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«Pour Poutine, le temps presse»: la Russie a deux problèmes

Vladimir Poutine
Vladimir Poutineimage: keystone
L'offensive de Poutine dans le Donbass ne se déroule pas comme prévu. Moscou se bat sur trois fronts et a été surprise par une contre-attaque ukrainienne près de Kharkiv.
16.05.2022, 11:5916.05.2022, 13:30
Daniel Mützel / t-online
Un article de
t-online

L'invasion russe de l'Ukraine, même dans sa deuxième phase, ne se déroule pas comme l'homme du Kremlin l'avait prévu: après l'échec de la prise de Kiev, en mars, les troupes russes se concentrent depuis avril sur la conquête du Donbass.

Mais là aussi, le rouleau compresseur des chars russes s'enraye: Au nord de Kharkiv, l'armée ukrainienne a récemment libéré les villages les uns après les autres. Et une défaite militaire sans précédent a eu lieu sur la rivière Severski Donets: L’armée russe avait tenté de traverser la rivière à l'aide d'un pont de pontons. Le plan n’a pas fonctionné, car elle a perdu environ 50 véhicules et peut-être des centaines de soldats.

Combien de temps le chef du Kremlin Vladimir Poutine veut-il encore prolonger la phase chaude de la guerre? Que lui faut-il encore pour déclarer une victoire ? Ce sont les questions qui se posent au vu de l’avancée stagnante et des lourdes pertes humaines et matérielles subies.

Ce sont surtout les développements dans trois régions qui sont décisifs pour la suite du déroulement de la guerre:

  • Les mouvements autour de la mégapole de Kharkiv
  • L'offensive dans le Donbass
  • La lutte pour le sud de l'Ukraine

Kharkiv: dix kilomètres jusqu'à la frontière russe

Près de Kharkiv, on observe actuellement une contre-offensive ukrainienne réussie: l'armée ukrainienne a libéré de plus en plus de villages au nord et au nord-ouest de la deuxième ville du pays. Depuis le week-end dernier, selon les informations de l'état-major, dix villages sont à nouveau sous contrôle ukrainien.

Les défenseurs se rapprochent ainsi de plus en plus de la frontière russe. L'armée ukrainienne pourrait gagner du terrain jusqu'à dix kilomètres de la Russie en un point de front. C’est ce qu’a déclaré un officier ukrainien vendredi à t-online. Le groupe n'a pas pu vérifier cette information de manière indépendante. Elle correspondrait, toutefois, aux gains territoriaux réalisés par les forces armées ukrainiennes ces derniers jours.

L'armée russe en Ukraine

Jaune: territoires occupés, bleu: avancée de l'armée russe, trait noir: comparaison avec la situation au 25 mars.
Jaune: territoires occupés, bleu: avancée de l'armée russe, trait noir: comparaison avec la situation au 25 mars.

Le succès militaire de l'Ukraine à Kharkiv repose également sur un (mauvais) calcul du commandement militaire russe: celui-ci a récemment transféré de plus en plus de combattants et de matériel de la région de Kharkiv vers le Donbass. Le but était de renforcer les troupes. Mathieu Boulegue, expert militaire du groupe de réflexion britannique Chatham House, affirme que c'est:

«Une erreur tactique»

Le commandement militaire russe a manifestement mis en place des lignes de défense trop faibles. Il a sous-estimé la force de la contre-offensive ukrainienne. Pour la stopper ou lancer sa propre offensive, il devrait libérer des troupes et du matériel ailleurs. Ce qui a créé des pénuries.

L'offensive s'enlise dans le Donbass

Du point de vue russe, l'avancée dans les régions de Louhansk et de Donetsk ne se déroule pas non plus de manière optimale. L'armée du Kremlin a, jusqu'à présent, «échoué» à obtenir des succès militaires significatifs dans le Donbass, selon l'expert militaire Mathieu Boulegue:

«Il leur a fallu deux semaines pour prendre Isjum. La ville importante de Sjewjerodonezk est toujours aux mains des Ukrainiens. L’encerclement prévu autour de Kramatorsk a également échoué pour le moment».

