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La guerre au Moyen-Orient laisse l'Ukraine face à un dilemme

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, ici devant une rampe de lancement Patriot (photo d'archive): Kiev compte sur ce système américain pour repousser les attaques russes.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, ici devant une rampe de lancement Patriot (photo d'archive): Kiev compte sur ce système américain pour se défendre des attaques russes.Image: Jens Buttner

L'expertise en drones de l'Ukraine met Zelensky face à un dilemme

Pendant des années, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a prié d'autres nations de soutenir l'Ukraine face à la Russie. Désormais, ce sont plusieurs Etats du Golfe qui quémandent l'aide de Kiev.
18.03.2026, 19:0918.03.2026, 19:09
Nilofar Breuer / t-online
Un article de
t-online

L'Ukraine n'a jamais été aussi sollicitée. En plus de quatre années de guerre, l'armée de Kiev a considérablement développé ses capacités de défense anti-drones. Le pays en guerre dispose aujourd'hui d'une expertise que plusieurs Etats du Golfe, notamment, réclament d'urgence dans le cadre de leur conflit avec l'Iran.

Comme l'a annoncé le président ukrainien Volodymyr Zelensky la semaine dernière, onze pays auraient jusqu'ici sollicité Kiev en matière de défense anti-drones. Parmi eux figureraient, outre des voisins de l'Iran, certains pays européens et les Etats-Unis.

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Avec quelles techniques de défense l'Ukraine peut-elle aider ces pays, et pourquoi Zelensky se retrouve-t-il aujourd'hui face à un dilemme? Panorama de la situation.

Une expertise ukrainienne très convoitée

Les capacités de l'Ukraine sont aujourd'hui très recherchées, car la Russie submerge le pays quasi quotidiennement de centaines de drones kamikazes de conception iranienne, les Shahed. Un type de drone que l'Iran utilise également contre les Etats du Golfe depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. La Russie les fabrique désormais elle-même sous le nom de Geran-2.

Selon ses propres déclarations, l'armée de l'air ukrainienne intercepte plus de 80% des drones russes avant qu'ils ne pénètrent dans l'espace aérien ukrainien. Dans le cadre de la guerre menée contre leur pays, des entreprises d'armement ukrainiennes ont développé toute une gamme de drones d'interception, dont des engins bon marché à usage unique. Le président Zelensky a ordonné d'en produire jusqu'à mille par jour.

Un drone Shahed-136 (photo d'archive): c'est avec ce type d'engin que le régime iranien attaque plusieurs Etats du Golfe.
Un drone Shahed-136 (photo d'archive): c'est avec ce type d'engin que le régime iranien attaque plusieurs Etats du Golfe.Image: Imago

Une alternative économique au Patriot

Le prix d'un drone d'interception varie considérablement. Selon le modèle, il va d'un peu plus de 550 francs à un peu plus de 9000 francs. Même les modèles les plus onéreux ne représentent cependant qu'une fraction du coût d'un missile anti-aérien Patriot, estimé à plus d'un million de dollars. Pour les missiles PAC-3 du fabricant américain Lockheed Martin, la facture se chiffre même à plusieurs millions de dollars l'unité.

L'armée ukrainienne dispose par ailleurs de dispositifs de défense aérienne plus traditionnels, parfois improvisés, comme des mitrailleuses lourdes montées sur des pick-ups. Les troupes ukrainiennes utilisent également des missiles sol-air tirés par des fantassins, des armes initialement conçues pour abattre, par exemple, des hélicoptères volant à basse altitude.

L'Ukraine emploie en outre des équipements électroniques visant à perturber les systèmes de navigation des drones russes. Ces dispositifs peuvent ainsi amener les engins ennemis à modifier leur trajectoire au-dessus de l'Ukraine et à retourner vers la Russie.

Un système de défense Patriot (photo d'archive): il fait partie du dispositif de défense antimissile de l'Otan.
Un système de défense Patriot (photo d'archive): il fait partie du dispositif de défense antimissile de l'Otan.Image: picture alliance / dpa

Un moyen de protéger le détroit d'Ormuz

Selon le média britannique The Times, l'expertise ukrainienne pourrait également contribuer à protéger le détroit d'Ormuz, une route essentielle pour le transport international de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Le trafic maritime y est pratiquement à l'arrêt en raison de la guerre et de la menace d'attaques iraniennes.

Selon The Times, le Royaume-Uni examine plus précisément dans quelle mesure le drone d'interception Octopus peut être déployé pour la défense aérienne au Moyen-Orient. Londres et Kiev développent et produisent ce modèle conjointement, à l'origine dans le but de soutenir l'Ukraine dans la guerre d'agression russe. Le président américain Donald Trump avait auparavant exhorté les alliés à contribuer à la sécurisation des pétroliers dans le détroit d'Ormuz.

Une image satellite du détroit d'Ormuz (image d'archive): des dizaines de navires de fret internationaux s'entassent actuellement dans cette voie maritime par crainte d'attaques ir ...
Une image satellite du détroit d'Ormuz (image d'archive): des dizaines de navires de fret internationaux s'entassent actuellement dans cette voie maritime par crainte d'attaques iraniennes.Image: Nasa / dpa

Des experts ukrainiens dans quatre pays

Zelensky a déjà répondu à l'intérêt croissant pour les technologies ukrainiennes de défense anti-drones: le 8 mars, il a annoncé que l'Ukraine enverrait des experts en la matière dans les Etats de la région du Golfe:

«Les pays de la région et les Etats-Unis d'Amérique se sont tournés vers l'Ukraine pour obtenir un soutien. Nous leur fournirons les moyens nécessaires, et, bien sûr, en priorité le savoir-faire et l'expérience de notre armée pour se protéger contre les Shaheds, les missiles de croisière et autres.»

