L'Iran compte bien exploiter cet avantage stratégique
L’Iran menace de façon très directe des géants américains de la technologie comme Google, Microsoft et IBM. Leurs bureaux au Moyen-Orient sont désormais «de nouvelles cibles de la République islamique», a indiqué mercredi Téhéran. Au total, les entreprises américaines emploient 30 000 personnes dans la région.
Dans la région du Golfe, les banques doivent elles aussi s’attendre à être attaquées, selon un porte-parole des gardiens de la révolution. Ces menaces font suite à des attaques toujours plus violentes de l’armée israélienne et de l’armée américaine contre les infrastructures iraniennes.
Selon les mots de Trita Parsi, vice-président du Quincy Institute, un groupe de réflexion sur la politique étrangère américaine:
Après que les dépôts pétroliers de Chiraz et d’Ispahan aient été incendiés par des tirs en début de semaine, les gardiens de la révolution iraniens ont annoncé une nouvelle escalade: la fermeture du détroit d’Ormuz pour «de nombreux mois».
Même en cas de réouverture, l’Iran pourrait taxer tous les navires qui empruntent le détroit d’Ormuz. Environ 20% des cargaisons mondiales de pétrole transitent par ce passage maritime.
Le gouvernement iranien entend ainsi récupérer l’argent qu’a coûté les frappes aériennes de la semaine dernière. Sur une chaîne de télévision arabe, un professeur proche du régime a expliqué:
Deux bateaux ont été attaqués dans le Golfe
Comme le soulignent des acteurs du secteur maritime à Dubaï, les menaces iraniennes sont «à prendre très au sérieux». Responsable du département d’information de Neptune P2P, une entreprise britannique de sécurité maritime, Christopher Long explique:
Vice-directeur général de l’armateur danois de porte-conteneurs Moller-Maersk, Vincent Clerc déclare:
Mercredi encore, l’Iran a également attaqué avec des vedettes rapides deux porte-conteneurs dans le golfe Persique. Auparavant, les États-Unis avaient annoncé la destruction de seize navires iraniens poseurs de mines et averti le régime des mollahs des «conséquences immenses» d’un minage du détroit d’Ormuz.
Sur sa plateforme Truth Social, le président américain Donald Trump a toutefois écrit qu’il ne disposait d’aucune information indiquant un tel minage.
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Les navires iraniens, en revanche, continuent de franchir sans entrave le détroit d’Ormuz. Depuis le début de la guerre, le 28 février, les exportations de pétrole iranien depuis la région du Golfe ont atteint 2,1 millions de barils par jour, ce qui a fourni au régime une «bouffée d'air financière», rapporte l’entreprise de suivi des pétroliers Kpler.
Un long conflit profiterait à Téhéran
Du point de vue de l’Iran, une guerre prolongée saperait l’euphorie de ses adversaires bien plus efficacement qu’une brève confrontation, analyse l’expert israélien de l’Iran Danny Citrinowicz, dans un post publié sur X. Plus le conflit durerait, plus Téhéran serait convaincu que l’équilibre stratégique commencerait à se déplacer en sa faveur, psychologiquement et politiquement
Dans ce contexte, l’Iran n’acceptera pas non plus un «cessez-le-feu simple». Selon Danny Citrinowicz, le régime exploitera pleinement son principal avantage stratégique, à savoir sa capacité à supporter et absorber les coûts énormes de la guerre.
Les États du Golfe n’ont jusqu’à présent pas réagi directement aux nouvelles manœuvres de chantage du régime des mollahs. Selon Ali Bakir, conseiller du gouvernement qatari, une décision commune de tous les États arabes du Golfe d’interrompre toutes les exportations de pétrole et de gaz pourrait être «la mesure non militaire la plus efficace» pour mettre fin à la guerre.
En utilisant leur position sans précédent sur les marchés mondiaux de l’énergie, les États du Golfe pourraient contraindre la communauté internationale à intervenir afin d’amener les parties au conflit à la table des négociations. Mais pour l’instant, rien n’indique une désescalade.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