L'armée russe a tenté il y a plusieurs semaines déjà d'assiéger les troupes ukrainiennes aux alentours la capitale régionale provisoire Kramatorsk. Une grande partie des forces armées ukrainiennes, notamment des unités ayant une grande expérience du combat, y sont stationnées. En cas de blocus, elles seraient coupées de tout ravitaillement. Mathieu Boulegue estime que la Russie à deux problèmes:

  1. «La Russie est actuellement confrontée à deux problèmes. La contre-offensive réussie près de Kharkiv oblige Moscou à penser également de manière défensive: désormais, l'armée ne doit pas seulement attaquer les positions ukrainiennes, mais aussi défendre les siennes».
  2. Le deuxième problème concerne le fait que l'armée russe «ne peut pas se battre éternellement». Il ne reste plus beaucoup de temps à Poutine pour mener son offensive. Les livraisons d'armes occidentales à l'Ukraine et le mauvais moral de ses propres troupes en sont la preuve.
Un militaire russe garde l'entrée de la centrale électrique de Louhansk, le 13 avril 2022.
Un militaire russe garde l'entrée de la centrale électrique de Louhansk, le 13 avril 2022.Image: sda

Il s'agit, désormais, de s'emparer du plus grand nombre possible de territoires ukrainiens. Avant que la Russie ne doive cesser le gros des combats. L'expert militaire est formel:

«L'horloge tourne pour Poutine»

Les champs de bataille du sud jouent un rôle primordial dans ce contexte.

Guerre de position dans le sud du pays

C'est dans le sud et en particulier dans la région de Kherson que la Russie a eu le plus de succès jusqu'à présent, selon Mathieu Boulegue. L'armée russe a gagné d'importants territoires dans cette région depuis le début de la guerre. Elle a également établi des régimes d'occupation dans des villes importantes comme Marioupol et Kherson. C'est surtout le «pont terrestre», sécurisé par une large bande de terre, qui est important. Il se situe entre la péninsule occupée de Crimée et la Fédération de Russie.

Pourtant, là encore, tous les buts que la Russie s'était fixés n'ont pas été atteints. Rappelons les déclarations du major-général russe Rustam Minnekajew qui, le 22 avril, a officiellement annoncé les nouveaux objectifs de guerre russes: le contrôle total du Donbass et la conquête du sud de l'Ukraine en font partie. Le militaire de haut rang a également parlé d'un «corridor vers la Transnistrie» vers les séparatistes prorusses en Moldavie.

Minnekajew avait ainsi implicitement suggéré la conquête d'Odessa comme objectif de guerre. La Russie est, toutefois, loin de pouvoir s'approcher de cette importante ville portuaire: les assaillants doivent d’abord passer par Mykolaïv, une ville située à environ 130 kilomètres. L'artillerie russe pourrait, dès lors, songer à prendre la ville pour cible ou même lancer une offensive terrestre sur la ville. Mais l'attaque sur Mykolaïv a déjà échoué une fois. Au lieu de cela, les troupes ukrainiennes et russes se livrent à une sorte de guerre de position. Le gain de terrain pour l'un ou l'autre camp est minime.

La conquête de Marioupol n'est pas non plus terminée. Des combattants du régiment Azov sont toujours retranchés dans les catacombes du site industriel et opposent une résistance acharnée. L'armée russe envoie son artillerie, ses chars de combat, ses avions et même ses navires de guerre contre les derniers défenseurs ukrainiens. Ceux-ci continuent de résister au rouleau compresseur russe. L'avenir nous dira pour combien de temps encore. Les appels à l'aide en provenance de l'aciérie se multiplient. Actuellement, le gouvernement ukrainien négocie l'évacuation des combattants. Jusqu'à présent, le Kremlin s'y refuse catégoriquement.

La prochaine phase de la guerre

La situation militaire en Ukraine reste très volatile, précise Mathieu Boulegue. L'expert militaire s'attend, toutefois, à ce que les dirigeants russes tentent de gagner un maximum de terrain dans les prochaines semaines. Ils devraient ensuite entamer une nouvelle phase de la guerre:

«Il y aura une transition de la guerre de mouvement à la guerre de position. Les troupes russes vont s'enterrer et tenter de sécuriser politiquement les territoires conquis. A l'intérieur par l'établissement de régimes d'occupation, à l'extérieur par la diplomatie».

Il y aura encore des morts et des combats isolés, annonce Boulegue. Mais le temps des grandes offensives sera révolu. Le Kremlin tentera de sécuriser politiquement autant que possible son butin de guerre. L'étendue du territoire qu'ils pourront encore conquérir d'ici là se décidera dans les jours et les semaines à venir.

Sources utilisées:

(Traduit de l'allemand par Julie Rotzetter)

La tourelle d'un char russe propulsée dans les airs

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