Des milliers de touristes se retrouvent dans des pornos sans le savoir
Leur cauchemar, de très nombreux touristes peuvent le vivre, sans même le savoir. Ils pensaient passer une nuit ordinaire dans un hôtel du sud de la Chine. Mais quelques semaines plus tard, ils découvrent que leurs moments les plus intimes avaient été filmés à leur insu et diffusés à des milliers d’internautes. La BBC révèle l’ampleur d’une industrie clandestine de vidéos pornographiques tournées dans des chambres d’hôtel chinoises, malgré leur illégalité.
Tout commence lorsqu'Eric (nom d'emprunt), un Hongkongais d’une trentaine d’années, tombe par hasard sur une vidéo pornographique diffusée sur un canal qu’il consulte régulièrement, rapportent nos confrères. Il reconnait immédiatement les images: celles de lui et de sa compagne, filmés trois semaines plus tôt dans un hôtel de Shenzhen. Une caméra dissimulée dans la chambre avait enregistré leurs ébats sans leur consentement.
L'ironie est piquante, Eric était précisément friand de ce type de contenus, puis en est soudain devenu victime:
Une fascination qui a disparu lorsqu’il s’est retrouvé de l’autre côté de l’écran.
Les «spy-cams», une pratique illégale, mais massive
Les vidéos dites de «spy-cams», des caméras cachées filmant des clients d’hôtel, existent depuis plus de dix ans. Mais ces dernières années, le phénomène a pris une telle ampleur qu’il est devenu un sujet récurrent sur les réseaux sociaux chinois, où circulent des conseils pour repérer les caméras ou s’en protéger, rapporte le média public britannique.
Sur une période de 18 mois, la rédaction de la BBC a ainsi identifié des milliers de vidéos récentes, filmées dans des chambres d’hôtel et vendues comme pornographie sur plusieurs plateformes. Une grande partie du contenu est promue via Telegram, application interdite en Chine, mais largement utilisée pour des activités illicites.
La BBC a repéré six sites web et applications différents, revendiquant l’exploitation de plus de 180 caméras cachées, certaines diffusant les images en direct, la caméra s'allumant lorsque le client allume le courant de sa chambre en insérant sa carte magnétique.
En surveillant l’un de ces sites pendant sept mois, les journalistes ont observé des images provenant de 54 caméras différentes, dont environ la moitié actives à tout moment. Selon les estimations de la BBC, des milliers de clients d’hôtel pourraient ainsi avoir été filmés sans jamais le savoir.
Les ONG peinent à lutter contre cette industrie. Blue Li, de l’organisation hongkongaise RainLily, explique ainsi à la BBC que les demandes de suppression de contenus restent souvent sans réponse, notamment de la part de Telegram. Contacté plusieurs fois par le média, Telgram finit par répondre et assure:
Quelques heures après avoir contacté les administrateurs des chaines, les comptes Telegram en question promouvant ces contenus semblaient avoir été supprimés. Mais pas des nombreux sites qui les diffusaient contre abonnement.
Pour Eric et sa compagne, les conséquences sont lourdes. Ils craignent d’être reconnus, évitent les hôtels et vivent avec la peur que la vidéo réapparaisse. «C’est traumatisant», résume Eric à la BBC. S’il ne consomme plus ce type de contenus, il continue de surveiller les canaux, redoutant que leur intimité soit à nouveau exposée. (hun)
