Ces «offres d'emploi» permettent à Poutine de piéger des étrangers
En 2024, des soldats nord-coréens ont été aperçus aux côtés des forces armées russes. Ils avaient été déployés dans la région frontalière de Koursk, qui avait été temporairement envahie par les troupes ukrainiennes. Ce n'est pas un cas isolé. De nombreux autres ressortissants étrangers se battent avec les forces de Moscou, mais dans toutes autres circonstances.
Attirés dans l'armée russe «sous de faux prétextes» et par des «pratiques trompeuses et coercitives», ces hommes sont envoyés en Ukraine «avec une préparation insuffisante et un équipement limité», où il servent essentiellement de «chair à canon».
C'est ce que dénonce Amnesty International dans un vaste rapport diffusé ce jeudi. Agnès Callamard, secrétaire générale de l'ONG, affirme:
Qui sont donc ces soldats «exploités» par Moscou? Il s'agit d'«étrangers vulnérables», souvent provenant de pays du Sud global. Selon des données officielles ukrainiennes, quelque 28 000 individus originaires de 136 pays ont pris part aux hostilités du côté de la Russie en plus des Nord-Coréens. Amnesty, qui ne peut pas vérifier ces informations, parle de «milliers» de cas.
L'ONG a interrogé plusieurs combattants détenus dans des camps de prisonniers de guerre en Ukraine. A cela s'ajoutent des témoignages de personnes servant actuellement dans les forces russes, de proches, d’avocats, de défenseurs des droits humains et de journalistes.
Recrutés dans leur pays d'origine
Sur la base de ces sources, Amnesty a pu reconstituer la manière dont ces individus sont recrutés par Moscou, puis contraints de se battre en Ukraine. Deux méthodes principales ont été documentées.
La première consiste à recruter des ressortissants étrangers directement dans leur pays d'origine. L'ONG a parlé avec des individus provenant du Brésil, de Colombie, de Somalie, d'Afrique du Sud, de Sierra Leone et du Sri Lanka.
Ces témoins racontent avoir été approchés par des intermédiaires leur promettant un travail dans la logistique, le bâtiment ou l'informatique. Ces «offres d’emploi trompeuses» étaient souvent accompagnées de garanties de salaires élevés et d'un accès accéléré à la nationalité russe.
Sauf qu'à leur arrivée en Russie, ces hommes sont immédiatement intégrés aux forces armées, souvent après avoir signé des documents rédigés dans une langue qu'ils ne comprenaient pas - et qui se révéleront être des contrats militaires.
Réfugiés piégés
La deuxième méthode vise des migrants et des réfugiés déjà présents en Russie. Exploitant leur situation irrégulière, les autorités leur proposeraient de s'engager dans l'armée pour éviter l’expulsion, la détention ou le paiement de lourdes amendes.
«La vulnérabilité financière et juridique de ces personnes, combinée aux pratiques coercitives et trompeuses employées par les autorités, remet en cause le caractère apparemment "volontaire" de leur consentement», précise le rapport.
Dans les deux cas, c'est bien «la vulnérabilité économique» de ces individus qui joue un rôle déterminant. L'ONG précise:
Autre constante: «L'écrasante majorité» des témoins interrogés par Amnesty «ont affirmé avoir été trompés ou délibérément induits en erreur».
Peu d'entraînement
Les témoignages recueillis décrivent de fortes restrictions à la liberté de mouvement après la signature des contrats. Des recrues ont déclaré que leurs passeports et téléphones avaient été confisqués, qu’elles étaient étroitement surveillées et qu’elles étaient menacées de sanctions, voire de mort, si elles tentaient de quitter l’armée.
Indépendamment de la méthode de recrutement, ces combattants sont envoyés sur le front très rapidement. Beaucoup de témoins ont rapporté que leur formation au combat n'a duré que deux semaines. «Beaucoup ont fait état d'une préparation insuffisante, d'un manque d'équipement et d'une communication limitée avec les commandants en raison de barrières linguistiques», précise-t-on.
De plus, les promesses de salaires élevés n'ont pas été tenues. «Si certaines personnes ont reçu des paiements avant leur capture, beaucoup ont déclaré n'avoir rien reçu du tout», conclut le rapport. (asi)