Trois jours plus tard, il annonçait que les experts avaient pris leurs fonctions: au Qatar, en Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis. Des experts militaires ukrainiens avaient également été dépêchés en Jordanie. Selon des sources sécuritaires, ils auraient pour mission d'y contribuer à la sécurisation de bases américaines, notamment en y démontrant le fonctionnement des systèmes de défense anti-drones ukrainiens. Chaque équipe serait composée de dizaines de personnes, selon Kiev.

L'Ukraine face à un dilemme

L'exportation de systèmes de défense ukrainiens vers le Moyen-Orient va-t-elle suivre? Sur cette question, Zelensky se retrouve face à un «dilemme du contrôle des exportations», comme le nomme le média ukrainien Kyiv Independent.

Car depuis le début de la guerre d'agression russe en 2022, l'Ukraine applique des restrictions strictes aux exportations d'armements, afin de s'assurer que les armes restent dans le pays. Le président ukrainien avait par ailleurs souligné à plusieurs reprises que toute aide de l'Ukraine au Moyen-Orient ne devait pas se faire au détriment de sa propre défense.

Des analystes du média numérique spécialisé The War Zone rapportent que les entreprises ukrainiennes ne sont pas non plus autorisées à exporter des drones d'interception pour l'heure. Ainsi, le développeur ukrainien de drones de combat Wild Hornets, connu pour son drone d'interception «The Sting», a indiqué au média que, malgré un intérêt croissant pour son produit au Moyen-Orient, il n'avait pas encore obtenu d'autorisation d'exportation.

Un drone intercepteur Sting (photo d'archive): ce modèle est utilisé pour se défendre contre les drones d'attaque.
Un drone intercepteur Sting (photo d'archive): ce modèle est utilisé pour se défendre contre les drones d'attaque.Image: REUTERS / dpa-bilder

La raison en est le système étatique ukrainien de contrôle et d'autorisation des exportations, qui couvre les biens d'armement et les technologies à double usage, c'est-à-dire les technologies développées principalement à des fins civiles, mais pouvant également être utilisées à des fins militaires. A ce sujet, l'autorité ukrainienne précise expressément que l'Etat doit approuver les transferts internationaux de tels biens, en mettant en balance intérêts sécuritaires et objectifs économiques.

Dès septembre 2025, le Conseil ukrainien pour la sécurité économique (ESCU) avait déclaré qu'il existait des «divergences» entre le gouvernement ukrainien, dont la priorité absolue est la sécurité nationale, et les entreprises souhaitant accélérer leur production.

Des entreprises prêtes à apporter leur aide

SkyFall, entre autres, un fabricant ukrainien de drones militaires, s'est montré intéressé par la livraison de modèles d'interception au Moyen-Orient. Comme l'a rapporté l'agence Reuters dès le 7 mars, l'entreprise a indiqué que ses capacités de production avaient dépassé les possibilités d'absorption de l'Ukraine, et qu'elle était prête à exporter.

Un représentant de SkyFall a, en outre, précisé à Reuters:

«Nous avons reçu des demandes et manifestations d'intérêt de la part de nos alliés et de pays du Moyen-Orient.»

Le fabricant indique que son drone d'interception P1-SUN a abattu plus de 1500 engins Shahed et 1000 autres drones depuis sa mise en service il y a quatre mois.

Un drone SkyFall, exposé lors d'un salon (photo d'archive): le fabricant est prêt à livrer des drones intercepteurs au Moyen-Orient.
Un drone SkyFall, exposé lors d'un salon (photo d'archive): le fabricant est prêt à livrer des drones intercepteurs au Moyen-Orient.IMAGO / Marek Antoni Iwanczuk / SOPA Images

«L'entreprise est prête à apporter tout le soutien nécessaire si nous obtenons le feu vert de notre gouvernement», a ajouté le représentant, précisant lui aussi que cela ne se ferait que si cela ne compromettait pas la capacité de l'Ukraine à assurer sa propre défense.

Un porte-parole du développeur de drones de combat ukrainien Wild Hornets a affiché une disposition similaire. Dans un entretien avec The War Zone, il a indiqué que, si le cadre légal venait à évoluer, Wild Hornets serait en mesure de livrer des drones à des nations étrangères. L'entreprise a, en revanche, démenti les informations selon lesquelles elle serait en négociations directes avec l'Arabie saoudite pour la vente de drones Sting.

L'espoir d'obtenir une aide en retour

Avant d'accorder les autorisations nécessaires à l'exportation d'armements, Zelensky cherchera vraisemblablement à négocier en contrepartie une aide concrète pour l'Ukraine. Il a notamment déjà réclamé des missiles pour le système anti-aérien Patriot, dont Kiev manque actuellement. En échange, un nombre correspondant d'engins d'interception serait libéré à l'exportation, a-t-on indiqué.

Des analystes mettent, cependant, en garde, selon un article du magazine américain Fortune, contre l'opportunisme de Zelensky: l'idée générale est que pénétrer le marché mondial de l'armement n'est pas aussi simple que de signer un contrat. Yevhen Mahda, directeur général de l'Institut de politique mondiale de Kiev, a en outre souligné à Fortune:

«Le commerce des armes est un sujet incroyablement épineux et sensible»

Il s'agit d'un marché dominé par les Etats-Unis, a-t-il précisé. Mahda a par ailleurs mis en garde contre l'idée que les marchés s'ouvriraient simplement grâce à la force de persuasion de l'argumentation ukrainienne. Il a conclu:

«Il faut une démarche diplomatique rigoureuse et calculée»
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