Sa famille a été bombardée par Israël quelques minutes avant la trêve
Serrant contre lui un album photos abîmé, Mohamed Ali Hijazi fouille les décombres d'un immeuble à Tyr, dans le sud du Liban, à la recherche de souvenirs de sa famille, dont cinq membres ont été tués par une frappe israélienne quelques minutes avant le début de la trêve.
Hagard, ce Franco-Libanais de 48 ans répète:
Il lui avait envoyé ces objets en cadeau quelques semaines plus tôt. Il poursuit:
Une famille décimée
La frappe, le 16 avril, quelques minutes avant l'entrée en vigueur du cessez-le-feu à minuit, a emporté sa petite sœur Ghazwa et ses deux jeunes enfants, ainsi qu'un cousin. Sa mère, Ikhlass, sortie vivante des décombres, a finalement succombé à ses blessures. Son père et un neveu ont survécu par miracle.
Mohamed Ali Hijazi, qui vit en France depuis 16 ans, raconte comment il a appris, sur les réseaux sociaux, qu'une frappe israélienne avait réduit en ruines six immeubles résidentiels de la ville millénaire de Tyr.
«Je me suis effondré», murmure-t-il. Il a aussitôt pris l'avion. Sur place, il a retrouvé ses proches «en morceaux», glisse-t-il en retenant ses larmes. Il résume:
Le président américain Donald Trump a annoncé jeudi une prolongation de trois semaines du cessez-le-feu au Liban, entré en vigueur le 17 avril. La guerre, dans laquelle le Liban a été entraîné le 2 mars par des tirs du Hezbollah contre Israël, a fait plus de 2400 morts dans le pays, selon les autorités.
A Tyr, quelque 27 corps ont été retrouvés sur le site de la frappe, où les recherches se poursuivent, sept jours plus tard, pour au moins une personne portée disparue, indique le maire adjoint de la grande ville côtière du Sud, Alwan Charafeddine.
De nombreux civils tués
Les décombres de l'immeuble où vivait la famille de Mohamed Hijazi sont jonchés d'objets: coussins, matelas, duvet rouge, égouttoir à vaisselle… Une supérette au rez-de-chaussée a été entièrement soufflée. Il confie:
La poussière se lève au rythme des pelleteuses, sous le bourdonnement persistant d'un drone israélien. Le long de la côte, une colonne de fumée se dresse près de zones où les forces israéliennes poursuivent leurs opérations, affirmant viser le Hezbollah pro-iranien. Hijazi martèle:
De l'autre côté de la rue, parmi des fragments de verre, son père, Fadl Hijazi, 66 ans, suit du regard des bulldozers à l'œuvre.
Ce grand homme aux yeux bleus, les bras marqués de plaies noircies, se souvient avoir tenté de faire rire sa famille en faisant semblant de chasser les avions de guerre israéliens, et avoir bordé son petit-fils peu avant la frappe.
Puis ça a été comme «un tremblement de terre (...). Sans le placard, le plafond se serait effondré sur nous», raconte-t-il.
Incompréhension
Il a été secouru des décombres environ trois heures plus tard, et avant lui son petit-fils, se souvient-il:
L'armée israélienne n'a publié aucun avertissement avant sa frappe du 16 avril, alors qu'elle avait auparavant émis des ordres d'évacuation pour de larges zones de Tyr et du sud.
De nombreuses victimes étaient restées chez elles, sans moyens de se réfugier ailleurs, explique Hijazi. En désignant la rue, il poursuit en s'écriant:
Depuis un balcon donnant sur les immeubles détruits, Fadia Melliji raconte qu'elle aimait s'asseoir sur la véranda. Cette femme de 53 ans, encore sous le choc, déplore:
