Une proche de Trump vise la tête de l'ONU
Quito, capitale équatorienne, en 2004. Devant l'hôtel de luxe Swissôtel, un couple descend d'une limousine noire laquée: elle en robe de soirée blanche, lui en costume bleu marine et cravate rouge. Il s'agit de Melania Trump, accompagnée de celui qui deviendra son mari, Donald Trump, alors propriétaire de l'organisation Miss Univers.
Si le concours se déroule pour la première fois à Quito, c'est grâce à la femme qui accueille le couple dans le hall de l'hôtel: Ivonne A-Baki, alors ministre équatorienne du commerce et amie de Donald Trump.
Une relation de longue date
21 ans plus tard, cette relation pourrait devenir l'une des nominations les plus remarquables de l'histoire des Nations unies. Car Ivonne A-Baki se porte candidate au poste de secrétaire général, et ses chances ne sont pas minces. Même si les Etats-Unis n'ont exprimé aucun soutien direct à sa candidature, cette femme de 75 ans bénéficie, du moins selon ses propres dires, de l'appui de la Maison-Blanche.
A la fin de l'année, l'Assemblée générale de l'ONU élira un successeur à António Guterres. Les propositions émanent toutefois du puissant Conseil de sécurité. Huit candidats sont actuellement en lice.
Donald Trump et Ivonne A-Baki se sont rencontrés il y a près de 30 ans, alors que l'actuel président américain était encore promoteur immobilier et entrepreneur dans les médias. Ivonne A-Baki est issue de la haute société équatorienne et travaille dans le service diplomatique du pays depuis les années 1980, d'abord comme consule à Beyrouth, capitale du Liban, pays d'origine de ses parents. C'est là qu'elle a rencontré son futur mari, le millionnaire Sami Abd-El-Baki, décédé en 2017. Trois enfants sont nés de cette union.
En 1998, elle est devenue ambassadrice de l'Equateur aux Etats-Unis, une première pour une femme, où elle a fait la connaissance de Donald Trump et a noué une relation étroite avec lui. Dès cette époque, elle semblait partager des intérêts commerciaux communs avec la famille Trump.
Une indépendance politique malgré ses liens
Après la marée noire provoquée par le pétrolier «Jessica» au large des îles Galápagos en 2001, Ivonne A-Baki a compté parmi les cofondateurs de la fondation Galápagos Conservancy, soutenue, selon des médias équatoriens, par un don important de Donald Trump.
En retour, rapportaient alors les médias, Ivonne A-Baki lui aurait rendu un service: en 2004, en tant que ministre équatorienne du commerce, elle a fait venir le concours Miss Univers de Donald Trump dans la capitale Quito, un choix de lieu inhabituel. Depuis lors, ce contact traverse comme un fil rouge la carrière d'Ivonne A-Baki.
Ivonne A-Baki ne semble toutefois jamais avoir été une subalterne de Donald Trump; la relation relevait plutôt d'un bénéfice mutuel constant. En 2017, par exemple, elle a critiqué publiquement la décision de Donald Trump de transférer l'ambassade américaine en Israël à Jérusalem. Et, contrairement au président américain, elle semble s'inquiéter de la montée du niveau des mers liée au changement climatique.
Il y a quelques semaines à peine, lors d'une visite aux îles Galápagos, elle a réclamé «une volonté mondiale, des ressources et un leadership fort» pour «faire face à cette crise».
Ivonne A-Baki n'a jamais fait mystère de son amitié avec Donald Trump. Elle entretient aussi de bonnes relations avec des proches de Donald Trump, comme le président de la Fifa, Gianni Infantino, avec qui elle s'est fait photographier à plusieurs reprises. A ses yeux, cependant, il n'existe aucun conflit d'intérêts, comme elle l'a expliqué à Arab News:
Ses contacts remonteraient en réalité, au-delà des clivages partisans, jusqu'à Ronald Reagan. Elle-même serait politiquement indépendante et ne suivrait que «la justice, la transparence et un instinct pragmatique», rapporte le média saoudien.
Un possible plan au succès incertain
Le 18 août, Ivonne A-Baki s'est présentée comme huitième et, à ce jour, dernière candidate à la tête de l'ONU, nommée par le mini-Etat pacifique des Tonga. Et pour cause: l'Equateur disposait déjà de sa propre candidate en lice, l'ex-ministre des affaires étrangères María Fernanda Espinosa. Ce détour par un petit Etat supposément neutre permet à Ivonne A-Baki de se présenter formellement comme indépendante, alors que son élan politique réel semble venir de l'extérieur.
Le choix de l'Etat nominateur est remarquable, car les Tonga font partie des pays dont les ressortissants sont actuellement soumis à de vastes restrictions d'entrée aux Etats-Unis. L'administration Trump a notamment suspendu les visas touristiques, étudiants et d'échange pour les Tongiens.
Dans les cercles diplomatiques, on soupçonne donc, comme le suggère une enquête de T-Online, que Washington aurait poussé les Tonga à cette nomination en échange d'assouplissements de visas, afin d'installer, à la tête de l'ONU, une amie de Donald Trump prête à faire ce que veut le gouvernement américain. Il n'existe toutefois, à ce jour, aucune confirmation de cette théorie.
De plus, rien ne garantit que ce plan visant à installer l'Equatorienne à la tête de l'ONU aboutisse. Ivonne A-Baki n'est pour l'heure pas en tête dans le choix des candidats. Lors du premier vote informel au Conseil de sécurité en juillet, Rebeca Grynspan, du Costa Rica, cheffe de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, a recueilli dix voix sur quinze. (trad. ysc)
