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La Hongrie votera Orban ou Magyar et l'UE attend avec fébrilité

Les Hongrois pourraient priver Poutine et Trump d'un célèbre allié

Ce dimanche, les électeurs hongrois départageront Viktor Orban et Peter Magyar. A Bruxelles, on attend entre espoir et angoisse.
11.04.2026, 16:5811.04.2026, 16:58
Martin ANTON, bruxelles / afp

Peu de larmes seraient versées à Bruxelles si le premier ministre hongrois Viktor Orban devait perdre les élections dimanche. Mais son successeur éventuel, davantage pro-européen, ne devrait pas effacer d'un seul trait de plume des années de souverainisme, soulignent diplomates et analystes interrogés.

Et quel que soit le résultat, l'Union européenne devra tirer les leçons de ces années de blocage interne, résultat du veto de la Hongrie, souvent seule contre tous. Un diplomate européen résume et assure:

«La plupart des Etats membres seront plutôt heureux de se débarrasser d'Orban. La patience a atteint ses limites.»

L'Ukraine, bouc émissaire de la Hongrie d'Orban

Plus proche allié de la Russie dans l'Union européenne, Viktor Orban s'est très souvent opposé aux 26 autres Etats membres, particulièrement sur l'Ukraine, devenue le bouc émissaire de sa campagne avant les législatives de dimanche.

Chaque nouvelle sanction contre Moscou est l'objet d'âpres négociations avec Budapest, qui, dans le même temps, bloque toujours l'octroi d'un prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine, auquel la Hongrie a pourtant donné son accord en décembre dernier.

En lice pour un cinquième mandat à la tête de son pays après 16 ans de pouvoir, Viktor Orban, 62 ans, est cette fois sérieusement menacé par son rival, l'eurodéputé Peter Magyar, en tête dans les sondages. Redoublant de combativité, le leader nationaliste a concentré toutes ses attaques sur «Bruxelles» et ses «eurocrates», accusés de vouloir détruire l'âme hongroise.

Le vice-président des Etats-Unis JD Vance, qui a déjà pris fait et cause pour l'extrême droite en Europe, est venu en personne à Budapest enfoncer le clou à quelques jours du scrutin. Devant les partisans de Viktor Orban, il a lui aussi dénoncé les «bureaucrates de Bruxelles», accusés d'ingérence dans le vote de dimanche pour mieux «écraser le peuple hongrois».

JD Vance vole au secours de Viktor Orban en Hongrie.
JD Vance et Viktor Orban ce mardi 7 avril à Budapest.Image: watson/agences

Si Viktor Orban devait l'emporter, les milieux européens à Bruxelles s'attendent néanmoins à ce qu'il baisse le ton et reprenne le cours de ses relations avec l'UE, comme elles l'ont toujours été: houleuses mais gérables. Mais son hostilité à l'égard de «Bruxelles» et sa proximité marquée avec Moscou ont laissé des traces. Eurodéputé social-démocrate allemand et membre de la commission des Affaires étrangères, Tobias Cremer le dit bien:

«Je pense qu'il sera difficile de revenir au business as usual»

A Bruxelles on évoque, à mots couverts, un recours à l'article 7 du traité de l'Union européenne. Celui-ci prévoit une suspension des droits de vote au sein de l'Union en cas d'atteinte à l'Etat de droit. Véritable arme atomique au sein de l'UE, cette procédure a certes déjà été ouverte contre Budapest mais jamais finalisée, tant elle est inédite.

Une victoire de son opposant serait au contraire accueillie avec soulagement chez les partisans du projet européen. «Le grand espoir, c’est que la Hongrie ne soit plus un Etat qui joue les trouble-fêtes», juge ainsi Andreas Bock, du Conseil européen des relations internationales, un think tank bruxellois.

Peter Magyar, un «Orban sans la corruption»

Avec l'arrivée au pouvoir de Peter Magyar, un conservateur pro-européen, Budapest pourrait «passer d’un blocage systématique à un rôle de partenaire plus coopératif», estime-t-il. Mais les attentes doivent rester mesurées, avertissent d'autres analystes, soulignant le conservatisme de celui qui a autrefois été l'allié de Viktor Orban.

Peter Magyar a surtout centré sa campagne sur la nécessité d'ouvrir un nouveau chapitre dans un pays classé par Transparency International comme le plus corrompu de l'UE. «Ce n'est pas un social-démocrate à la suédoise», fait valoir un diplomate à Bruxelles, qualifiant Peter Magyar, 45 ans, de «Orban sans la corruption».

Tout comme Viktor Orban, Peter Magyar refuse de livrer des armes à l'Ukraine qu'il n'est pas pressé de voir rejoindre un jour l'Union européenne. Sa victoire offrirait toutefois «un motif d’espoir pour les forces libérales» à l'approche d’échéances majeures en France, en Pologne et en Slovaquie en 2027, estime Kai-Olaf Lang, de l’Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité.

epa12813749 (FILE) - Chairman of the opposition Tisza party Peter Magyar delivers his speech during the celebrations to commemorate the 177th anniversary of the outbreak of the 1848 revolution and war ...
Peter Magyar pourrait bien remporter l'élection ce dimanche.Keystone

La victoire du camp souverainiste dans ces pays enverrait davantage de dirigeants hostiles à Bruxelles, susceptibles de jouer à leur tour le rôle de trublion en chef dans l'UE. Raison de plus pour changer le mode de décision et limiter le droit de veto des Etats, estiment certains à Bruxelles. «Cela ne peut pas continuer comme ça», juge ainsi Tobias Cremer. Qui avertit:

«Si, en Europe, nous n'arrivons pas à nous affirmer, nous serons en très grande difficulté dans un monde façonné par une Russie belliciste, une Chine sûre d’elle-même et une Amérique erratique.»
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