Pourquoi même la défaite ne fera pas tomber Poutine
L’idée s’est imposée dans de nombreux cercles occidentaux: Vladimir Poutine serait prisonnier de sa guerre. Impossible pour lui de reculer sans risquer de perdre le pouvoir. Une hypothèse que conteste une experte en stratégie, qui juge au contraire le régime russe bien plus solide qu’on ne le pense.
Dans une analyse publiée par War on the Rocks, Mariya Omelicheva, professeure à la National Defense University aux Etats-Unis, démonte cette lecture. Selon elle, ni une défaite militaire ni un accord de paix ne suffiraient à faire vaciller le pouvoir du Kremlin.
👉Suivez en direct la guerre contre l'Ukraine👈
Cette idée d’un «piège existentiel» a pourtant largement structuré les débats à Washington, aussi bien sous Joe Biden que dans l’entourage de Donald Trump. Elle repose sur un postulat simple: Poutine ne peut pas perdre. Mais pour Mariya Omelicheva, ce raisonnement ne tient pas.
Pourquoi Poutine tient toujours?
Le président russe ne poursuit pas la guerre parce qu’un retrait lui serait politiquement fatal. Le système qu’il dirige a été pensé pour encaisser les chocs. Dans les régimes autoritaires, rappelle-t-elle, les revers militaires ne provoquent pas automatiquement un effondrement. Il faut généralement une combinaison de crises: économique, politique et sécuritaire.
Autre facteur clé: la dépendance des élites. Depuis les sanctions imposées après l’invasion de 2022, oligarques, services de sécurité et pouvoirs régionaux sont encore davantage liés au régime. Rompre avec Poutine, c’est risquer de tout perdre — fortune, statut, voire liberté. Dans ce contexte, le statu quo reste souvent l’option la moins risquée.
Pas de rébellion populaire
L’hypothèse d’un soulèvement populaire apparaît tout aussi fragile. Le Kremlin a organisé l’effort de guerre de manière à en faire porter l’essentiel du poids aux régions les plus pauvres et aux minorités, tout en préservant les grandes villes. En parallèle, les médias indépendants ont été réduits au silence, la critique criminalisée, et les voix nationalistes encadrées.
En clair, le mécontentement existe, mais il peine à se transformer en mouvement politique d’ampleur.
Pour Mariya Omelicheva, cette réalité doit conduire les Occidentaux à revoir leur approche. Craindre à tout prix une déstabilisation du régime russe revient à se priver de leviers. Elle plaide pour une ligne plus ferme: soutien militaire durable à l’Ukraine, sanctions économiques renforcées et pression diplomatique accrue.
L’objectif n’est pas de précipiter la chute du régime, mais de rendre la guerre de plus en plus coûteuse pour Moscou — jusqu’à ce que la négociation devienne, pour le Kremlin, l’option la plus rationnelle. (adapt. jah)
