Cet incident fait craindre une nouvelle invasion russe en Europe
Au premier coup d'oeil, il ne s’agit que de deux éraflures laissées par un drone sur une cheminée rouge des centrales électriques de Narva Elektrijaamad. Selon sa direction, l’appareil serait venu de l’est, depuis l’espace aérien russe, sans toutefois causer de dégâts ni faire de blessés. Mais s’il devait effectivement s’agir d’un drone russe, l’alerte serait donnée.
Mercredi, la procureure générale du pays, Astrid Asi, a déclaré:
Des investigations supplémentaires sont toutefois en cours, a-t-elle ajouté. Le gouvernement estonien a néanmoins immédiatement convoqué une réunion de crise dans la capitale, Tallinn, située à 200 kilomètres à l’ouest.
Cette réaction semble d’autant plus justifiée que, quelques jours plus tôt, un groupe autonomiste pro-russe jusque-là inconnu, baptisé «De Narva à Püssi», s’est fait remarquer en Estonie. Sur les réseaux sociaux Telegram, VKontakte et TikTok, particulièrement utilisés par la population russophone du pays, qui représente tout de même un quart des 1,3 million d’habitants, le groupe réclamait l’autonomie de la région frontalière d’Ida-Viru. Il affirme que l’identité de la majorité russophone dans cette zone est menacée.
L’invasion russe n’a pas débuté en 2022
Narva est une capitale régionale située directement à la frontière russe, sur le fleuve du même nom, et compte un peu plus de 50 000 habitants. Entre 85 et 95% de sa population est d’origine russe.
Ces comptes sur les réseaux seraient passés inaperçus si la guerre russo-ukrainienne n'avait pas débuté de façon similaire. Après la révolution de Maïdan, des profils similaires étaient apparus dans le Donbass et en Crimée. À l’époque, personne ne les avait pris au sérieux, jusqu’à ce que, en mars 2014, surgissent soudainement des forces spéciales russes sans insigne, en Crimée et dans le Donbass.
La Crimée avait ensuite été prise par la Russie sans qu’un seul coup de feu ne soit tiré, puis annexée en avril 2014 et finalement rattachée à la Russie. Dans le Donbass, presque au même moment, une «République populaire de Donetsk» et une «République populaire de Louhansk» avaient été proclamées.
Ces deux républiques ont rapidement été dirigées par des Russes qui ont occupé mairies et bâtiments gouvernementaux, formé leur propre armée et commencé à combattre les troupes ukrainiennes envoyées depuis Kiev. L’invasion russe de l’Ukraine n’a ainsi pas débuté le 24 février 2022, mais dès avril 2014, un fait trop souvent oublié en Occident.
La tactique est bien connue
Comme dans l’est de l’Ukraine, les autonomistes pro-russes affirment désormais dans l’unité administrative estonienne d’Ida-Viru que la langue et l’identité russes seraient menacées. Von Narva bis Püssi réclame donc l'autonomie de cette région.
Marta Tuul, représentante du service de renseignement intérieur estonien, avertit:
Elle explique au site balte Delfi:
Marta Tuul a annoncé l’ouverture d’une enquête pénale.
La classe politique est elle aussi en alerte. Le premier ministre, Kristen Michal, a mis en garde contre une division de la société. Le ministre des Affaires étrangères Margus Tsahkna a écrit sur X:
C’est ainsi, selon lui, que l’on peut le mieux contrer de telles manœuvres.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
