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Iran: elle craint pour sa famille restée au pays

Pendant des semaines, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté en Iran contre le régime.
Pendant des semaines, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté en Iran contre le régime.Image: AP

Mina craint pour sa sœur en Iran: «Ça ressemble à un film d'horreur»

Après la coupure d’Internet en Iran début janvier, Mina est restée plusieurs jours sans nouvelles de sa sœur, qui participait aux manifestations à Téhéran. Depuis l’étranger, elle témoigne de la répression menée par le régime.
07.02.2026, 15:5807.02.2026, 15:58
Natasha Hähni / ch media

L'inquiétude de Mina pour sa sœur Leila, ses parents et ses amis en Iran l'a tenue éveillée pendant des nuits entières. Début janvier, le régime a coupé l'accès à Internet dans le pays. Du jour au lendemain, Mina n'a plus eu de nouvelles de ses proches.

La peur de Mina est d'autant plus grande que Leila, qui vit dans la capitale iranienne, a presque tous les jours manifesté dans les rues ces dernières semaines. Pour avoir participé à des manifestations ou simplement ne pas porter le voile, elle a été arrêtée à plusieurs reprises par les Gardiens de la Révolution. Les noms des deux sœurs ont été modifiés dans cet article pour des raisons de sécurité.

Vivre dans la peur et sans nouvelles

Mina sait que Leila est courageuse. Pourtant, le fait de ne plus pouvoir la joindre, alors que des rapports de massacres dans les rues de Téhéran circulent, l’a complètement submergée. Pendant plusieurs nuits, elle est restée éveillée, espérant recevoir un signe de vie.

Les foules dans les rues des villes iraniennes ont grandi pendant des semaines, atteignant des records à l’échelle nationale. Tout a commencé fin décembre, en réponse à l’effondrement de la monnaie iranienne, le rial. Les manifestations se sont ensuite progressivement dirigées contre le régime islamiste.

Ce dernier a violemment réprimé les manifestations. Et sans Internet, les atrocités commises par les forces de sécurité sont restées cachées pendant des jours. Selon les militants, au moins 6159 personnes ont perdu la vie. Cependant, on craint que le bilan réel dépasse les 30 000. Les chiffres n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante en raison, notamment, de la coupure du réseau.

Enfin un signe de vie

Il y a deux ans, Mina a quitté l'Iran avec son mari pour fuir son service militaire. Elle explique:

«En Iran, faire son service militaire signifie rejoindre les Gardiens de la Révolution, un groupe de terroristes. C’est ce que la plupart des gens ne veulent pas.»

L’Union européenne a d’ailleurs récemment qualifié les Gardiens de la Révolution d’organisation terroriste en raison de leur répression brutale des manifestations anti-gouvernementales.

Après plusieurs jours de silence, la mère et la sœur de Mina ont enfin donné signe de vie cette semaine. La déclaration de sa mère au téléphone a été brève:

«Nous sommes encore en vie»

Mina raconte:

«Quand j’ai entendu la voix de ma mère et de ma sœur, je n’ai pas pu retenir mes larmes, et elles aussi.»

Cependant, elle n’a toujours pas eu de nouvelles de certains de ses amis. A quoi cela pourrait-il être dû? Mina préfère ne pas y penser.

Le récit d'une nuit d'horreurs

Même avec sa famille, elle ne peut pas communiquer librement. D’une part à cause de la rareté et de la mauvaise qualité de la connexion, d’autre part, par crainte. Mina indique:

«Chaque fois que tu appelles quelqu’un ou que tu envoies un message, tu dois te rappeler que quelqu’un pourrait te surveiller ou t’écouter.»

Néanmoins, sa sœur lui a révélé certains détails sur les manifestations. Un soir, Leila et son mari se sont joints à une grande foule au centre de Téhéran.

«Elle m’a raconté que les Gardiens de la Révolution avaient lancé des gaz lacrymogènes sur la foule pour les disperser.»
Mina

Une fois la foule dispersée dans les ruelles, des tireurs d'élite ont ouvert le feu, parfois depuis les toits de la mosquée. «Ensuite, des miliciens Basij et des soldats sont arrivés dans les rues pour emmener les gens», poursuit-elle. Ceux qui résistaient ont été abattus. Elle résume:

«Toute la situation ressemble à un film d'horreur devenu réalité»

L'espoir d'une intervention des Etats-Unis

Plusieurs membres des Basij connaissent Mina et Leila. Ce sont des voisins, d'anciens camarades de classe et même un cousin. «Nous avons cessé de les contacter il y a des années. Je déteste ce système, ce régime et tout ce qui s’y rapporte», peste Mina.

Malgré ses peurs, Mina est convaincue que la révolution réussira bientôt. Elle explique:

«Je suis très optimiste au sujet d'une intervention militaire des Etats-Unis. Peut-être que cela semble étrange pour les gens en Europe, mais je souhaite qu’un pays étranger attaque le mien.»

C’est pourtant la seule voie possible. La population iranienne fait face, les mains vides, à une armée entièrement équipée. Mina résume:

«Nous devons gagner. Nous n’avons pas d’autre option»

Les manifestations ont depuis diminué. Les arrestations et exécutions, parfois sans procès équitable, continuent néanmoins.

«Si nous ne parvenons pas à renverser ce maudit régime islamiste, alors mon peuple est perdu»
«Ils ont tout détruit. Tout. L’approvisionnement en eau, l’environnement, l’économie, la liberté. Ils exécutent leur propre population.»

Malgré tout, Mina aime son pays, comme elle ne cesse de le souligner.

Des manifestations, en Iran et ailleurs
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Des manifestations, en Iran et ailleurs
Des Iraniennes tiennent des photos de Mahsa Amini, les mains peintes en rouge, lors d'une manifestation devant le consulat d'Iran suite à la mort de Mahsa Amini, à Istanbul, en Turquie, le 17 octobre 2022.
source: epa / sedat suna
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- Iran: répression violente à Rasht
Video: watson
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