homme.
La juriste a été contactée au milieu de l’année dernière par deux représentants du département d’Etat américain envoyés par Trump en Europe. Christopher Anderson et Samuel Samson souhaitaient officiellement aborder la thématique de la défense des droits humains avec elle.
Mais très vite, la discussion s'est portée sur le procès de la multiple candidate à la présidentielle française, Marine Le Pen, condamnée en première instance en 2025 à quatre ans de prison et à cinq ans d’inéligibilité pour détournement de fonds du Parlement européen, comme plusieurs autres membres de son parti. Son procès en appel est actuellement en cours à Paris.
Magali Lafourcade est restée bouche bée lorsque ses interlocuteurs, polis mais très insistants, ont affirmé que toute la procédure relevait d’un «procès purement politique». Selon eux, il s’agirait d’une «manipulation de l’opinion publique française», destinée à empêcher Marine Le Pen de se présenter à l’élection présidentielle de 2027.
Même si des rencontres de ce type entre représentants de ministères étrangers alliés sont fréquentes, une telle tentative de pression diplomatique constitue, selon Magali Lafourcade, une situation inédite. Dans ce cas précis, l’entretien s’inscrivait dans une stratégie d’ingérence américaine plus large.
En début d’année, le président du tribunal judiciaire de Paris, Peimane Ghaleh-Marzban, avait déjà protesté officiellement contre une «ingérence inacceptable» des autorités américaines. Selon Der Spiegel, celles-ci envisageaient – ou auraient envisagé – d’interdire l’entrée aux Etats-Unis aux juges en charge du procès Le Pen. Washington avait toutefois démenti cette information.
Ces révélations concordent toutefois avec les déclarations de Donald Trump, qui avait dénoncé l’an dernier, sur sa plateforme Truth Social, une «chasse aux sorcières» visant Marine Le Pen. Dans les faits, la justice française s’était même montrée conciliante à son égard. La cour d’appel, tout comme la cour de cassation qui pourrait être ensuite saisie, avait accéléré la procédure afin de permettre, en cas d’acquittement, sa candidature pour l'élection présidentielle.
Sur le fond, la situation reste toutefois très défavorable à Marine Le Pen. Après avoir nié catégoriquement, lors du procès de l'année dernière, toute rémunération dissimulée de collaborateurs du parti par des fonds européens, elle a reconnu cette semaine, dans le cadre de la procédure d’appel en cours, de simples «négligences».
Les raisons de l’engagement appuyé de l’administration Trump en faveur de Marine Le Pen, mais aussi du parti allemand AfD, apparaissent de plus en plus clairement. Il ne s’agit pas seulement de soutenir des alliés idéologiques, mais également de tenter de fissurer l’unité européenne. L’accession de Le Pen – ou, le cas échéant, de son bras droit Jordan Bardella – à l’Elysée mettrait très probablement en péril l’Union européenne telle qu’elle existe aujourd’hui.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
