Son nom a brillé en 2021 lorsque Netflix a diffusé son film documentaire: 14 sommets: rien n'est impossible. Nirmal Purja, un alpiniste népalo-britannique, s'est retrouvé propulsé au rang de héros national.
Son projet hallucinant de gravir les 14 sommets à 8000 en un temps record lui a offert une immense popularité dans le milieu difficile et conservateur de l'alpinisme, et même mondial. 6 mois et 6 jours de souffrance à escalader les monts les plus hauts du monde pour établir un record. Une performance XXL qui sera battue par l'alpiniste norvégienne Kristin Harila et feu le Népalais Tenjen Lama Sherpa (décédé dans une avalanche récemment), en 2023, mettant 92 jours pour tout avaler.
Depuis, Nirmal Purja s'est empressé de sortir un livre: «Beyond possible» - le bouquin est le pendant littéraire de l'aventure de celui que l'on surnomme Nims. Sa cote de popularité n'a depuis cessé de prendre l'ascenseur. Pour mesurer son envolée, son compte Instagram est passé de 212 000 abonnés en 2020 à 2,1 millions aujourd'hui. Son ascension fulgurante dans ce milieu si cloisonné qu'est l'alpinisme extrême a eu pour effet de désacraliser ce sport pour le commun des mortels.
Pourtant, c'est à présent une tempête que le célèbre alpiniste essuie. Déjà lors de son exploit, ses méthodes ont été désapprouvées par les grands noms du domaine. Il faut dire que Nims, âgé de 40 ans, a réalisé son défi à grand renfort de bouteilles d’oxygène, de cordes fixes et d’hélicoptères.
Après les lauriers, les zones d'ombres. Le 31 mai, le New York Times est venu mettre un bon coup de botte dans la fourmilière de l'alpinisme, en relayant les témoignages de deux femmes alpinistes qui auraient été agressées par la star des sommets. La Finlandaise Lotta Hintsa et l’Américaine April Leonardo ont parlé de harcèlement sexuel et d'abus de la part de Nims.
Les événements se sont déroulés au camp de base du K2 et à l’hôtel Marriot de Katmandou, les deux victimes rapportent des actes inacceptables, entre attouchements, masturbation et entrée inopinée dans les tentes.
Des allégations que le népalo-britannique a fermement démenties. Il s'est par ailleurs exprimé par le biais d'un communiqué indiquant qu'il «réfléchit actuellement à ses options juridiques».
En 2023 déjà, le journaliste indépendant allemand Michael Kobold avait qualifié l'alpiniste de «Weinstein de l'alpinisme». Les avocats de la star étaient intervenus et les allégations étaient passées inaperçues. Sur le réseau Reddit, de nombreux messages exposent le caractère supposément compliqué de Nims et son côté coureur de jupons - il serait connu pour ça.
Les deux femmes interrogées par le New York Times n'ont pas porté plainte à ce jour et la présomption d'innocence est de mise. Mais Lotta Hintsa déclarait que «beaucoup de femmes avaient des histoires similaires (réd: dans le milieu)». Et d'ajouter:
Nims et son ascension fulgurante n'ont pas fait que des heureux. L'homme avait déjà été critiqué pour son agence d'expéditions Elite Exped, qui emmène des personnes inexpérimentées sur le toit du monde. Un juteux business accusé de créer des bouchons sur l'Everest.
De son côté, Nirmal Purja a provoqué un séisme en laissant exploser sa colère concernant des coups bas à plus de 8000 mètres.
Il assurait que les cordes fixes avaient été sectionnées juste avant le passage de ses équipes. «Tout le monde sait que mon équipe voulait atteindre le sommet à ce moment précis». L'affaire a fait un tel bruit au sein de la communauté des sherpas, que les autorités népalaises ont annoncé qu'une «enquête juridique» a été ouverte à l'encontre de Nims.
L'avenir de la superstar des montagnes s'assombrit toujours plus depuis les révélations du quotidien new-yorkais. Plusieurs organisateurs d'expéditions et alpinistes de renom ont pris leurs distances avec Purja. C'est le cas d'Adrian Ballinger, boss de l'agence Alpenglow Expeditions. Dans un post Instagram sur ses comptes personnel et professionnel, il appelle les nombreuses marques qui soutiennent Purja à se distancier de lui.
Un autre guide autrichien, Lukas Furtenbach, a qualifié les allégations contre Purja de «crédibles». L’aventurier anglo-égyptien Omar Samra a, quant à lui, assuré que cette histoire n'était que la «pointe de l’iceberg», relaie le magazine Outside.
L'autre superstar des montagnes, Kilian Jornet, a rédigé un message sous le post du guide américain.
Pire pour Purja, les soutiens dans son pays commencent à s'effriter. Sur X, le politicien Rajendra Bajgain a appelé le gouvernement népalais à enquêter sur l'affaire.
It's concerning to hear about the negative impact of certain climbers and groups on Nepal's reputation and safety. It's important for the government to investigate any inappropriate actions and ensure that the country a safe and respected destination for climbers and tourists.… pic.twitter.com/tFj19mmnRj
— Rajendra Bajgain (Raj) (@Rajgurkha) June 4, 2024
Une avalanche de mauvaises nouvelles qui a provoqué de premières fractures entre Nims et ses partenaires. La marque de sac à dos Osprey a d'ores et déjà annoncé avoir stoppé sa collaboration avec le guide népalais. Ce mercredi, la marque italienne Grivel a également suspendu son entente avec Nirmal Purja. Concernant les plus prestigieuses (Red Bull, Nike), elles n'ont toujours pas communiqué à propos du cas Purja. Scarpa a quant à elle expliqué qu'elle étudiait les allégations avancées par le New York Times. , indique un communiqué de la marque.
Le ciel s'assombrit pour Nirmal Purja.